De la sécurité multilatérale à la paix transactionnelle : les Nations Unies, la réduction institutionnelle et les alternatives émergentes dans la gouvernance mondiale de la paix

Opinion 30-01-2026 | 19:32

De la sécurité multilatérale à la paix transactionnelle : les Nations Unies, la réduction institutionnelle et les alternatives émergentes dans la gouvernance mondiale de la paix

Une façon de conceptualiser la politique américaine récente envers les Nations Unies est à travers le cadre de la réduction institutionnelle.
De la sécurité multilatérale à la paix transactionnelle : les Nations Unies, la réduction institutionnelle et les alternatives émergentes dans la gouvernance mondiale de la paix
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Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le système international de paix et de sécurité s'est principalement organisé autour des Nations Unies et de l'autorité basée sur la Charte du Conseil de sécurité. Malgré des débats de longue date sur l'efficacité, la sélectivité et les asymétries de pouvoir, ce système reposait historiquement sur trois hypothèses fondamentales : la centralité du droit international, la continuité des institutions multilatérales, et la légitimité dérivée du consentement collectif des États. Les développements observés durant la période 2025-2026, notamment au cours de la deuxième administration de Donald Trump, ont renouvelé l'attention académique sur ces hypothèses. Plutôt que de refléter un simple déclin de la pertinence institutionnelle, ces développements soulèvent des questions plus larges sur la possible reconfiguration de la gouvernance mondiale de la paix.

 

Une manière de conceptualiser la politique récente des États-Unis envers les Nations Unies est à travers le cadre de la réduction institutionnelle. Dans ce contexte, la réduction ne signifie pas nécessairement un retrait ou un rejet pur et simple du multilatéralisme, mais plutôt un recalibrage stratégique de l'engagement institutionnel, incluant des réductions dans les engagements financiers, la portée opérationnelle et l'ambition normative. Le discours officiel a fréquemment présenté cette approche comme un retour au mandat original des Nations Unies de maintien de la paix et de la sécurité internationales, suggérant que l'organisation s'était étendue à des domaines au-delà de ses compétences de base.

 

Au niveau opérationnel, ce recalibrage a coïncidé avec des propositions de réévaluation de l'échelle et de la durée de certaines opérations de paix de longue date, y compris des missions au Liban et au Kosovo, ainsi que des décisions de suspendre ou de retarder des contributions financières précédemment autorisées. Ces mesures ont eu des implications budgétaires tangibles pour l'organisation, contribuant à des contraintes de liquidité et à des pressions administratives au sein du système de l'ONU. Le lancement de l'initiative "UN80" par le Secrétaire général António Guterres, qui comprenait une réduction de personnel et une consolidation budgétaire, peut être compris moins comme un agenda de réforme global qu'une réponse adaptative à ces contraintes. Du point de vue institutionnel, cet épisode a mis en lumière la mesure dans laquelle les organisations multilatérales restent structurellement dépendantes des décisions fiscales et politiques des grands contributeurs.

 

Au-delà de la réduction financière, les dernières années ont aussi été témoins d'expérimentations avec des modèles alternatifs d'opérations de paix qui externalisent partiellement la gestion sécuritaire du Secrétariat de l'ONU. La réponse internationale à la crise sécuritaire en Haïti illustre cette approche évolutive. Bien que formellement autorisé par le Conseil de sécurité, le leadership opérationnel et la génération de forces ont été délégués à une coalition d'États partenaires, avec les Nations Unies jouant un rôle de coordination et de légitimation plus limité. Ce modèle n'a pas remplacé le maintien de la paix de l'ONU, mais il a suggéré une ouverture croissante à des arrangements hybrides dans lesquels la légitimité multilatérale et le contrôle opérationnel sont de plus en plus découplés.

 

C'est dans cet environnement plus large d'expérimentation institutionnelle que des propositions telles que le Conseil de Paix ont émergé. Initialement présenté au début de 2026 dans le cadre d'initiatives visant à désamorcer le conflit de Gaza, le Conseil de Paix a ensuite été articulé comme un mécanisme permanent pour aborder les défis de sécurité internationale en dehors du cadre traditionnel de l'ONU. D'un point de vue analytique, la signification de cette proposition réside moins dans son impact opérationnel immédiat que dans ce qu'elle signale sur l'évolution des conceptions de l'autorité, de la légitimité et de la participation dans la gouvernance mondiale.

 

Le design institutionnel du Conseil de Paix s'écarte des principes sous-jacents à la Charte de l'ONU. Alors que les Nations Unies sont basées sur l'égalité formelle des États souverains, le Conseil introduit un modèle différencié de participation qui met un accent considérable sur la contribution financière et l'alignement politique.

 

La période examinée a été marquée par une réévaluation plus large de l'engagement des États-Unis avec le système de l'ONU dans son ensemble. Les arriérés accumulés dans les contributions évaluées, aux côtés des décisions de se retirer ou de suspendre le financement de divers organismes affiliés à l'ONU, ont renforcé les débats sur le partage des charges, l'efficacité institutionnelle et la souveraineté nationale. Dans des contextes spécifiques, comme l'assistance humanitaire à Gaza, des arrangements de gouvernance alternative impliquant des comités ad hoc et des acteurs du secteur privé ont été proposés comme compléments ou substituts aux agences établies de l'ONU. Ces développements reflètent des tensions continues entre les normes multilatérales et des approches plus managériales ou orientées sur les résultats d'intervention internationale.

 

Normativement, le contraste entre les Nations Unies et les cadres alternatifs émergents met en lumière un débat plus large au sein des relations internationales. Le système de l'ONU, malgré ses limitations, reste ancré dans un discours de droits universels, de protection des civils et de droit international humanitaire. Les initiatives plus récentes, dont le Conseil de Paix, ont tendance à privilégier le pragmatisme, la négociation et la gestion axée sur les résultats, souvent avec moins de référence explicite aux contraintes légales ou normatives. Que cela représente une érosion des normes établies ou une adaptation aux réalités géopolitiques changeantes reste une question ouverte pour les chercheurs et praticiens.

 

Les réactions internationales à ces développements ont été mitigées. Certains États ont manifesté un intérêt à participer à des forums alternatifs comme moyen de préserver une influence dans un paysage mondial en mutation, tandis que d'autres ont réaffirmé leur engagement envers la Charte de l'ONU comme fondement juridique principal pour la paix et la sécurité internationales. Les déclarations des gouvernements européens et latino-américains, ainsi que de la direction de l'ONU, soulignent la persistance de visions concurrentes concernant l'avenir de la gouvernance mondiale.

 

Dans l'ensemble, les tendances récentes suggèrent non pas un déplacement soudain des Nations Unies, mais une période de pluralisation de la gouvernance de la paix et de la sécurité. La réduction institutionnelle, les modèles opérationnels hybrides et les alternatives expérimentales coexistent avec, plutôt que de remplacer entièrement, le système multilatéral établi. Le principal défi analytique n'est donc pas d'évaluer le succès ou l'échec de toute institution unique, mais de comprendre comment ces structures parallèles peuvent remodeler la signification, la pratique et la légitimité de la paix dans un ordre international de plus en plus fragmenté.

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