François Fillon à Annahar : le Liban, les chrétiens d’Orient et le retour nécessaire de la France
Dans un interview exclusif à Annahar, François Fillon revient sur sa visite au Liban, défend le modèle de coexistence libanais, dénonce les souffrances du Sud et appelle la France à renouer avec un rôle majeur dans la région.
Dans une interview exclusive et approfondie accordée à Annahar, l’ancien Premier ministre français François Fillon s’exprime avec une grande franchise et une grande profondeur sur les dimensions de sa récente visite au Liban, apportant avec lui une vision politique et humanitaire claire concernant les enjeux de la région, au premier rang desquels la question des chrétiens d’Orient et l’avenir de la souveraineté libanaise. Fillon, qui dirige aujourd’hui une petite association humanitaire après s’être retiré de la vie politique officielle, estime que cette expérience lui permet de mettre à profit ses relations de longue date et son expertise au service d’une cause qu’il considère comme juste, loin des contraintes liées aux fonctions officielles.
Un garde-fou mondial et le dialogue interreligieux
Fillon commence son intervention en soulignant que l’objectif principal de sa visite est de transmettre un message clair aux publics libanais et français : soutenir les chrétiens du Moyen-Orient constitue une nécessité stratégique pour préserver l’équilibre de la région. Selon lui, le modèle libanais de coexistence et son système unique de partage du pouvoir entre chrétiens et musulmans représentent une expérience sans équivalent dans le monde, puisqu’il s’agit du seul pays du Moyen-Orient où toutes ses composantes confessionnelles participent à la gouvernance.
Il met en garde contre le fait que l’incapacité à préserver cette coexistence pacifique au Liban signifierait inévitablement l’impossibilité de la réaliser ailleurs dans le monde, notamment en Europe, qui fait aujourd’hui face à des défis démographiques croissants nécessitant des efforts sérieux pour favoriser le dialogue entre les religions et les cultures et éviter les tensions sociales.
Dans ce contexte, Fillon exprime ses regrets face au recul général du soutien européen à cette cause, parfois considérée comme dépassée. Il estime que s’il était aujourd’hui au pouvoir, il prendrait des mesures internationales symboliques fortes afin de réaffirmer que la présence chrétienne en Orient constitue une cause sacrée pour la France, appelant à inscrire fermement ce principe dans tous les aspects de la politique étrangère française.
La tragédie du Sud et la violation du droit international
L’ancien Premier ministre français revient ensuite sur les scènes douloureuses auxquelles il a assisté lors de sa visite dans des villages du sud du Liban. Malgré sa profonde admiration pour la beauté de la Vallée Sainte au nord du pays, ce qu’il a découvert dans le Sud l’a profondément marqué. Il souligne l’ampleur des destructions généralisées, des déplacements forcés et de l’extrême pauvreté subis par les habitants, leurs villages ayant été réduits en ruines, les privant des besoins les plus élémentaires de la vie, notamment la nourriture, les médicaments et l’éducation.
Dans une position ferme, il insiste sur le fait que, tout en reconnaissant à Israël le droit de se défendre et en partageant la nécessité de désarmer le Hezbollah, il n’existe aucune justification juridique ou morale à la destruction de villages entiers, au meurtre de personnes âgées et d’enfants malgré la signature d’un accord de cessez-le-feu, ni au déplacement forcé de centaines de milliers de personnes hors de la terre de leurs ancêtres.
Il qualifie ces pratiques de « violation flagrante du droit international et de crimes documentés », que la communauté internationale, et les Européens en particulier, doivent condamner avec la plus grande fermeté.
Le déclin du rôle français et l’inéluctabilité des concessions
Fillon exprime son profond regret face au recul de l’influence française et du rôle de la France au Liban, ainsi qu’au retrait de Paris de la scène diplomatique de premier plan. Tout en reconnaissant les défis économiques et financiers auxquels son pays est confronté sur le plan intérieur, il souligne que la France a une responsabilité historique qui l’oblige à placer le Liban au sommet de ses priorités en matière de politique étrangère.
Il critique l’exclusion de la France des négociations en cours entre le Liban et Israël, estimant que celle-ci est due à l’opposition israélienne et à une complicité américaine silencieuse. Il cite l’audace et la fermeté des positions du général de Gaulle, qui refusait toute atteinte à la souveraineté et à l’indépendance françaises face aux orientations américaines. Il exhorte le gouvernement français actuel à ne pas céder et à trouver les moyens de revenir à la table des négociations afin d’apporter un soutien économique et militaire au Liban si son gouvernement le demande.
Évoquant les accords de Rome, il estime que, malgré le déséquilibre structurel et l’absence d’égalité dans cet accord en faveur de l’avantage écrasant d’Israël en termes de puissance, l’existence d’un accord reste préférable à son absence, car elle ouvre une voie au dialogue direct. Il insiste sur le fait que, pour construire une paix durable et viable, Israël doit faire des concessions et respecter les intérêts de tous les peuples de la région, car l’idée qu’il puisse assurer sa propre sécurité dans un environnement hostile constitue une illusion géopolitique et historique.
La FINUL et la jeunesse libanaise
À la fin de l’entretien, Fillon critique ouvertement le mandat limité des forces de la FINUL, soulignant qu’elles n’ont jamais disposé de l’autorité militaire nécessaire pour intervenir efficacement et mettre fin aux combats. Il appelle à modifier leur mission ou à les remplacer par une force internationale efficace, capable de séparer les parties en conflit avec un soutien américain direct.
Il tourne également en dérision la proposition du président Donald Trump de compter sur la Syrie pour assurer le maintien de la paix, considérant qu’elle témoigne d’une méconnaissance totale des complexités historiques et géopolitiques de la région.
Il adresse également un message d’espoir et d’encouragement à la jeunesse libanaise, l’appelant à rester attachée à son pays et à participer à sa reconstruction, tout en exhortant les pays européens à fournir un soutien financier afin de l’aider à rester sur sa terre.
Il conclut en exprimant son admiration sans limites pour la résilience du peuple libanais, promettant d’être sa voix sincère dans les forums internationaux, de faire connaître la réalité de sa tragédie et d’œuvrer à la recherche de solutions durables.