L’architecte et urbaniste franco-libanais Jad Tabet alerte sur la destruction du patrimoine du Liban-Sud

Culture 11-06-2026 | 13:13

L’architecte et urbaniste franco-libanais Jad Tabet alerte sur la destruction du patrimoine du Liban-Sud

L’architecte et urbaniste franco-libanais Jad Tabet, expert auprès du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO, a dressé un constat alarmant de la situation au Liban-Sud.
L’architecte et urbaniste franco-libanais Jad Tabet alerte sur la destruction du patrimoine du Liban-Sud
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Par Jamale Rabil

 

Selon l’architecte et urbaniste franco-libanais Jad Tabet, les destructions causées par les opérations militaires israéliennes ne touchent pas uniquement des bâtiments historiques, mais l’ensemble du paysage culturel et humain de la région.

Une « politique de terre brûlée »

Pour Jad Tabet, ce qui se déroule actuellement dans le sud du Liban dépasse largement la destruction de quelques sites patrimoniaux. Il évoque une véritable « table rase » affectant les villages anciens, les souks, les terres agricoles, les oliveraies et les plantations de tabac qui constituent l’identité même de cette région.

Il dénonce notamment l’utilisation du phosphore blanc, estimant que ses conséquences pourraient rendre certaines terres impropres à l’agriculture pendant de nombreuses années. Selon lui, loin de créer une quelconque sécurité, ces destructions risquent surtout d’alimenter de nouvelles tensions et de perpétuer le cycle de la violence.

Tyr, un patrimoine universel menacé

Parmi les sites les plus préoccupants figure la ville de Tyr, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Jad Tabet rappelle que cette cité millénaire, héritière des civilisations cananéenne, phénicienne et romaine, constitue un patrimoine exceptionnel pour l’humanité.

Il affirme que les bombardements se sont intensifiés autour de la ville et que plusieurs secteurs de la vieille cité ont été gravement touchés. Les environs des sites archéologiques auraient également subi des dégâts, tout comme le futur musée archéologique de Tyr, alors en cours de construction grâce à un financement international.

Pour l’expert, la menace ne concerne pas uniquement les monuments eux-mêmes, mais l’ensemble du tissu historique, urbain et culturel qui fait la richesse de la région.

Les inquiétudes autour du château de Beaufort

Jad Tabet s’est également exprimé sur le château de Beaufort, l’une des plus importantes citadelles médiévales du Liban-Sud. Le site, restauré après le retrait israélien de l’an 2000 et transformé en destination touristique, fait aujourd’hui l’objet de fortes préoccupations.

Le ministère libanais de la Culture a récemment demandé une intervention urgente de l’UNESCO afin de prévenir toute destruction du monument. Selon Tabet, des informations relayées sur les réseaux sociaux israéliens évoqueraient la découverte de fortifications attribuées au Hezbollah à proximité du château. Il affirme toutefois que le site lui-même était placé sous l’autorité du ministère de la Culture et ne contenait aucune arme.

La protection internationale du patrimoine

Face à ces menaces, Jad Tabet rappelle que 73 biens culturels libanais ont été inscrits depuis 2024 sur la liste de protection renforcée prévue par le deuxième protocole de la Convention de La Haye de 1954 sur la protection des biens culturels en période de conflit armé.

Cette inscription permet notamment un suivi par images satellites réalisé sous l’égide de l’UNESCO. Elle pourrait également, en cas de preuves suffisantes de destructions volontaires, ouvrir la voie à des recours devant des juridictions internationales.

Villages détruits et mémoire effacée

Au-delà des monuments historiques, Jad Tabet souligne que des villes entières, comme Bint Jbeil, ont subi des destructions massives. Cette ville, autrefois connue pour son souk traditionnel et son patrimoine architectural, aurait été largement dévastée.

Selon lui, ces destructions représentent aussi une atteinte à la mémoire collective des habitants. Il compare certaines images du Liban-Sud à celles observées dans la bande de Gaza, estimant que c’est tout un héritage culturel et social qui risque de disparaître.

Une crise humaine sans précédent

L’expert évoque également les conséquences humanitaires du conflit. Plus d’un million de personnes auraient été déplacées à travers le pays, soit près d’un cinquième de la population libanaise.

À Beyrouth, les autorités tentent d’accueillir les déplacés dans les écoles publiques et les centres d’hébergement, mais les moyens demeurent insuffisants face à l’ampleur de la crise. De nombreuses familles vivent dans des conditions précaires, parfois sous des tentes installées dans des espaces publics.

Pour Jad Tabet, le Liban se retrouve pris dans des rivalités géopolitiques qui le dépassent. « Nous sommes un petit pays pris dans l’engrenage de grandes puissances qui se battent », conclut-il, appelant implicitement à une mobilisation internationale pour protéger à la fois la population civile et le patrimoine culturel menacé.