Hasakah et l'approche al-Sharaa sur le partage du pouvoir

Moyen-Orient 04-02-2026 | 21:02

Hasakah et l'approche al-Sharaa sur le partage du pouvoir

Alors que les forces gouvernementales syriennes et les FDS commencent à s'intégrer, Hasakah teste les limites de l'État centralisé émergent de Damas.
Hasakah et l'approche al-Sharaa sur le partage du pouvoir
Membres des forces kurdes à Hasakah (AFP)
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L'accord entre le gouvernement syrien et les FDS kurdes est entré dans la phase de mise en œuvre sur le terrain à Hasakah, la capitale éponyme du gouvernorat du nord-est de la Syrie. Des unités du ministère de l'Intérieur ont commencé à se déployer dans toute la ville en prélude à leur adoption des responsabilités de sécurité. Cependant, la nature du déploiement suggère un modèle différent de celui précédemment poursuivi dans d'autres régions.

 

À Hasakah, un convoi appartenant au ministère de l'Intérieur, composé d'environ 15 véhicules blindés transportant entre 100 et 125 personnes, est entré dans la ville via l'axe al-Hol. Selon le suivi sur le terrain, le déploiement s'est limité à la zone centrale entourant les institutions gouvernementales, tandis que d'autres quartiers sont restés sous le contrôle des forces Asayish des FDS. Ce modèle de mise en œuvre limité s'accompagne d'une confirmation officielle que cette étape s'inscrit dans la « phase exécutive » de l'accord et vise à assurer une transition en douceur de la situation sécuritaire ; les réalités sur le terrain ont montré que la prise de contrôle n'était ni complète géographiquement ni fonctionnellement.

 

Il en va de même pour la ville voisine de Qamishli, où la sécurité intérieure syrienne devrait être stationnée uniquement à l'aéroport de la ville et dans les centres gouvernementaux.

 

Les FDS continuent de mettre en œuvre des mesures de sécurité parallèles, notamment l'intensification des barrages et l'arrestation d'individus à la fois à Hasakah et à Qamishli. Malgré l'arrivée du ministère de l'Intérieur, l'autorité sécuritaire reste effectivement répartie, et un transfert complet de contrôle sécuritaire dans les rues n'a pas eu lieu.

 

Deux Récits pour la Mise en Œuvre

Les différences ne se limitent pas aux faits sur le terrain. Marwan al-Ali, le chef de la sécurité intérieure à Hasakah, a évoqué le maintien en place des forces de sécurité syriennes, notant que l'intégration des Asayish dans le ministère de l'Intérieur se poursuivra après la mise en œuvre de l'accord récent. Son adjoint Siamand Afrin, un chef des FDS, a offert une description différente du déploiement, affirmant que la plupart du personnel de sécurité intérieure partirait dans quelques heures, avec seulement un nombre limité (15 personnes) restant pour un mois afin de redémarrer les institutions avant de partir après avoir terminé la tâche.

 

Cette différence dans la description de la nature du déploiement reflète probablement la nature même de l'accord, qui prévoit une « intégration progressive » des forces militaires et administratives sans préciser de mécanismes détaillés ni de calendrier contraignant, ouvrant la voie à une mise en œuvre flexible par phases et permettant plusieurs interprétations selon la position et le rôle du porte-parole.

Marwan al-Ali, le chef de la sécurité intérieure à Hasakah. (AFP)
Marwan al-Ali, le chef de la sécurité intérieure à Hasakah. (AFP)

Pourquoi Hasakah Spécifiquement?

Adopter ce modèle flexible à Hasakah semble davantage être un choix politique calculé qu'un détail technique. Le gouvernorat diffère de Raqqa et Deir ez-Zor en termes de sensibilité démographique et de complexité de sa structure sociale, ainsi que par la présence de questions de sécurité et politiques de haute importance. De plus, Damas cherche à éviter d'ouvrir un nouveau front à un moment de transition délicat, tandis que les FDS cherchent à maintenir un levier clé lors de la phase d'intégration.

