Les manifestations en Iran vues par les irakiens : des craintes régionales au-delà des frontières de Téhéran

Région 14-01-2026 | 10:09

Les manifestations en Iran vues par les irakiens : des craintes régionales au-delà des frontières de Téhéran

L'Irak affirme que Bagdad n'est pas impliqué dans ce qui se passe à l'intérieur de l'Iran et n'a aucun intérêt à déstabiliser son voisin.
Les manifestations en Iran vues par les irakiens : des craintes régionales au-delà des frontières de Téhéran
De jeunes manifestants irakiens contents de l'arret des attaques israeliennes sur l'Iran (AFP)
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Les observateurs irakiens considèrent les manifestations en cours en Iran comme un événement qui transcende ses frontières internes, étant donné l'influence directe de Téhéran sur la sécurité et la stabilité régionales. Les Irakiens, qui ont vécu les répercussions du chaos et des interventions étrangères, observent la scène iranienne avec prudence, craignant que la crise ne se transforme en bouleversements politiques et sécuritaires ouverts.


Alors que le nom de l'Irak est traîné dans certaines narrations médiatiques, la perspective irakienne souligne que Bagdad n'est pas partie prenante de ce qui se passe à l'intérieur de l'Iran, et n'a aucun intérêt à déstabiliser son voisin. En fait, ils estiment qu'un grand trouble là-bas aurait des répercussions directes sur l'Irak, tant sur le plan sécuritaire qu'économique.


Les manifestations iraniennes sont entrées dans leur seizième jour, avec un déclin relatif de l'élan des manifestations dans la capitale Téhéran et plusieurs grandes villes, selon les correspondants et les médias, ainsi qu'une quasi-totale coupure de l'internet, ce qui a limité le flux d'informations indépendantes.


L'Irak a émergé comme l'une des arènes dans lesquelles l'opposition iranienne à l'étranger a tenté de l'impliquer dans l'évolution de la scène iranienne. Les plateformes médiatiques de l'opposition, notamment "Iran International", ont intensifié les rapports parlant de la participation de factions armées irakiennes pour aider les autorités iraniennes à contenir les manifestations, ce que les partis irakiens ont catégoriquement nié.


Le Département d'État américain a exprimé par l'intermédiaire de son compte en langue persane sur la plateforme "X" une "grave préoccupation" concernant les rapports suggérant que Téhéran recourait à des forces étrangères alliées, y compris des éléments liés au "Hezbollah" libanais et à des factions armées irakiennes, pour réprimer les manifestations.
Le Secrétaire général des dissoutes "Kata'ib Abu al-Fadl al-Abbas", Sheikh Aws al-Khafaji, a déclaré à "An-Nahar" que ces manifestations ne sont pas un nouvel événement mais plutôt une extension de toute une série de manifestations que l'Iran a connues au cours des cinq dernières années en raison des conditions économiques et des facteurs internes, affirmant que les forces de sécurité iraniennes "n'ont pas besoin de participation étrangère pour gérer la situation", niant explicitement tout rôle irakien dans la répression ou le soutien des manifestations.


Al-Khafaji exprime une préoccupation légitime irakienne face aux "répercussions potentielles" si la crise s'aggrave, exhortant Téhéran à "s'attaquer aux causes internes des manifestations" et à réduire son ingérence dans les affaires des pays voisins, y compris l'Irak, et à limiter ses relations aux cadres diplomatiques pour maintenir l'équilibre régional et empêcher de nouvelles tensions dans la région.

 

Des manifestations iraniennes dans la ville de Mashhad. (AFP)
Des manifestations iraniennes dans la ville de Mashhad. (AFP)

 

Le Dr Abbas Aboud, universitaire et chercheur en affaires politiques internationales, dans une analyse des répercussions des manifestations, déclare que "le droit de manifester est garanti pour tous les peuples", mais le timing des manifestations, la nature de la couverture internationale qui les accompagne et l'escalade ciblant les symboles et institutions religieuses soulèvent des questions sur "l'identité et les orientations du mouvement".


Aboud avertit dans une déclaration à "An-Nahar" que "la chute du régime iranien, compte tenu des complexités ethniques et sectaires et des interventions étrangères, pourrait ouvrir la porte à des scénarios de chaos et de guerre civile, entraînant avec elle des répercussions dangereuses pour l'Irak et les pays du Golfe, que ce soit par des vagues de réfugiés ou des conflits régionaux croissants". Il souligne que les manifestations iraniennes ne sont pas purement une affaire intérieure mais représentent un événement régional significatif, où les calculs internationaux s'entrecroisent avec les préoccupations irakiennes.


Malgré le déni de Bagdad de tout rôle sur le terrain et sa préoccupation des impacts potentiels, l'Irak reste engagé à surveiller prudemment les développements, en raison de sa localisation géographique et des intérêts imbriqués avec son voisin iranien, visant à maintenir sa stabilité dans une région vivant l'une de ses périodes les plus sensibles.