L’Œuvre d’Orient au Sud-Liban : Une solidarité à l'épreuve des bombes

Liban 10-04-2026 | 19:41

L’Œuvre d’Orient au Sud-Liban : Une solidarité à l'épreuve des bombes

Alors que Beyrouth tremble sous les explosions, Monseigneur Hugues de Woillemont, directeur général de L’Œuvre d’Orient, a choisi de braver l'insécurité pour se rendre au cœur du chaos. Dans un Sud-Liban meurtri, là où l’indifférence internationale semble s’installer, sa présence porte une conviction simple mais puissante : face au fracas des armes, les petits actes de fraternité sont les seuls remparts contre le désespoir.
L’Œuvre d’Orient au Sud-Liban : Une solidarité à l'épreuve des bombes
Monseigneur de Woillemont
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Une odyssée humanitaire sous haute tension

Rejoindre les villages chrétiens du Sud est devenu un défi logistique et vital. Ce qui ne devait être qu’un trajet de deux heures s’est mué en une odyssée de sept heures à travers les décombres et les zones de combat. Accompagné d'un convoi de la Finul transportant 30 tonnes d’aide et de matelas, Mgr de Woillemont a dû faire face à la réalité brutale du front, à seulement trois kilomètres de l’objectif, le convoi a été contraint de rebrousser chemin suite à d’intenses échanges de tirs entre Israël et le Hezbollah. La tension a atteint son paroxysme lorsqu’un soldat français de la Finul a été légèrement blessé par un éclat d’obus lors d'une mission de reconnaissance. Malgré ce repli forcé le premier jour, la détermination est restée intacte : le lendemain, le message de soutien a fini par atteindre ceux qui attendaient, regroupés dans l'espoir de leurs églises.

Le lendemain, nouvelle aventure 

 Monseigneur de Woillemont a tenu à accompagner le patriarche Raï et le nonce apostolique par un autre chemin vers Marjeyoun et les villages environnants, porteur d’un message clair : la solidarité de toute l’Église de France avec les Libanais en ces moments difficiles. 

L’école comme sanctuaire de la coexistence

Au milieu de cette obscurité, les écoles chrétiennes du Sud font figure de phares. En refusant de fermer leurs portes, elles accomplissent un miracle quotidien : celui de la coexistence. Dans ces établissements, enfants chrétiens et musulmans partagent les mêmes bancs, illustrant une fraternité qui ne se théorise pas, mais se vit au jour le jour. Dans certaines zones, les élèves musulmans sont même plus nombreux que les chrétiens, prouvant que l’éducation reste le dernier terrain où la paix est encore possible. L’Oeuvre d’Orient avec le gouvernement français avaient tout fait pour qu’une aide conséquente permette aux écoles de subsister.

Le contraste est pourtant saisissant avec l'atmosphère d'il y a quelques mois, lors de la visite du pape Léon XIV. Le pays, porté par une liesse collective, semblait alors reprendre son souffle. Aujourd’hui, le Liban traverse l'une de ses heures les plus sombres, "les pieds cloués au sol", incapable pour l’instant d’entrevoir la sortie du tunnel.


Résister pour ne pas disparaître

Pour les habitants de villages comme Ain Ebel, Debel ou Rmeich, rester est un acte de résistance. Mgr de Woillemont souligne que ces familles ne veulent pas de cette guerre dont elles sont, une fois de plus, les victimes collatérales. Elles savent que l’exil est souvent définitif. À l’image du père Pierre, tombé dans sa paroisse, ces Libanais choisissent de rester malgré la peur, refusant d'être les jouets des "grands empires" qui exercent leur puissance au détriment des plus fragiles.


Un message de souveraineté et d'espérance


Face aux familles de Marjeyoun, le directeur de L’Œuvre d’Orient a porté la voix de l’Église de France, réaffirmant un principe fondamental : la souveraineté totale du Liban, et particulièrement celle du Sud, qui appartient légitimement à ses habitants. Rappelant le vœu du pape Léon XIV pour que le Liban demeure un "phare" régional, il s'est présenté non comme un sauveur, mais comme un bâtisseur de l'ombre apportant sa pierre à l'édifice.
En quittant la terre des cèdres, Mgr de Woillemont laisse derrière lui une promesse ferme. L’Œuvre d’Orient reviendra dès que les tirs cesseront. En attendant, le lien est tissé et le message est clair : malgré la violence et l’isolement, le peuple libanais n’est oublié.

L’Œuvre d’Orient est déjà allée quatre fois dans le Sud pour soutenir les villages chrétiens. Elle retournera à nouveau dès que les conditions seront propices à l’organisation d’un convoi humanitaire, afin de les aider à demeurer sur leur terre.

 Monseigneur de Woillemont a ensuite lancé un vibrant appel à la générosité et à l’engagement de tous afin de soutenir l’Œuvre d’Orient.