Trump mise sur la Syrie d’al-Charaa pour contenir le Hezbollah
Les déclarations de Donald Trump sur le rôle d’Ahmad al-Charaa face au Hezbollah révèlent une nouvelle approche américaine misant sur la Syrie pour remodeler les équilibres sécuritaires dans la région.
Le président Donald Trump a récemment mis en avant un rôle syrien au Liban, à travers des déclarations répétées indiquant qu’il compte sur le président Ahmad al-Charaa pour s’occuper du Hezbollah.
Malgré les démentis répétés de la Syrie à ce sujet, Trump lui-même est revenu sur la question dans une interview accordée à la chaîne américaine Fox News, réaffirmant qu’al-Charaa réglerait la question avec le groupe. Il a ajouté qu’al-Charaa « sera plus précis qu’Israël et qu’il s’en occupera d’une manière ou d’une autre, mais qu’il ne détruira pas de bâtiments ».
Les observateurs interprètent les commentaires répétés de Trump sur cette question comme une manière d’envoyer des messages à la fois au front intérieur libanais, qui s’oppose à l’implication américaine dans la gestion de ce dossier et dans les négociations avec Israël, et à Israël lui-même.


Les ententes américano-syriennes
Des sources politiques ont indiqué à Annahar que les déclarations de Trump reflètent l’existence de nouvelles ententes américano-syriennes visant à redéfinir les équilibres sécuritaires dans la région. Il ne s’agit pas de simples déclarations de circonstance, mais plutôt d’un élément qui s’inscrit dans une approche américaine plus large, considérant que l’après-guerre israélienne la plus récente nécessite une réorganisation de l’environnement régional autour d’Israël, en particulier au Liban et en Syrie.
Dans cette perspective, Washington considère Damas comme un acteur capable d’influencer les lignes d’approvisionnement et les mouvements du Hezbollah, que ce soit en contrôlant la frontière syro-libanaise ou en empêchant la reconstruction de l’infrastructure logistique lourdement touchée pendant la guerre.
Ces déclarations interviennent alors qu’al-Charaa cherche à consolider sa légitimité internationale et à s’ouvrir aux pays occidentaux et arabes, en échange de son engagement à lutter contre les groupes armés opérant en dehors de l’autorité de l’État syrien. Il continue toutefois de faire face à une situation intérieure instable, dont la dernière manifestation en date a été l’explosion survenue lors de la visite du président français à Damas. Dans ce contexte, l’administration américaine mise sur le fait que la nouvelle Syrie sera davantage disposée à prendre des mesures visant à limiter les activités du Hezbollah sur le territoire syrien, conformément aux exigences liées à la levée des sanctions et à l’obtention d’un soutien financier pour la reconstruction.
Cependant, selon ces sources, l’expression « il s’occupera du Hezbollah » ne signifie pas nécessairement une confrontation militaire directe avec le groupe, un scénario qui semble peu probable dans un avenir proche. L’armée syrienne reste concentrée sur la reconstruction de ses institutions, et Damas est consciente de la sensibilité de toute confrontation ouverte avec une force disposant d’une portée libanaise et régionale. L’interprétation la plus probable est plutôt qu’il s’agit de restreindre la marge de manœuvre du Hezbollah en Syrie, de renforcer le contrôle sur les points de passage et les axes précédemment utilisés pour le transport d’armes et d’équipements, et de mettre fin à toute présence militaire indépendante en dehors de l’autorité de l’État.
Dans le même temps, les sources estiment que la déclaration de Trump comporte également un message direct adressé au Liban. Washington considère que la mise en œuvre complète du cessez-le-feu ne se limite pas au sud du Liban, mais inclut également l’arrêt de toute tentative de réarmer le Hezbollah via la frontière syrienne. Dans ce sens, le rôle syrien devient une composante du cadre sécuritaire que les États-Unis cherchent à établir dans la région.
Cela dépendra de plusieurs facteurs, notamment de la relation entre Damas et Téhéran, qui n’a pas été complètement rompue malgré les divergences existantes, ainsi que des liens avec la Turquie, qui cherche à consolider son rôle dans tout futur règlement régional d’une manière qui protège ses intérêts sécuritaires.
Les déclarations de Trump révèlent donc que l’administration américaine considère la Syrie comme un partenaire potentiel pour contenir l’influence du Hezbollah, non pas à travers une guerre directe, mais en redéfinissant les règles régissant le contrôle des frontières et des voies d’approvisionnement. Quant à savoir si Ahmad al-Charaa est capable ou disposé à aller plus loin dans cette voie, cela dépendra de l’ampleur des gains politiques et économiques qu’il obtiendra de l’Occident, ainsi que de sa capacité à trouver un équilibre entre les exigences de l’engagement international et les complexités géopolitiques qui continuent de façonner les relations de l’Iran avec ses alliés.
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