De jeunes hommes passent devant un écran diffusant des nouvelles des négociations entre les États-Unis et l’Iran à Islamabad. (AFP)
Entre prudence et transparence, Téhéran se prépare à participer aux pourparlers d’Islamabad avec Washington, posant un ensemble de conditions qu’il considère comme des « lignes rouges » tout en cherchant à maintenir la porte ouverte aux négociations après le récent cessez-le-feu.
Haute représentation... Trois jours après le cessez-le-feu entre l’Iran d’une part, et les États-Unis et Israël d’autre part, et avec l’annonce du Pakistan de sa volonté d’accueillir le dialogue, la République islamique a adopté une approche prudente de la participation. D’une part, elle a accepté d’y assister avec le plus haut niveau de représentation politique depuis un demi-siècle, et d’autre part, elle a proposé des conditions difficiles pour parvenir à un accord, provoquant de vives réactions américaines. L’Iran est représenté dans les négociations, qui débutent cet après-midi, par le président de l’Assemblée consultative islamique, Mohammad Baqer Qalibaf, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araqchi, et son assistant aux affaires politiques Majid Takht Ravanji, avec la possibilité de rejoindre le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohammad Baqer Zulqadr. Du côté américain, le vice-président G. D. Vance, envoyé spécial pour le Moyen-Orient Whitkoff, et conseiller du président Jared Kushner, avec la possible implication du commandant du Commandement central, Brad Cooper.
Confusion avant le départ La mission iranienne devait se rendre à Islamabad jeudi, mais l’annonce de l’arrivée de la délégation par l’ambassadeur iranien au Pakistan a été supprimée quelques minutes plus tard, avant que les agences Fars et Tasnim ne nient son départ. Plus tard, après 40 jours de zone d’exclusion aérienne dans l’espace aérien iranien, deux avions ont décollé de Téhéran pour le Pakistan, pour découvrir que la délégation était effectivement partie après une vague de confusion et de spéculations. Parallèlement, les médias de l’opposition ont rapporté des désaccords internes sur la composition de l’équipe de négociation. Selon Iran International, le commandant en chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), le général de division Ahmad Vahidi, a exigé que le dossier des missiles ne soit pas publié et que Mohammad Baqer Zulqadr soit inclus dans la délégation, sans aucune confirmation officielle de Téhéran.
Le vice-président américain J. D. Vance s’entretient aux journalistes avant de partir pour Islamabad. (AFP)
Le vice-président américain J. D. Vance s’entretient aux journalistes avant de partir pour Islamabad. (AFP)
Le détroit d’Hormuz... Parallèlement, le nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei a envoyé un message dans lequel il insistait sur la demande de compensation et de représailles, insistant sur le transfert de l’administration du détroit d’Ormuz vers une « nouvelle phase ». Le détroit est au centre des négociations, l’Iran envoyant un double signal : la facilité de navigation d’une part, et l’accent mis sur la souveraineté de l’autre. Elle annonça l’ouverture de la partie nord aux navires en coordination avec ses forces navales, en échange d’un avertissement que la partie sud était minée. Le parlement iranien travaille également sur un projet de loi qui consacrerait la souveraineté sur le détroit et donnerait à Téhéran le droit d’imposer des frais de transit. Selon le Financial Times, ces frais pourraient atteindre jusqu’à 1 dollar pour chaque baril de pétrole payé en bitcoin, dans le cadre d’un système visant à éviter les sanctions et à exiger que les navires obtiennent une approbation préalable avant le transit. Cette approche reflète une tentative iranienne de combiner facilité de navigation avec contrôle de facto, qui a été accueillie par une position américaine ambiguë. Le président américain Donald Trump a souligné que l’ouverture du détroit est une condition préalable à tout accord, laissant entendre que les attaques pourraient reprendre si les négociations échouent.
Liban... Le point d’engagement ne se limite pas aux conditions iraniennes dans le détroit. Qalibaf a annoncé deux conditions avant le début des négociations : un cessez-le-feu au Liban et la libération des avoirs iraniens gelés. Cela fait suite à une escalade israélienne au Liban mercredi dernier, qui a provoqué de vives réactions internes en Iran et a relancé la possibilité d’annuler les pourparlers, avant que Téhéran ne décide d’aller de l’avant avec des conditions. La scène libanaise émerge comme l’un des points de discorde les plus marquants, Téhéran insistant pour l’inclure dans la trêve, tandis que Washington refuse de le faire, malgré la pression exercée sur Israël pour désamorcer afin de préserver la voie des négociations. Il existe également un désaccord sur l’ordre du jour, entre l’insistance de l’Iran sur sa proposition en dix points et l’adhésion des États-Unis à ses propositions précédentes. Takht Ravanji a noté qu’il existait un consensus en principe pour adopter la proposition iranienne comme base de négociations, tout en insistant sur le fait que Téhéran n’accepte pas une trêve permettant le réarmement des adversaires.
Destructions étendues causées par un raid israélien sur la ville libanaise, au sud du pays, Nabatieh. (AFP)
Destructions étendues causées par un raid israélien sur la ville libanaise, au sud du pays, Nabatieh. (AFP)
Divisions internes et messages doubles en interne, les positions de l’Iran varient entre les durs et l’ouverture. Les députés ont souligné la nécessité d’obtenir des garanties de sécurité et de rejeter toute atteinte à l’enrichissement ou à la souveraineté sur Hormuz, mettant en garde contre un retour à la guerre si ces conditions sont ignorées. Les responsables gouvernementaux, quant à eux, cherchent à calmer la rhétorique, affirmant que la décision de négocier a été prise à l’unanimité et depuis une position de force. Des analyses médiatiques proches du gouvernement ont également appelé à donner une chance à la voie diplomatique, tout en maintenant l’option d’escalade en cas d’échec des pourparlers. En fin de compte, Téhéran entre dans les négociations d’Islamabad dans un équilibre délicat entre ses conditions souveraines et la pression de Washington, ce qui rend le sort de la trêve directement lié à l’issue de cette négociation.