 

Cette approche explique la différence nette par rapport à d'autres régions où les forces gouvernementales sont entrées en tant qu'autorités sécuritaires à part entière, comme à Raqqa et Deir ez-Zor, ou où le processus s'est terminé par une résolution militaire directe, comme dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et Ashrafiyah à Alep. À Hasakah, une formule de déploiement partiel et de résolution différée des questions sensibles est appliquée.

 

Il est également à noter que cette approche a coïncidé avec un intérêt avancé de la France pour le dossier, avant le début de la mise en œuvre sur le terrain, ce qui a pu influencer les considérations façonnant l'accord et son exécution, sans pour autant représenter un parrainage politique direct ou être le seul facteur décisif.

 

Les Prisons de Daech : Un Facteur Explicatif

La question des prisons de Daech est également probablement un facteur clé de l'accord et de sa mise en œuvre. Les accords prévoient la protection de ces prisons par les FDS, une exception notable dans le cadre d'une intégration sécuritaire et administrative qui, théoriquement, rétablirait les fonctions souveraines de l'État.

 

Cependant, cette exception est probablement une réponse aux priorités internationales visant à prévenir les vides sécuritaires dans des zones très sensibles, et n'indique pas une indépendance sécuritaire plus large. Cela explique également le soutien international à une mise en œuvre prudente et partielle.

 

Questions Constitutionnelles et Politiques Ouvertes

La fuite des dispositions de l'accord et sa mise en œuvre précoce ont soulevé de sérieuses questions constitutionnelles et politiques. L'accord a accordé aux FDS le pouvoir de nommer le gouverneur de Hasakah et un vice-ministre de la défense, en contraste avec la déclaration constitutionnelle provisoire qui stipule que ces nominations relèvent de l'autorité présidentielle, sans accorder de "droit de nomination" à aucune autre partie.

 

La question ici n'est pas seulement juridique mais politique : s'agit-il d'un changement perpétuel ou Damas voit-elle la mesure comme une concession temporaire dans une phase de transition ? Cela établit-il un précédent que d'autres régions pourraient exiger ? L'accord ne fournit pas de réponses claires, mais ces questions restent centrales dans l'évaluation des résultats.

 

L'ambiguïté est accentuée par l'absence d'une version officielle complète de l'accord, avec uniquement des fuites conflictuelles disponibles, renforçant le caractère transitoire et non résolu des accords en cours.

 

Intérêts Divergents
Dans ce processus, les intérêts des parties s'entrecroisent sans s'aligner complètement : Damas parie sur un rétablissement progressif de la souveraineté à moindre coût ; les FDS visent à maintenir le cœur de son influence de facto temporairement ; les puissances internationales se concentrent sur la prévention des lacunes sécuritaires dans des dossiers sensibles ; et les communautés locales cherchent à éviter un nouveau vide qui pourrait raviver la violence.

 

Un Accord Sans Définition Finale

Sur la base de ce qui précède, ce qui se passe à Hasakah ne peut pas être décrit comme une imposition complète de l'autorité centrale, ni comme un modèle décentralisé clairement défini. Il semble plus proche d'un troisième chemin, flexible et graduel, géré par des accords exécutifs plutôt que par des textes juridiques décisifs, mêlant considérations locales, régionales et internationales.

 

Hasakah pourrait être une exception, mais c'est aussi un terrain d'essai pour la façon dont l'État syrien gère la transition sans cadre constitutionnel clair. Le succès ou l'échec de cette voie dépendra de sa capacité à passer d'arrangements temporaires à un format stable. Jusqu'à ce moment, Hasakah reste un test ouvert du sens de la souveraineté et de sa gestion pendant une période de transition.

العلامات الدالة
Syrie ، Hasakah ، Damas ، FDS

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