Irak : l’influence iranienne mise à l’épreuve

Opinion 16-07-2026 | 13:39

Irak : l’influence iranienne mise à l’épreuve

Entre gestes d’ouverture envers Washington et démonstration de force à Nadjaf et Kerbala, Bagdad se retrouve au cœur de la rivalité entre les États-Unis et l’Iran.

Irak : l’influence iranienne mise à l’épreuve
Trump et Ali al Zaydi (AFP)
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Le Premier ministre irakien, Ali al-Zaydi, a déployé d’importants efforts pour montrer que l’Irak avait changé.

 

Quelques jours avant sa rencontre avec le président américain Donald Trump à Washington, les institutions de l’État ont lancé une vaste offensive contre les réseaux de corruption, entraînant la chute de personnalités de premier plan à une échelle inédite depuis la chute de l’ancien régime en 2003. Quelques heures seulement avant son arrivée dans la capitale américaine, les médias américains ont rapporté qu’il avait exprimé ses objections au ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, ainsi qu’au commandant de la Force Al-Qods, Esmail Qaani, au sujet du soutien de Téhéran aux factions armées irakiennes.

 

Malgré cela, le 8 juillet 2026, Bagdad s’est rendu complice de la transformation de Nadjaf et Kerbala en une vitrine iranienne porteuse de messages codés à l’adresse de Washington.

 

Ces signaux comprenaient notamment la décision du gouvernement Zaydi de décréter un jour férié officiel, la présence des dirigeants du Cadre de coordination, parmi lesquels Nouri al-Maliki, Hadi al-Amiri et Qais al-Khazali, ainsi que la participation remarquée des Forces de mobilisation populaire. L’événement a laissé entendre que l’influence iranienne demeure capable de mobiliser à la fois la rue et les institutions officielles. Le nombre de participants à Nadjaf aurait dépassé les 2,3 millions, prenant part à des processions qui semblaient constituer à la fois des rituels politiques et religieux destinés à réaffirmer la portée persistante de l’influence de l’Iran auprès des chiites à travers le monde.

 

Premier ministre irakien Ali al Zaydi (X).
Premier ministre irakien Ali al Zaydi (X).

 

Les cérémonies organisées à Nadjaf et à Kerbala, où Khamenei avait auparavant poursuivi ses études religieuses, revêtaient une profonde portée symbolique. L’Iran a cherché à inscrire l’héritage du Guide iranien dans la tradition religieuse chiite irakienne, vieille de plusieurs siècles, consolidant ainsi l’image de Khamenei comme référence pour une large partie de la classe politique chiite. L’événement ne constituait pas seulement une démonstration de force ; il visait également à restaurer le moral de « l’Axe de la Résistance », ébranlé par les frappes récentes.

 

Toutefois, cette mise en scène n’a pas réussi à masquer le ressentiment et la colère suscités par l’organisation, pour la première fois dans l’histoire du pays, de funérailles en hommage à un dirigeant étranger. Les opposants ont accusé le gouvernement d’être inféodé à l’Iran, notamment en raison de la proclamation d’un jour férié officiel et du soutien apporté à l’organisation des cérémonies ainsi qu’à leur couverture officielle. Ces cérémonies ont également mis en lumière la tentative de Téhéran d’exercer une pression sur Ali al-Zaydi et de réduire sa marge de manœuvre à moins d’une semaine de son sommet avec Donald Trump.

 

La participation de Moqtada al-Sadr, malgré sa rivalité de longue date avec l’Iran, ainsi que celle de personnalités sunnites telles que Mohammed al-Halbousi et Khaled al-Moulla, a montré que l’Iran conserve encore la capacité d’exercer une certaine influence au-delà des clivages confessionnels.

 

Les funérailles n’ont pas mis en évidence un recul spectaculaire de l’influence iranienne. Elles ont plutôt révélé une influence toujours forte et durable, tant au niveau populaire que politique, au sein de la communauté chiite. Toutefois, le recours à une cérémonie funéraire et à des processions de deuil apparaît comme une tentative de dissimuler une réalité inverse : le déclin de la puissance et de l’influence de l’Iran dans la région.

 

Les « raids » menés par Ali al-Zaydi s’inscrivent dans le cadre des exigences formulées par Washington et par son envoyé présidentiel, Tom Barrack. Les États-Unis souhaitent que les armes en Irak soient placées exclusivement sous le contrôle de l’État, que les décisions de Bagdad soient affranchies de la tutelle de Téhéran et que soit mise un terme à la corruption, devenue indissociable du système politique irakien. Donald Trump est intervenu personnellement et publiquement pour s’opposer à la candidature de Nouri al-Maliki au poste de Premier ministre, tout en soutenant et en appuyant la nomination d’Ali al-Zaydi. Par cette démarche, il entendait tourner la page d'une époque en Irak, parallèlement à celle qui est en train de se refermer pour l’Iran.

 

Quelque chose a changé en Irak qui rappelle ce qui a changé au Liban. Dans les deux cas, le facteur américain a été déterminant et fondamental. La confrontation entre les États-Unis et l’Iran se déroule sur plusieurs fronts et à différents niveaux, dont certains sont visibles ces jours-ci dans le détroit d’Ormuz. Toutefois, des affrontements plus profonds et plus symboliques se jouent en Irak et au Liban.

 

La visite d’Ali al-Zaydi aux États-Unis permettra de déterminer si les processions funéraires n’étaient qu’une démonstration de force persistante ou le début d’une nouvelle phase dans laquelle il ne subsisterait de l’influence iranienne que les rituels religieux et les cérémonies funéraires. En Irak, certains estiment que les « raids » d’Ali al-Zaydi contre la corruption ne sont que des écrans de fumée qui pourraient ne pas convaincre Donald Trump. À Washington, d’autres considèrent que quelque chose a véritablement changé en Irak et que la confrontation entre Washington et Téhéran ne permettra ni à Ali al-Zaydi ni à son gouvernement de faire marche arrière.

 

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