La « Ligne jaune » : la nouvelle géographie de l’occupation israélienne au Liban-Sud
La « Ligne jaune » instaurée par Israël après la guerre de 2026 redessine la carte du sud du Liban. Retour sur l’évolution de la zone occupée, de la « zone de sécurité » d’avant 2000 à la nouvelle réalité sur le terrain.
Depuis l’annonce du premier cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël, dont les termes ont été publiés par le Département d’État américain le 16 avril, puis la signature du mémorandum d’entente entre les États-Unis et l’Iran, qui comprenait un cessez-le-feu sur le front libanais, Israël consolide son occupation de vastes régions situées au sud du fleuve Litani. Le 18 avril, l’armée israélienne a annoncé la mise en place de la « Ligne jaune » (« Yellow Line »), ainsi que son extension au nord du fleuve dans certaines zones, notamment à l’est de Zawtar al-Charqiyé. Elle a également occupé le château de Beaufort ainsi qu’Arnoun, Yohmor et Kfar Tebnit, jusqu’aux abords de la colline d’Ali al-Taher, à Nabatiyé. Elle a aussi étendu sa présence de Majdal Zoun jusqu’à Mansouri, dans le district de Tyr, tout en maintenant un contrôle par le feu sur Froun et Ghandouriyé, dans le secteur central.
Les forces israéliennes ont commencé leur avancée après l’ouverture du front sud dans le cadre de la guerre de soutien à l’Iran, déclenchée par le Hezbollah avec le lancement de missiles le 2 mars 2026. Partant des cinq positions occupées en 2024, elles ont progressé vers les villages frontaliers de première et de deuxième ligne, occupant de nombreuses localités malgré de violents affrontements avec les combattants du Hezbollah. Elles ont détruit des habitations à l’aide de bombardements et d’explosions, transformant ces localités en zones inhabitables.
Occupation de 55 villages et contrôle de 11 localités
Depuis le début de son incursion en mars dernier, Israël a occupé environ 55 villages et localités du Sud, sur une profondeur comprise entre 6 et 10 kilomètres, les intégrant à la « Ligne jaune ». Il a ensuite étendu son contrôle par le feu à plus de 11 localités, encerclant des villages du district de Hasbaya ainsi que de la région d’Arqoub, dans le secteur oriental, sans toutefois y pénétrer. Ces zones demeurent néanmoins sous contrôle israélien depuis ses positions dans les fermes de Chebaa et sur le mont Hermon, contrairement à l’occupation antérieure à 2000, qui englobait la majeure partie du district de Hasbaya.
La bande occupée établie au cours de la guerre de 2026 est désormais désignée sous le nom de « Ligne jaune ». Elle s’étend jusqu’à 10 kilomètres de profondeur à partir de la Ligne bleue, établie à la suite du retrait israélien de 2000, de Naqoura à l’ouest jusqu’à Wazzani à l’est. Auparavant, cette zone était connue sous le nom de « ceinture de sécurité », occupée en deux phases lors des invasions de 1978 et de 1982. Cette occupation avait duré 18 ans et s’étendait au-delà du sud du Litani, englobant notamment le district de Jezzine, le château de Beaufort et la région d’Ali al-Taher, jusqu’aux abords de Kfar Remmane, avant de remonter vers Al-Rihan et Sejoud.
La période postérieure à 1985
Lorsque l’armée israélienne s’est retirée du Sud en juin 1985, à la suite de l’invasion de 1982, elle a néanmoins maintenu son occupation d’une vaste bande de territoire, d’une profondeur variant entre 8 et 20 kilomètres. Cette zone s’étendait le long de la frontière internationale, de Ras Naqoura à l’ouest jusqu’aux abords nord-est de Hasbaya et de Kfar Chouba, à l’est, près de la frontière syrienne, en passant par les localités de Bint Jbeil, Marjayoun, Khiam et Jezzine. Le territoire occupé couvrait environ 1 350 km², soit un peu plus d’un dixième de la superficie totale du Liban.
La « Ligne jaune » actuelle correspond, dans les grandes lignes, à la zone qu’Israël avait occupée lors de sa première invasion en 1978, avec quelques secteurs supplémentaires. À cette époque, elle englobait 59 villes, villages et hameaux agricoles (« fermes »). Après l’invasion de 1982 et le retrait israélien de Saïda et de Tyr en 1985, la zone occupée s’est élargie pour inclure 171 villes, villages et hameaux agricoles, soit 112 de plus qu’en 1978. Il convient de noter que la population totale de cette bande occupée après 1985 était estimée à environ 350 000 habitants, avant de diminuer progressivement jusqu’à atteindre près d’un tiers de ce chiffre au cours des années suivantes.

L’occupation de 2026
L’occupation israélienne de 2026 a rendu inhabitable la zone située à l’intérieur de la « Ligne jaune », empêchant le retour de ses habitants et imposant une réalité différente de celle qui prévalait durant l’occupation antérieure.
Au cours de la guerre de 2026, Israël a adopté l’appellation de « Ligne jaune » pour désigner la zone occupée au sud du Litani, sur une profondeur comprise entre 6 et 10 kilomètres. Cette ligne englobe environ 55 villages aujourd’hui inhabités. À cela s’ajoute un contrôle par le feu exercé sur une dizaine d’autres localités, une configuration qui diffère de l’occupation de la bande de sécurité en vigueur avant 2000.
