Liban : des voix chiites contre l’emprise du Hezbollah s’élèvent au Palais Bourbon à l’Assemblée nationale française Paris
À l’invitation de l’Assemblée nationale française, un colloque intitulé « Le Liban entre paix et guerre : légitimité de l’État et rôle de la société civile » s’est tenula semaine passée à Paris.
Organisé par Bruno Fuchs, président de la commission des affaires étrangères, et en présence de la députée Catherine Ibled (Ensemble pour la République), il a réuni des activistes libanais chiites venus des régions les plus touchées par les bombardements liés à l’engagement du Hezbollah dans la guerre aux côtés du Hamas et de l’Iran.
Un rejet de l’étiquette « opposants chiites »
Les participants ont refusé d’être réduits à ce qualificatif, affirmant porter des projets politiques durables, indépendants du sort du Hezbollah. Tous ont dénoncé l’organisation comme un obstacle majeur à la reconstruction de l’État et à la sortie de la guerre, appelant à la fin du soutien régional et international qui alimente sa puissance militaire.
Reconstruction et destin de la communauté
Le journaliste Mohammad Barakat a insisté sur l’urgence d’un cessez-le-feu et d’un retrait israélien du Sud-Liban. Selon lui, « celui qui tiendra les rênes de la reconstruction tiendra le destin de la communauté chiite pour les vingt années à venir ». Il a défendu le droit des habitants du Sud à vivre en paix et affirmé qu’une paix juste avec Israël est dans l’intérêt direct des chiites.
Ali Khalifé, coordinateur du mouvement Taharror, a plaidé pour un récit politique alternatif fondé sur la citoyenneté et les institutions. Il a dénoncé l’enseignement du velayet e-faqih dans les écoles du Hezbollah, qu’il juge contraire à l’ordre public libanais, tout en défendant la préservation des particularités culturelles et religieuses.
Répression et corruption
Le cas de l’activiste Ahmad Yassine, condamné à 15 ans de prison par le tribunal militaire sans avoir été informé des poursuites, a illustré la répression exercée contre les voix critiques. Lina Hamdane, militante politique, a appelé à une reconstruction internationale qui contourne les circuits traditionnels afin d’éviter corruption et gaspillage.
Bilal Mahdi, originaire de Naqoura, a dénoncé l’instrumentalisation des indemnisations pour acheter des loyautés politiques, tandis que Hadi Mrad a affirmé que « les chiites de l’État ont besoin d’un projet national » soutenu par les pays arabes et la communauté internationale.
Exil et quête de protection
La journaliste Mariam Seifeddine, contrainte à l’exil en France après des menaces du Hezbollah, a témoigné de l’impossibilité pour les citoyens chiites de recourir à l’État pour obtenir justice et protection.
Vers un projet national
En visioconférence, le général à la retraite Mohammad Sbaïti a proposé de transférer les centres de renseignement contrôlés par des proches du Hezbollah à l’armée, tandis que Mahmoud Chouaïb a exprimé son soutien au président Joseph Aoun et aux négociations directes avec Israël.
Enfin, le cheikh Mohammad Ali al-Fouani a rappelé que la communauté chiite est une composante essentielle du Liban, qui ne saurait être réduite à une seule formation politique. Il a appelé à orienter les énergies vers la science, l’économie et la culture, plaçant la dignité et la sécurité du citoyen au-dessus des intérêts partisans.