Diplomatie, solidarité et souveraineté : les coulisses du déplacement de la ministre Eleonore Caroit au Liban
C’était une visite attendue, mûrement réfléchie, et dont le timing politique s'avérait crucial. En se rendant au Liban, la ministre chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger s'était fixée un objectif clair : délivrer un message de soutien indéfectible de la France, au plus près des réalités du terrain.
Pour donner un maximum d’écho et d’efficacité à cette démarche, la ministre a pris l’initiative d’un format diplomatique inédit : un déplacement conjoint avec ses homologues britannique, Jenny Chapman, et qatarie, Miriam Al Misnad. Ce front uni à trois voix s'est imposé comme un symbole de poids et un levier d’action pragmatique. Alors que Paris et Londres s'étaient positionnés très tôt au sein de la coalition multinationale pour la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, le Royaume-Uni réaffirme ici son implication au Proche-Orient. De son côté, le Qatar s’impose comme un acteur clé de la médiation et un investisseur majeur dans le développement de la région.
Réformer l'aide internationale : le plaidoyer pour la souveraineté libanaise
Ce voyage s'inscrit en ligne droite des priorités de la ministre en matière de partenariats internationaux. Quelques semaines après avoir présidé à Paris un G7 ministériel dédié au développement — dont les grandes orientations ont été endossées lors du sommet d'Évian —, elle a profité de cette tribune beyrouthine pour dénoncer la fragmentation de l’aide humanitaire.
Aujourd'hui, certains pays en crise saturent sous le poids des procédures, devant répondre à parfois plus d’une centaine d’agences multilatérales et d'ONG pour couvrir leurs besoins.
Face à ce constat, la ministre a rappelé un principe fondamental de sa doctrine : la souveraineté. Pour que l’aide – qu’elle soit d'urgence ou de développement – soit efficace, elle doit impérativement s'aligner sur les besoins dictés par le pays d’accueil, et non par les donateurs. C’est dans cet esprit que ce déplacement a été coordonné avec les autorités locales, notamment avec la ministre libanaise des Affaires sociales, qui a accompagné la délégation interministérielle sur le terrain.
Sur le plan politique, la ministre a mené un véritable marathon institutionnel pour réaffirmer le soutien de la France aux institutions libanaises. Elle a ainsi enchaîné les entretiens avec le président Aoun, le président du Parlement, ainsi qu'avec les ministres des Affaires sociales et le ministre des Affaires étrangères. Seul le Premier ministre, retenu à Paris, manquait à l’appel pour des raisons d’agenda.
L'enjeu de ces consultations était de taille : identifier les priorités absolues du gouvernement libanais afin de coordonner l’aide bilatérale et de porter au mieux la voix du Liban dans les instances multilatérales.
Sur le terrain : au cœur de la résilience et du réseau français,la ministre tient à se confronter à la réalité du quotidien des Libanais.
À Beyrouth, la délégation a visité le Lycée Abdel Kader, transformée en centre d'hébergement d'urgence poue les déplacé. La ministre s'est ensuite rendue seule dans un dispensaire médical du quartier arménien soutenu par la France. À Saïda, aux côtés de sa collègue britannique Jenny Chapman, elle a visité un autre abri et échangé avec la Croix-Rouge libanaise.
En tant que ministre de tutelle des Français de l'étranger, elle a également consacré un volet majeur de son voyage à notre communauté : représentants associatifs, universitaires, acteurs culturels et chefs d'entreprise. Pour elle, dialoguer avec ces binationaux et expatriés installés de longue date était essentiel pour capter leur perception de la crise.
Le moment le plus émouvant de sa tournée reste sans doute sa visite au Lycée Verdun. Cet établissement incarne aujourd'hui une magnifique chaîne de solidarité : il accueille les élèves et les enseignants de deux établissements empêchés de fonctionner — celui de Nabatiyeh, situé dans la zone Sud particulièrement meurtrie, et le Lycée Abdel Kader. La ministre y a salué le courage exceptionnel des équipes pédagogiques qui, malgré le drame vécu par leurs propres familles, assurent la continuité de l’enseignement. Le Liban, qui abrite le plus grand nombre d’écoles françaises à l’étranger au monde, démontre une fois de plus la puissance unique de son réseau AEFE.
Faire vivre la francophonie et sauvegarder le patrimoine en péril
Ce soutien aux écoles est aussi une réponse directe au déclin de la langue française constaté chez les jeunes générations libanaises. Pour la ministre chargée de la Francophonie, maintenir l'attractivité du français au Liban — où la moitié de la population pratique la langue — est un combat de chaque instant pour préserver les ponts historiques entre nos deux pays.
Enfin, la ministre a achevé son parcours cet après-midi à Byblos, sous l'angle de la coopération culturelle. La France, de concert avec les Émirats Arabes Unis, y soutient la fondation ALIPH pour la protection du patrimoine en zone de conflit.
Face à ceux qui jugeraient la culture secondaire en temps de guerre, la ministre a réaffirmé que la préservation des trésors libanais était une priorité politique absolue. Un déplacement qui faisait subtilement écho à l'exposition sur les richesses de Byblos qu'elle avait inaugurée à l'Institut du monde arabe à Paris aux côtés du président de la République et de Ghassan Salamé, même si le conflit actuel a malheureusement empêché le transfert de certaines œuvres vers la France.