Le Liban a vibré au rythme de la 18ème édition du Cabriolet Film Festival
Cet événement culturel majeur s’est imposé cette année encore comme un rendez-vous fondateur de la scène libanaise en étendant ses projections du 5 au 7 juin 2026 à travers l’ensemble du territoire.
De Beyrouth à Jounieh, en passant par Byblos, Ammatour, Zahlé, Dhour El Chweir, Saïda, Douma et Deir El Qamar, le septième art est allé à la rencontre d’un public venu nombreux profiter d’une programmation entièrement gratuite.
Depuis 18 ans, l’organisateur Ibrahim Smaha veille à ce que le festival ait lieu le premier week-end de juin, fidèle à une tradition qui s’est imposée dans le calendrier culturel libanais. Le slogan du festival, “Life is too short to watch long movies”. Pour cette édition, il a choisi le thème “Dreams”, un choix hautement symbolique dans un pays où le rêve semble faire défaut cette année, mais où le cinéma offre un espace pour le réinventer collectivement.
Le processus de sélection a été particulièrement exigeant : parmi 35 000 films soumis, seuls 35 courts-métrages ont été retenus pour la compétition officielle. Le public a ensuite été invité à voter pour le meilleur court-métrage libanais et le meilleur film international, renforçant l’esprit participatif et citoyen du festival.
À Beyrouth, le festival a investi plusieurs lieux emblématiques pour offrir trois jours de projections et de réflexions collectives. Les célèbres Escaliers Saint-Nicolas de Gemmayzeh ont retrouvé leur vocation de salle de cinéma à ciel ouvert chaque soir, de 20h00 à 23h00. En parallèle, le public a pu participer à des débats profonds, notamment au District 7 autour de la question de la liberté d’expression artistique en temps de guerre (“Can Art Speak Freely in Wartime?”) menée par Michelle Tueini, Diamand Abou Abboud et Amin Dora. Le réalisateur Elie Fahed est également intervenu à Rebirth Beirut, tandis que le volet familial “Cabriolet Kids” s’installait au Musée Sursock d’Achrafieh le samedi 6 juin.
Parmi les moments forts de cette programmation beyrouthine, le festival a mis à l’honneur le travail de figures montantes du cinéma libanais, à l’instar du réalisateur Karim El Rahbani. Son court-métrage phare, dont le script est coécrit avec son père Ghadi El Rahbani et accompagné d’une musique signée par son frère Omar El Rahbani, a constitué l’un des grands points d’orgue de l’événement. Véritable succès critique, cette œuvre affiche déjà un parcours impressionnant à l’international avec des sélections dans 17 festivals et pas moins de 11 prix remportés.
La ville de Jounieh a concentré ses activités autour de la place et du bâtiment de sa municipalité. Outre les projections quotidiennes de courts-métrages, les festivaliers ont pu découvrir le projet “Beirut 48 Hour Film Project”, une session modérée par Nour Akiki. Le volet théorique et historique n’a pas été en reste avec une conférence d’Émile Chahine consacrée à l’histoire du cinéma espagnol, ainsi qu’une rencontre sur l’art visuel intitulée “Photography Uncovered” avec le photographe Noir Barakat.
Plus au nord, la cité millénaire de Byblos a proposé un focus captivant sur les productions régionales. Le Centre Culturel Municipal et la place de l’UNESCO ont accueilli les projections nocturnes, mais aussi des invités de marque. L’un des points d’orgue fut l’intervention du dramaturge et réalisateur Georges Khabbaz, qui a préfacé une analyse passionnante sur l’état actuel du cinéma arabe (“Arab Cinema Today”). Le genre documentaire a lui aussi trouvé sa tribune lors d’une intervention du Dr Marina Daou.
Enfin, dans la région du Chouf, le village d’Ammatour a proposé une formule immersive unique qui a transformé le festival en un véritable week-end d’éco-tourisme et de célébration du terroir. Les projections de courts-métrages sur le terrain de l’école locale se sont prolongées tard dans la nuit par des veillées autour d’un feu de camp musical. En journée, les visiteurs ont pu se réapproprier le patrimoine naturel et culturel à travers des marches guidées, des randonnées sur le sentier Darb Al Qatlab, des sorties cyclistes avec Webike, des ateliers artisanaux et des petits-déjeuners traditionnels mettant à l’honneur le Saj local.
Cette 18ᵉ édition confirme le rôle essentiel du Cabriolet Film Festival comme vecteur de décentralisation culturelle et d’accès gratuit à l’art au Liban. L’intégralité du palmarès et les moments forts de l’événement restent consultables sur le site officiel : www.cabrioletfilmfestival.com.