Sous les bombes, Ispahan perd son âme millénaire
Par Zahraa Moussa
L'Organisation du patrimoine culturel d'Ispahan a signalé que le palais de Chehel Sotoun, «Quarante Colonnes », inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, figure parmi les sites les plus touchés. Les ondes de choc provoquées par l'attaque du bâtiment de la préfecture, situé à proximité, ont brisé les fenêtres en bois finement décorées et les portes historiques datant du XVIIe siècle.
Sur le plan structurel, les archéologues ont observé des effondrements partiels des plafonds doubles à l'intérieur du palais. Si les fresques retraçant les grandes batailles safavides n'ont pas été directement endommagées, une fissure importante est apparue sur la fresque représentant Shah Tahmasp, mettant en péril l'intégrité de cette œuvre emblématique.
Naqsh-e Jahan en danger
Les répercussions des bombardements ont atteint la place Naqsh-e Jahan, l'une des plus vastes places historiques au monde. Les fenêtres et les anciens miroirs du palais d'Ali Qapu ont été entièrement brisés par les explosions. De même, la mosquée du Shah (Masjed-e Abbasi) a subi la chute de larges sections de ses carreaux turquoises et de ses inscriptions calligraphiques uniques, fragilisées par les vibrations répétées.
D'autres bâtiments du complexe de Dolat Khaneh ont également été affectés, notamment la salle Ashraf, le musée des arts décoratifs et la salle Timurid. Les experts soulignent que la proximité de ces sites historiques avec des bâtiments administratifs modernes, comme le bureau du gouverneur, a rendu le tissu ancien de la ville particulièrement vulnérable aux dommages collatéraux causés par les opérations militaires.
Des voix internationales s'élèvent
«L'UNESCO » et l'organisation internationale « Blue Shield » ont exprimé leur « grave inquiétude » face aux attaques visant ces sites historiques. Les deux institutions ont rappelé que les coordonnées de ces lieux avaient été communiquées aux parties en conflit afin d'assurer leur protection, conformément à la Convention de La Haye de 1954.
Ce nouveau saccage fait suite à des rapports similaires concernant le palais de Golestan à Téhéran au début du mois. Les experts avertissent que la poursuite de l'escalade militaire risque de détruire un patrimoine culturel irremplaçable.
Préserver le patrimoine, préserver l'humanité
Le patrimoine n'est pas seulement le reflet du passé... il relie l'histoire, le présent et l'avenir de l'humanité. Détruire ces trésors lors d'un conflit, c'est effacer une part de la mémoire collective et compromettre l'avenir commun. Protéger ces richesses culturelles est aussi crucial que de protéger la vie des milliers d'innocents en temps de guerre, la sauvegarde du patrimoine doit être considérée comme un impératif humanitaire.