Impact de la guerre de 2026 sur l’économie libanaise

Technologie et économie 09-04-2026 | 22:42

Impact de la guerre de 2026 sur l’économie libanaise

    En 2024, l’économie libanaise s’est contractée d’environ 5 %, avec des pertes estimées à14 milliards de dollars liées à la guerre et 150 000 emplois supprimés. Lesdéplacements de population ont atteint environ 350 000 personnes, tandis que l’activitédu secteur privé reculait de 20 %. Le déficit de liquidité s’est établi entre 5 et 7 milliardsde dollars. 
Impact de la guerre de 2026 sur l’économie libanaise
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Par Nicolas Chikhani

 

Malgré ce contexte difficile, les transferts de fonds en provenance des pays du Golfe ont

contribué à soutenir partiellement l’activité économique, même si l’inflation est restée

élevée. Toutefois, l’escalade du conflit en 2026 a fortement aggravé la situation,

affectant simultanément le PIB, la liquidité, le pouvoir d’achat, les réserves en devises

de la Banque du Liban et les finances publiques.

 

 

Biographie : Nicolas Chikhani – Le banquier libanais qui rayonne à l’international

 

Nicolas Chikhani, né en 1969, est une figure incontournable de la finance mondiale.

Ingénieur de formation, diplômé de Harvard, INSEAD et de la London School of

Economics, il cumule plus de trente ans de carrière entre Paris, Londres, Singapour,

Dubaï, Beyrouth et Genève.

Ancien CFO, COO puis CEO, il avait notamment dirigé Arab Bank à Genève , où il a mené une stratégie ambitieuse de croissance et d’innovation. Il a également occupé des postes de direction dans le secteur bancaire à Londres, Singapour et Dubaï.

Expert reconnu en finance, en cryptomonnaies et en gouvernance, il siège à plusieurs conseils d’administration de banques internationales, de sociétés fintech et d’ONG. Il

avait conseillé également la commission économique du Parlement libanais sur les eurobonds et le processus de restructuration bancaire.

Certifié en tant que manager anti-corruption et chevalier de l’Ordre de Malte, il incarne

une vision où l’éthique et la responsabilité sociale sont indissociables de la performance

économique. Indépendant de toute affiliation politique, il intervient régulièrement dans

des conférences internationales, notamment sur la reconstruction économique du Liban.

 

 

 

Impact sur le PIB

 

 

La guerre de 2026 constitue une rupture économique majeure plutôt qu’une simple

prolongation de la crise. Le conflit s’est étendu à plusieurs régions du pays, provoquant

plus d’un million de déplacés. Dans de nombreuses zones, l’activité économique est

passée d’un ralentissement à un arrêt partiel. Le secteur privé formel a enregistré une

chute importante, estimée à près de 50 % dans des secteurs clés tels que l’industrie,

l’agriculture et les services. Le secteur de l’hôtellerie et de la restauration a été

particulièrement touché, avec une baisse d’activité avoisinant 80 %. Le taux de chômage

pourrait dépasser 45 %, avec environ 250 000 emplois supplémentaires menacés. Les

pertes de revenus mensuelles sont estimées à 2 milliards de dollars. En cas de poursuite

de la détérioration, le PIB pourrait se contracter de 10 % supplémentaires s’ajoutant au

recul déjà enregistré en 2024.

 

 

Impact sur le pouvoir d’achat

 

 

 

Le pouvoir d’achat de la population est fortement érodé par plusieurs facteurs

combinés. Une hausse des taxes internes de 15 %, associée à une augmentation des prix

du pétrole pouvant dépasser 110 dollars le baril, ainsi qu’à des perturbations

importantes des chaînes d’approvisionnement, pourrait entraîner une inflation

atteignant 35 %. Cette inflation accentue la pauvreté et réduit significativement la

capacité des ménages à satisfaire leurs besoins essentiels au quotidien.

 

 

Impact sur la liquidité

 

 

La situation de liquidité se dégrade rapidement sous l’effet de dynamiques opposées.

D’une part, les entrées de capitaux externes chutent fortement : les transferts en

provenance des pays du Golfe diminuent, tandis que les recettes touristiques

deviennent quasi nulles. D’autre part, la demande en devises augmente de manière

structurelle en raison des importations d’urgence liées au conflit, notamment le

carburant, les denrées alimentaires et surtout les fournitures médicales. Les besoins en

aide humanitaire augmentent également en raison des déplacements massifs. À cela

s’ajoute une accélération de la fuite des capitaux vers des pays considérés comme plus

sûrs. Les ménages et les entreprises retirent leurs dépôts pour sécuriser une trésorerie

de crise allant de 3 à 6 mois. Cette combinaison entraîne une contraction sévère de la

liquidité, caractérisée par une raréfaction du dollar en circulation, un déficit de

financement en devises estimé à environ 5 milliards de dollars et une détérioration

équivalente de la balance des paiements.

 

 

Impact sur les finances publiques

 

 

 

Les finances publiques sont également gravement affectées. Les recettes de l’État

devraient chuter d’environ 50 %, entraînant un grave déficit budgétaire dès le deuxième

trimestre 2026. La Banque du Liban voit sa capacité d’intervention se réduire en raison

de la baisse de sa liquidité. Dans ce contexte, un cercle vicieux s’installe, marqué par une

érosion accélérée des réserves en devises, déjà en recul depuis le début de la guerre de

près de 5%. La banque centrale dispose ainsi de marges de manœuvre très limitées pour

contenir l’inflation, stabiliser les marchés financiers et soutenir la monnaie nationale.

 

 

 

Impact sur les réserves d’or de la BDL

 

 

Concernant les réserves d’or, plusieurs facteurs internationaux exercent une pression à

la baisse sur les prix, notamment des taux d’intérêt qui vont encore rester plus élevés

aux États-Unis, combiné à des ajustements des exigences de marge sur les marchés à

terme, un dollar fort et des ventes d’or par certaines banques centrales (France,

Turquie…). Bien que les tensions géopolitiques soutiennent partiellement l’or comme

valeur refuge, une baisse significative des prix a entraîné une perte d’opportunité

estimée à environ 8 à 10 milliards de dollars. Cela réduit la capacité de la Banque du

Liban à utiliser cet actif pour soutenir l’économie, la monnaie et la confiance dans le

système financier.

 

 

Conclusion

 

 

En conclusion, la crise actuelle résulte à la fois du choc de la guerre et de 6 années de

mauvaise gestion économique et de gouvernance insuffisante. L’absence de mesures

critiques et décisives en période de crise aggrave la situation. Il est recommandé de

suspendre les hausses d’impôts, de réduire strictement les dépenses publiques et de

limiter les importations aux biens essentiels. Les aides doivent être ciblées vers les

populations les plus vulnérables. Enfin, la Banque du Liban doit préserver ses réserves

en devises et adopter une politique monétaire rigoureuse afin de stabiliser la liquidité,

soutenir les déposants, et éviter une détérioration plus profonde du système financier.