La compensation du Liban par Israël : un droit légitime entre en collision avec une réalité impossible
Suite à un accord de cessez-le-feu entre les États-Unis, Israël et l’Iran, qu’il inclue ou non le Liban, des questions de réparations sont apparues parmi ses 10 clauses. L’importance de cet accord n’est pas seulement une étape vers le calme sécuritaire, mais s’étend aussi aux dimensions juridiques imposées par les guerres.
Ces accords ne mettent pas fin aux litiges autant qu’ils les attachent, mais ouvrent en même temps une large porte à la discussion sur les responsabilités, dont la principale est la question de la compensation pour les dommages subis par les États. La demande de compensation de l’Iran, dans le contexte de ses confrontations régionales, a de nouveau soulevé la question : le Liban, compte tenu de la spécificité de sa réalité, peut-il exiger une compensation pour les pertes subies à la suite de ses guerres contre Israël ?
Le Dr Hassan Jouni, professeur de droit international et expert en organisations internationales, explique que « les réparations sont généralement discutées dans le cadre d’accords dans lesquels un pays reconnaît sa responsabilité pour ses actes, car l’auteur d’une agression est censé en subir les conséquences. » Sur la base de ce principe, il s’interroge sur la position du Liban dans l’équation : Est-il considéré comme un agresseur dans ses confrontations avec Israël ?
D’un point de vue juridique, la réponse semble être non : « Le Liban confirme qu’il n’a pas initié l’agression, mais qu’il en a été victime, surtout à la lumière de l’occupation continue de certaines parties de son territoire. Selon les règles du droit international, l’existence d’un territoire occupé confère à l’État concerné le droit à la légitime défense, y compris la résistance à l’occupation, non seulement sur son propre territoire, mais aussi sur le territoire de l’ennemi, comme dans le cas de la résistance française sur le territoire allemand. » « Cette réalité distingue le cas libanais de l’affaire iranienne, car l’Iran, malgré son implication dans des conflits régionaux, ne souffre pas d’une occupation directe de son territoire, ce qui diffère sa position juridique lorsqu’il s’agit de soulever la question de la compensation, d’autant plus qu’il a été soumis à une agression déclarée par les États-Unis, ce qui a fait de la question de la compensation un élément des négociations », a-t-il ajouté. Johnny soulève une question supplémentaire quant à savoir si cette clause peut également être incluse dans la compensation du Liban.
« Le Liban repose sur un élément essentiel de l’existence d’une occupation reconnue internationalement, ce qui renforce la légitimité de toute demande d’indemnisation, ainsi que la légitimité des actes de résistance dans le cadre de la défense du territoire », dit-il.
Cependant, la transition du droit théorique à la réalité pratique présente des complications importantes. En principe, Jouni souligne que « le Liban peut demander une compensation par le biais de cadres juridiques internationaux, dont le premier est la Cour internationale de justice, qui est la principale référence pour l’audience des litiges entre États. »
Cependant, le recours à cette Cour dépend de l’existence de l’un des trois éléments suivants : le premier est le consentement des parties au litige, le second l’existence d’un traité antérieur prévoyant la renvoi du différend à la Cour, et le dernier est l’acceptation préalable de sa compétence par les États concernés. Selon Jouni, ces conditions « sont presque inexistantes dans l’affaire libano-israélienne, surtout à la lumière du rejet par Israël de ces voies et de son ancien retrait de la reconnaissance de la compétence de la cour. » « L’arbitrage international peut théoriquement être recouru, mais cette option nécessite également le consentement des deux parties, et est souvent utilisée dans des différends commerciaux ou techniques, plutôt que dans des différends souverains complexes tels que ceux entre le Liban et Israël », ajoute-t-il.
Malgré ces difficultés, la scène n’est pas sans précédents juridiques importants. Johnny se souvient que les Nations Unies ont reconnu le droit du Liban à recevoir une compensation pour les dommages environnementaux subis à la suite de l’agression israélienne, en particulier la pollution qui a frappé les eaux de mer. Ce précédent montre que le principe de la compensation existe et est reconnu internationalement, bien que les mécanismes de sa mise en œuvre soient limités et complexes.
En conséquence, selon Jouni, « le droit du Liban de réclamer une indemnisation repose sur des fondements juridiques clairs, notamment la réalité de l’occupation et le droit à la légitime défense. Cependant, traduire cela en voie pratique rencontre d’importants obstacles politiques et juridiques, liés à la nature du système international et à l’équilibre des pouvoirs, ainsi qu’aux complexités du recours aux instances judiciaires internationales. »