Impact de la guerre de 2026 sur l’économie libanaise
Par Nicolas Chikhani
Malgré ce contexte difficile, les transferts de fonds en provenance des pays du Golfe ont
contribué à soutenir partiellement l’activité économique, même si l’inflation est restée
élevée. Toutefois, l’escalade du conflit en 2026 a fortement aggravé la situation,
affectant simultanément le PIB, la liquidité, le pouvoir d’achat, les réserves en devises
de la Banque du Liban et les finances publiques.
Biographie : Nicolas Chikhani – Le banquier libanais qui rayonne à l’international
Nicolas Chikhani, né en 1969, est une figure incontournable de la finance mondiale.
Ingénieur de formation, diplômé de Harvard, INSEAD et de la London School of
Economics, il cumule plus de trente ans de carrière entre Paris, Londres, Singapour,
Dubaï, Beyrouth et Genève.
Ancien CFO, COO puis CEO, il avait notamment dirigé Arab Bank à Genève , où il a mené une stratégie ambitieuse de croissance et d’innovation. Il a également occupé des postes de direction dans le secteur bancaire à Londres, Singapour et Dubaï.
Expert reconnu en finance, en cryptomonnaies et en gouvernance, il siège à plusieurs conseils d’administration de banques internationales, de sociétés fintech et d’ONG. Il
avait conseillé également la commission économique du Parlement libanais sur les eurobonds et le processus de restructuration bancaire.
Certifié en tant que manager anti-corruption et chevalier de l’Ordre de Malte, il incarne
une vision où l’éthique et la responsabilité sociale sont indissociables de la performance
économique. Indépendant de toute affiliation politique, il intervient régulièrement dans
des conférences internationales, notamment sur la reconstruction économique du Liban.
Impact sur le PIB
La guerre de 2026 constitue une rupture économique majeure plutôt qu’une simple
prolongation de la crise. Le conflit s’est étendu à plusieurs régions du pays, provoquant
plus d’un million de déplacés. Dans de nombreuses zones, l’activité économique est
passée d’un ralentissement à un arrêt partiel. Le secteur privé formel a enregistré une
chute importante, estimée à près de 50 % dans des secteurs clés tels que l’industrie,
l’agriculture et les services. Le secteur de l’hôtellerie et de la restauration a été
particulièrement touché, avec une baisse d’activité avoisinant 80 %. Le taux de chômage
pourrait dépasser 45 %, avec environ 250 000 emplois supplémentaires menacés. Les
pertes de revenus mensuelles sont estimées à 2 milliards de dollars. En cas de poursuite
de la détérioration, le PIB pourrait se contracter de 10 % supplémentaires s’ajoutant au
recul déjà enregistré en 2024.
Impact sur le pouvoir d’achat
Le pouvoir d’achat de la population est fortement érodé par plusieurs facteurs
combinés. Une hausse des taxes internes de 15 %, associée à une augmentation des prix
du pétrole pouvant dépasser 110 dollars le baril, ainsi qu’à des perturbations
importantes des chaînes d’approvisionnement, pourrait entraîner une inflation
atteignant 35 %. Cette inflation accentue la pauvreté et réduit significativement la
capacité des ménages à satisfaire leurs besoins essentiels au quotidien.
Impact sur la liquidité
La situation de liquidité se dégrade rapidement sous l’effet de dynamiques opposées.
D’une part, les entrées de capitaux externes chutent fortement : les transferts en
provenance des pays du Golfe diminuent, tandis que les recettes touristiques
deviennent quasi nulles. D’autre part, la demande en devises augmente de manière
structurelle en raison des importations d’urgence liées au conflit, notamment le
carburant, les denrées alimentaires et surtout les fournitures médicales. Les besoins en
aide humanitaire augmentent également en raison des déplacements massifs. À cela
s’ajoute une accélération de la fuite des capitaux vers des pays considérés comme plus
sûrs. Les ménages et les entreprises retirent leurs dépôts pour sécuriser une trésorerie
de crise allant de 3 à 6 mois. Cette combinaison entraîne une contraction sévère de la
liquidité, caractérisée par une raréfaction du dollar en circulation, un déficit de
financement en devises estimé à environ 5 milliards de dollars et une détérioration
équivalente de la balance des paiements.
Impact sur les finances publiques
Les finances publiques sont également gravement affectées. Les recettes de l’État
devraient chuter d’environ 50 %, entraînant un grave déficit budgétaire dès le deuxième
trimestre 2026. La Banque du Liban voit sa capacité d’intervention se réduire en raison
de la baisse de sa liquidité. Dans ce contexte, un cercle vicieux s’installe, marqué par une
érosion accélérée des réserves en devises, déjà en recul depuis le début de la guerre de
près de 5%. La banque centrale dispose ainsi de marges de manœuvre très limitées pour
contenir l’inflation, stabiliser les marchés financiers et soutenir la monnaie nationale.
Impact sur les réserves d’or de la BDL
Concernant les réserves d’or, plusieurs facteurs internationaux exercent une pression à
la baisse sur les prix, notamment des taux d’intérêt qui vont encore rester plus élevés
aux États-Unis, combiné à des ajustements des exigences de marge sur les marchés à
terme, un dollar fort et des ventes d’or par certaines banques centrales (France,
Turquie…). Bien que les tensions géopolitiques soutiennent partiellement l’or comme
valeur refuge, une baisse significative des prix a entraîné une perte d’opportunité
estimée à environ 8 à 10 milliards de dollars. Cela réduit la capacité de la Banque du
Liban à utiliser cet actif pour soutenir l’économie, la monnaie et la confiance dans le
système financier.
Conclusion
En conclusion, la crise actuelle résulte à la fois du choc de la guerre et de 6 années de
mauvaise gestion économique et de gouvernance insuffisante. L’absence de mesures
critiques et décisives en période de crise aggrave la situation. Il est recommandé de
suspendre les hausses d’impôts, de réduire strictement les dépenses publiques et de
limiter les importations aux biens essentiels. Les aides doivent être ciblées vers les
populations les plus vulnérables. Enfin, la Banque du Liban doit préserver ses réserves
en devises et adopter une politique monétaire rigoureuse afin de stabiliser la liquidité,
soutenir les déposants, et éviter une détérioration plus profonde du système financier.