Dans chaque Maamoul, un Liban qui persiste
Par Marie-Hadil Farhat
Un langage commun au-delà des fêtes
Traditionnellement préparé pour Pâques chez les chrétiens et pour l’Aïd el-Fitr chez les musulmans, le maamoul trouve sa place sur toutes les tables. Peu importe le calendrier, il circule de maison en maison, porté par les mêmes ingrédients farine, semoule fine, dattes ou pistaches et surtout par les mêmes gestes. D’une famille à l’autre, d’une confession à l’autre, il finit par dire la même chose: un attachement profond au Liban et à ses traditions.
Le Maamoul entre vitrine et mémoire
Aujourd'hui, dans les vitrines soignées des pâtisseries libanaises, le maamoul se présente comme un produit élégant, prêt à offrir. Acheter une boîte est devenu un réflexe, presque une nécessité par manque de temps ou par habitude. Tout est là : la forme, le goût, l’élégance.
Mais dans certaines cuisines, la mémoire résiste encore.
« Regarde bien », dit Samira en refermant doucement le moule en bois. « Le maamoul, ce n’est pas juste une pâte… c’est du temps qu’on donne. »
Puis elle ajoute, avec un sourire un peu nostalgique : « Aujourd’hui, les gens achètent tout prêt, mais ils ne savent pas ce qu’ils ratent. »
Car à la maison, le maamoul n’est pas qu’un produit fini. C’est un moment. Une cuisine qui s’anime, des moules qui passent de main en main, des conversations qui durent, sans qu’on s’en rende compte. Rien n’est parfaitement identique et c’est justement là que réside sa richesse. Chaque famille ajuste, improvise, partage sa version.
Et pourtant, au-delà de ces différences, le maamoul reste un repère commun, traversant les régions, les milieux et les traditions religieuses.
Du gâteau à la nation : une résistance culturelle silencieuse
Au-delà de la cuisine, le maamoul finit par ressembler au Liban lui-même. Une composition fragile, faite d’éléments multiples, pas toujours faciles à accorder, mais qui tiennent ensemble.
Dans un pays traversé par les guerres, les crises et les incertitudes, ces gestes prennent un autre sens. Pendant les années les plus dures, alors que tout s'effondrait un peu, le maamoul continuait d’être préparé. Comme un refuge. Comme une manière de ne pas céder entièrement au chaos.
Le faire, c’était garder un lien. Refuser que tout disparaisse.
Aujourd’hui encore, rien n’est vraiment stable. Mais cette habitude tient bon. Qu’il soit fait maison ou acheté, le maamoul revient chaque année. Il passe de maison en maison, de génération en génération, comme une preuve discrète que tout ne s’est pas perdu.
Et peut-être que c’est ça, au fond: dans un pays souvent divisé, il reste encore des choses qu’on partage, sans même avoir besoin de les dire.