Byblos, ou la résilience des strates : mémoire archéologique et transmissions en Méditerranée orientale
Sur la côte libanaise, au nord de Byblos, se déploie l’un des sites archéologiques les plus anciennement documentés du Levant.
Son occupation est attestée depuis le Néolithique et s’inscrit dans une très longue durée, marquée par une succession de phases d’occupation, de transformations et de recompositions successives. Cette profondeur temporelle en fait un site de référence pour l’étude des dynamiques d’occupation humaine au Proche-Orient ancien.
Le site se présente sous la forme d’un tell archéologique, où les niveaux d’occupation se superposent sur plusieurs millénaires. Cette stratification ne constitue pas seulement un empilement chronologique : elle conserve, dans la matérialité du sol, les traces successives des sociétés qui s’y sont installées. L’archéologie y distingue des continuités matérielles, mais également des ruptures, des déplacements et des reconfigurations culturelles.
Très tôt, Byblos s’inscrit dans les réseaux d’échanges de la Méditerranée orientale et du Levant. Les relations avec l’Égypte ancienne sont attestées par les sources textuelles et les données archéologiques. Le nom grec Býblos est associé, dans l’Antiquité, au commerce du papyrus égyptien, témoignant de ces circulations anciennes entre rivages méditerranéens.
La cité est également étroitement liée aux populations phéniciennes du Levant. Elle occupe une place importante dans l’histoire des premiers systèmes d’écriture alphabétique. Le sarcophage d’Ahiram, découvert dans la nécropole royale, porte une inscription en alphabet phénicien ancien, généralement datée du début du Ier millénaire avant notre ère, et constitue l’un des témoignages majeurs des premières écritures alphabétiques connues.
Cependant, Byblos ne se laisse réduire ni à une origine ni à une continuité figée. Elle apparaît comme un espace de transformations successives, où les pratiques funéraires, cultuelles, domestiques et économiques évoluent selon les périodes. Les données archéologiques mettent en évidence des sociétés en adaptation constante à leurs environnements matériels, politiques et symboliques.
C’est cette épaisseur historique que met en lumière l’exposition présentée à Paris par l’Institut du monde arabe (IMA), consacrée à Byblos. Le parcours propose une lecture transchronologique du site à partir des vestiges issus des fouilles archéologiques, couvrant les principales phases d’occupation, du Néolithique aux périodes historiques.
Les objets exposés proviennent de contextes variés — funéraires, cultuels, domestiques et portuaires — et permettent d’appréhender la diversité des usages du site dans l’Antiquité. Ils témoignent de la complexité des sociétés qui se sont succédé sur ce territoire, sans postuler d’unité culturelle immuable.
La scénographie met en évidence le rôle structurant de la mer dans les circulations anciennes du Levant. Elle souligne les interactions entre sociétés côtières et espaces
méditerranéens, où les échanges ne dissolvent pas les identités locales mais les reconfigurent.
Certaines absences matérielles — sont également intégrées à la lecture du parcours. Elles rappellent que toute connaissance archéologique repose sur des ensembles incomplets et sur des reconstructions prudentes.
Dans cette perspective, la notion de transmission culturelle s’entend comme un processus discontinu, fait de reprises, de transformations et de réinterprétations successives. L’archéologie n’y restitue pas un récit achevé, mais une suite de traces ouvertes à l’interprétation.
C’est également dans cette perspective que s’inscrit une réflexion sur la résilience : non pas comme continuité intacte, mais comme capacité des sociétés à traverser les ruptures et à recomposer leurs formes de vie à partir des traces du passé.
Cette exposition, dédiée au peuple libanais, revêt une portée particulière en ce qu’elle met en lumière un patrimoine inscrit dans la longue histoire du territoire. Sans réduire Byblos à une identité contemporaine, elle souligne son rôle dans la formation des héritages culturels successifs du Levant.
À travers les objets, les strates et les récits archéologiques, elle rappelle que ce patrimoine appartient d’abord à une histoire humaine partagée, tout en constituant pour le peuple libanais un espace de mémoire, de connaissance et de continuité symbolique.
Un catalogue accompagne l’exposition qui prolonge et documente, la réflexion du regardeur.