Les mouvements calculés du Hezbollah et la stratégie frontalière d'Israël
Le Hezbollah réalise des gains tactiques contre Israël dans la confrontation qu'il a initiée, coïncidant avec le début de la guerre américano-israélienne contre l'Iran. Ses combattants infligent des pertes sur le front intérieur et aux forces progressant vers des positions stratégiques au sud du Liban, situées à dix kilomètres de profondeur de la Ligne bleue qui sépare actuellement le Liban et Israël.
Gains Stratégiques
Cependant, ces gains, que le Hezbollah utilise dans ses relations avec la scène intérieure libanaise en général et les autorités constitutionnelles en particulier pour affirmer qu'il reste une force militaire majeure au Liban avec une influence régionale significative et doit donc être craint, se font au détriment des intérêts stratégiques d'Israël. Israël travaille, parfois lentement par nécessité et d'autres fois par choix, à établir une ceinture de sécurité profonde le long du sud de la rivière Litani qui pourrait atteindre les abords de la ville de Tyr, selon des plans approuvés à ce jour au niveau politique.
Il n'est pas un secret que l'objectif d'Israël à ce stade, avant la fin du mandat de l'UNIFIL au sud du Liban à la fin de cette année, est d'imposer une nouvelle réalité militaire et sécuritaire qui lui donnerait le dernier mot sur toutes les questions concernant la région frontalière et tous les points qui pourraient être exploités pour nuire aux colonies israéliennes du nord. Ces colonies n'ont pas encore été entièrement réhabitée par les résidents qui ont été évacués le 8 octobre 2023, par crainte d'éventuelles infiltrations par les forces du Hezbollah, qui sont entrées dans la guerre des inondations d'Al-Aqsa pour soutenir Gaza à cette époque.
Objectifs Clés
Si Israël réussit dans cette entreprise, il aura atteint un objectif stratégique en reconquérant ce qu'il a perdu en 2000 lorsqu'il s'est complètement retiré du Liban. Pour renforcer et maintenir sa nouvelle présence, il profite d'une réalité géopolitique changeante, en particulier si la guerre en cours contre le régime iranien atteint l'un de ses objectifs les plus éminents : couper le « cordon ombilical » entre le Hezbollah et la direction iranienne. Cela intervient après que la Syrie a adopté une nouvelle position stratégique en raison de l’essor d’un régime profondément hostile à la République islamique.
Bien que le Hezbollah ait déployé plus de 750 combattants sur les lignes de front jusqu'à présent, l'armée israélienne, qui a commencé à perdre des soldats en progression, des véhicules d'assaut et des civils qui n'ont pas évacué leurs colonies nordiques, progresse régulièrement vers ses objectifs désignés. Utilisant une tactique de terre brûlée, elle détruit systématiquement chaque point qu'elle entre ou qui tombe militairement, s'assurant que ces emplacements ne soient plus habitables, quel que soit le résultat de la guerre actuelle.
Si le feu vert accordé par l'administration américaine au gouvernement israélien reste en vigueur, la destruction de la capacité de vie le long du sud de la rivière Litani sera complétée de manière à pousser la frontière militaire d'Israël loin des colonies nordiques.
C'est considéré comme une réussite stratégique pour Israël et un désastre que le Liban ne surmontera pas facilement. L'impact n'est pas seulement le fardeau du déplacement permanent sur l'intérieur libanais, mais aussi la pression qu'il exercera sur les autorités libanaises, déjà aux prises avec des problèmes politiques internes importants imposés par le Hezbollah, pour se diriger vers un « Accord de Libération » dans lequel Israël, selon le rapport de forces, les réalités sur le terrain, et les attentes des alliés du Liban, aura la voix décisive.
Le Hezbollah est pleinement conscient de ces réalités, comme on peut le déduire des déclarations de ceux dont la tête reste froide et qui croient mener une « bataille de nécessité ».
Cette nécessité, dans ce contexte, est essentiellement iranienne.
Finalement, la question n'est peut-être pas de savoir qui gagnera la bataille aujourd'hui—ce qui semble déjà décidé—mais qui réussira à façonner l'avenir du sud du Liban demain.
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