Olivier Sauton se sent au Liban comme un poisson dans l'eau
Dès son arrivée au Liban, le dramaturge et écrivain Français Olivier Sauton a éprouvé un sentiment immédiat et singulier : celui d’un pays capable de toucher une part intime de son être. Très vite, il comprend que ce lien naissant dépasse l’attrait passager ou la curiosité touristique. Il s’apparente davantage à une forme de révélation personnelle. Trois jours seulement après sa première visite, une certitude s’impose à lui : il souhaite vivre au Liban. Une évidence qu’il décrit comme la réponse à une quête ancienne. Le bonheur ressenti ici, affirme-t-il, il ne l’a connu nulle part ailleurs.
Après de longues années passées en France, principalement à Paris, Sauton explique n’y avoir jamais trouvé l’harmonie qu’il recherchait. Il ne s’agissait pas d’un simple désaccord géographique, mais d’un décalage plus profond, lié à un mode de vie, à des relations humaines et à un rythme quotidien qui ne lui correspondaient pas. En France, il se sentait « au mauvais endroit », au point d’en venir parfois à douter de lui-même. Le Liban lui a permis de recontextualiser ce malaise: il n’était pas en cause, mais évoluait dans un environnement qui ne lui ressemblait pas. Ici, dit-il, dans l’interaction entre les lieux et les gens, il a retrouvé une forme d’authenticité intérieure.
Sa première visite remonte à octobre 2023, dans un contexte régional marqué par de fortes tensions politiques. Malgré cela, il découvre un Liban porteur d’une beauté intérieure que seuls ceux qui en vivent le quotidien peuvent réellement percevoir. Les relations humaines, la spontanéité, la capacité à aimer et à créer du lien malgré les crises façonnent chez lui un regard très éloigné des représentations dominantes. À chaque séjour, son sentiment d’appartenance se renforce, au point qu’il confie que, sans ses enfants restés en France, il se serait installé au Liban sans délai.
Cet attachement s’est progressivement transformé en un engagement, qu’il qualifie lui-même de « mission », tout en refusant toute posture morale ou salvatrice. Il insiste : il ne s’agit ni d’enseigner ni de guider les Libanais, mais simplement de contribuer, à son échelle, à raviver l’espoir. Son regard sur le Liban est celui d’un homme attaché, non d’un observateur critique. Il le compare parfois à une personne malade, entourée de ceux qui regrettent son passé, alors que lui la découvre sans nostalgie ni attentes préconçues, attentive à ce qu’elle peut devenir.
Conscient de ne pas avoir vécu les épreuves majeures de l’histoire libanaise, Sauton refuse toute prétention à donner des leçons. Il n’a ni traversé les guerres, ni connu l’effondrement économique de l’intérieur. Son message se veut simple : aimer son pays, même dans l’adversité. « Un pays malade ne s’abandonne pas », résume-t-il. « On s’en rapproche davantage. »
Cette conviction l’a amené à écrire des textes destinés en particulier à la jeunesse libanaise. À travers des récits symboliques, il évoque la responsabilité individuelle, le choix de rester ou de partir, et remet en question l’idée d’une émigration salvatrice. Il interroge : si tous partent, qui portera encore le projet libanais ?
Évoquant la guerre et son retour contraint en France pour rejoindre ses enfants, il admet que son départ fut vécu comme un arrachement. Non par désir de combattre, précise-t-il, mais par volonté d’être présent, de partager une épreuve collective. Ce sentiment d’appartenance, exprimé par un non-Libanais, nourrit sa conviction que le Liban demeure un pays d’accueil, par sa pluralité, ses langues, et sa culture à la croisée de l’Orient et de l’Occident.
Pour Olivier Sauton, le Liban dépasse la notion classique de patrie. Il le définit comme un « projet humain » : fragile, complexe, éprouvant, mais essentiel. Un pays éprouvé, mais vivant, capable de résister par l’engagement de ceux qui refusent d’abandonner. Selon lui, ce sont ceux qui persistent malgré les circonstances les plus difficiles — qu’ils soient Libanais ou venus d’ailleurs — qui font la différence.
Aujourd’hui, il estime que chaque geste, aussi modeste soit-il, peut produire un impact durable. L’essentiel reste de croire, de s’impliquer et de ne pas renoncer à son rôle. Participation, transmission, persévérance, attachement à l’espoir : autant de piliers qu’il considère indispensables à la construction du Liban de demain. C’est dans cet esprit qu’il continue de revenir, d’écrire et de s’engager, non comme spectateur des crises, mais comme acteur d’un avenir possible.
En définitive, Olivier Sauton affirme avoir trouvé au Liban ce qu’il cherchait depuis longtemps : une cohérence intérieure. Et, selon lui, trouver sa place revient parfois à trouver sa patrie.