L'Appel du Pape Léon XIV à « Désarmer » l'IA

IA 10-06-2026 | 16:04

L'Appel du Pape Léon XIV à « Désarmer » l'IA

L'appel du Pape à un « désarmement » de l'intelligence artificielle s'inscrit dans un cadre spirituel et sociétal global, dans lequel il souligne la responsabilité de l'individu et de son entourage, la solidarité entre les peuples, le dialogue entre les civilisations, ainsi que l'ouverture à l'autre.

L'Appel du Pape Léon XIV à « Désarmer » l'IA
(Associated Press)
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La première encyclique de tout Pape nouvellement élu a toujours représenté une étape fondatrice et fondamentale de son pontificat, car elle est considérée comme une déclaration des grandes lignes et de la lignée générale que l'évêque de Rome souhaite dessiner, environ un an après avoir assumé la tête de l'Église catholique.

 

Dans les jours qui ont suivi son élection à la succession de saint Pierre, le cardinal Robert Prevost a justifié son choix du nom de « Léon XIV », en rendant hommage à celui dont il partage la vision. Il convient de rappeler que le pape Léon XIII fut une figure remarquable et charnière dans l'histoire de l'Église contemporaine : c'est lui qui pilota sa transition vers une modernité constructive et un progrès ancré dans les valeurs chrétiennes.

 

Dans cette ère marquée par l'émergence des courants intellectuels nationalistes et libéraux, ainsi que par la révolution industrielle qui imposa des transformations radicales dans les relations économiques, sociales, familiales et internationales, le pape Léon XIII développa ce qui fut appelé par la suite «  Doctrine social de l'Église », qui détaille avec précision les moyens d'organiser la vie commune, afin de préserver la dignité humaine, la solidarité sociale, ainsi que le bien commun, à la lumière des enseignements du Christ et de la Parole sacrée.

 

Le pape Léon XIV a publié, au mois de mai dernier, sa première lettre apostolique, intitulée Magnifica Humanitas — « La Magnifique Humanité ».

 

Face aux évolutions nouvelles et rapides que connaît notre monde aujourd'hui, notamment sur les plans technologique, industriel, économique et politique, le pape nouvellement élu a souhaité les aborder, leur répondre et tenter de les traiter, sous l'angle de la foi, de la responsabilité commune et de « la Doctrine social de l'Église ».

 

« Une nouvelle révolution industrielle » : c'est ainsi que le pape a perçu l'impact et les effets de l'intelligence artificielle qui envahit le monde. Ces outils et programmes, qui n'ont pas besoin de l'intervention humaine pour fonctionner, ont pris le contrôle des rouages de notre vie quotidienne, notamment dans les domaines des médias, de la publicité, du journalisme, de la communication, du divertissement et de l'éducation.

 

Face à ces changements, le pape a plaidé pour le « désarmement » de l'intelligence artificielle.

 

Une expression frappante, surtout dans un pays qui a été témoin du caractère central et symbolique de cette formule dans notre histoire récente. Le désarmement des milices, le désarmement des groupes armés illégaux, le désarmement du Hezbollah… autant de promesses qui n'ont pas encore vu le jour. Le pape attire l'attention sur un autre type d'armement : l'armement artificiel et technologique qui prend le contrôle, à un rythme accéléré, sur l'humanité.

 

Par le biais de plateformes, de programmes et d'algorithmes numériques, l'être humain perd son autonomie, sa liberté, sa créativité et sa force créatrice, et devient esclave de leurs conditions et de leur rythme qui lui sont imposés.

 

Le pape Léon XIV craint que l'être humain ne perde son humanité au profit de la suprématie technologique et de la concurrence économique dure. L'être humain devient une victime gratuite sur l'autel de l'intelligence artificielle, indifférente aux besoins de l'homme, à ses préoccupations ou à son point de vue.

 

De là l'importance de « la désarmer » : il ne devrait pas permis, dans nos sociétés d'aujourd'hui, d'abandonner notre humanité en faveur d'une vision qui lui est hostile, quels qu'en soient les avantages. Il faut briser son monopole, contrôler ses dérives et empêcher sa domination totale sur la vie de nos peuples.

 

Cela n'empêche pas de l'utiliser ou d'en tirer profit, bien au contraire. L'importance de cette intelligence artificielle réside dans la façon de l'utiliser, comme un outil qui soutient et accompagne l'être humain, sans l'ignorer. Comme un instrument que l'homme contrôle, et non qui le contrôle. L'être humain devrait maîtriser son existence, et non l'inverse — qu'elle menace l'existence de l'homme et son rôle si important dans notre monde.

 

L'appel du pape au « désarmement » de l'intelligence artificielle s'inscrit dans un cadre spirituel et sociétal global, dans lequel il souligne la responsabilité de l'individu et de son entourage, la solidarité entre les peuples, le dialogue entre les civilisations, ainsi que l'ouverture à l'Autre.

 

C'est également une vision politique, celle du pape. Elle soulève des interrogations sur ce qui gouverne nos États de plus en plus mondialisés d'aujourd'hui : quelles personnages ? Quels courants intellectuels et idéologiques ? Quelles multinationales ou entreprises technologiques ?

 

« La suprématie technologique ne confère automatiquement à aucune partie le droit de gouverner ou de dominer »… Cette phrase est venue résumer la vision du pape Léon XIV concernant les principes directeurs et la rationalité fondamentale dans l'organisation du rôle que joue l'intelligence artificielle dans la vie de nos sociétés diverses.

 

Le « désarmement » de l'intelligence artificielle est la responsabilité de tous, elle compte sur chacun d'entre nous. Il commence par désarmer le « langage » que nous employons, en le dépouillant de toute violence ou extrémisme, en refusant le choix de la guerre absurde et de l'affrontement perpétuel, et en donnant une chance au dialogue constructif et à la rencontre des adversaires, au service de « la justice pour l'individu et la paix pour tous », règle d'or prononcée par le regretté Pape Saint Jean-Paul II.