Dans le district de Tyr, la zone occupée comprend notamment les localités d’Al-Biyadah, Shemaa, Majdal Zoun, Mansouri, Naqoura, Alma al-Chaab, Tayr Harfa, Jibbeen, Sheihin, Dhahira, Yarine, Marwahin, Boustane, Oumm al-Tout, Zaloutiyé et Salhani.
Dans le district de Bint Jbeil, les localités occupées sont : Aïta al-Chaab, Ramiyé, Al-Qouzah, Dibbal, Aïn Ebel, Rmeich, Sarbine, At-Tiri, Hanine, Rachaf, Yaroun, Maroun al-Ras, Bint Jbeil, Aïtaroun et Kounine, auxquelles s’ajoutent Beit Yahoun et Hadatha. Il convient toutefois de préciser que cette dernière n’a pas été entièrement investie par l’armée israélienne, qui n’a atteint que certains de ses quartiers. La situation de Ghandouriyé demeure, quant à elle, non tranchée.
Dans le district de Marj Ayoun, Israël a occupé les villages de Blida, Mouhaybib, Meïs el-Jabal, Houla, Markaba, Adaïssé, Kfar Kila, Khiam, Taybé, Deir Siriane, Talloussa, Qantara, Rabb Thalathine, Kassir, Aadchit al-Qousseir, Burj al-Moulouk et Wazzani. Les forces israéliennes ont également occupé Debbine avant de s’en retirer. Elles continuent toutefois d’exercer leur contrôle sur de nombreux villages et localités, notamment Deir Mimas, Jdeidat Marjayoun, Qlayaa, ainsi que plusieurs exploitations agricoles (« fermes »).
Dans le district de Nabatiyé, Israël a occupé plusieurs villages situés au nord du Litani, notamment Zawtar Est, tout en exerçant un contrôle par le feu sur Zawtar Ouest, Maïfdoun et Choukine. Les forces israéliennes occupent également Kfar Tebnit, Yohmor al-Chaqif, Arnoun, le château de Beaufort, des secteurs de Doha Kfar Remmane ainsi que certaines parties de la colline d’Ali al-Taher.
Dans le district de Hasbaya, les localités occupées sont Al-Abbassiyé, Al-Majidiyé et Aïn Arab. Les forces israéliennes exercent en outre un contrôle sur Kfar Chouba, Chebaa, Kfarhamam et Hebbariyé, où une partie de la population continue de résider. Il convient de noter que les forces d’occupation sont entrées dans les villages de l’Arqoub avant de s’en retirer, tout en maintenant un contrôle militaire étroit sur cette région.

La bande occupée avant 2000
Avant l’an 2000, les villages, localités et hameaux agricoles (« fermes ») de la zone occupée étaient répartis sur six districts des gouvernorats de Nabatiyé et du Liban-Sud : Bint Jbeil, Hasbaya, Jezzine, Tyr, Marj Ayoun et Nabatiyé.
Dans le district de Tyr, Israël occupait 19 villages, localités et hameaux agricoles sur un total de 96 villages. Il s’agissait de :
Naqoura, Alma al-Chaab, Yater, Tayr Harfa, Al-Jibbeen, Al-Boustane, Marwahin, Sheihin, Dhahira, Al-Zaloutiyé, Oumm al-Tout, Al-Batichiyé, Oumm al-Rab, Layounah, Hamoul, Shemaa, Iskanderouna et Al-Biyadah.
La population d’origine de ces localités était estimée à plus de 22 000 habitants, dont seulement environ un tiers est demeuré sur place sous l’occupation.
Dans le district de Marj Ayoun, Marjayoun était considérée comme la capitale de la bande occupée. Israël y occupait 23 villages et localités, à savoir :
Marjayoun, Khiam, Qlayaa, Wazzani, Ibl al-Saqi, Blat, Debbine, Burj al-Moulouk, Deir Mimas, Kfar Kila, Deir Siriane, Blida, Mouhaybib, Meïs el-Jabal, Houla, Markaba, Talloussa, Bani Hayyane, Rabb Thalathine, Adaïssé, Taybé, Qantara et Aadchit al-Qousseir.
Les hameaux agricoles (« fermes ») occupés étaient : Al-Qousseir, Alman, Sarda, Amra, Hamamès, Al-Mseissat et Al-Bouwayda.
Dans le district de Nabatiyé, Israël occupait deux villages, Yohmor al-Chaqif et Arnoun, ainsi que deux hameaux agricoles, Ali al-Taher et Hima Arnoun, en plus de plusieurs collines dominant la ville et les colonies israéliennes.
Dans le district de Bint Jbeil, Israël occupait 18 villages et localités, à savoir :
Bint Jbeil, Aïnata, Aïtaroun, Maroun al-Ras, Yaroun, Beit Yahoun, Kounine, At-Tiri, Aïn Ebel, Rmeich, Hanine, Debl, Al-Qouzah, Beit Lif, Rachaf, Sarbine, Aïta al-Chaab et Ramiyé.
À cela s’ajoutaient quatre hameaux agricoles inhabités : Al-Salhani, Samouqa, Jbab al-Arab et Dweibeh.
Dans le district de Hasbaya, le nombre de villages occupés avant 2000 atteignait 13, auxquels s’ajoutaient 7 hameaux agricoles. Il s’agissait de :
Les villages : Chebaa, Hebbariyé, Kfar Chouba, Kfarhamam, Rachaya al-Foukhar, Hasbaya, Kawkaba, Chouaya, Aïn Qiniya, Aïn Jarfa, Fardis, Al-Mari et Abou Qamha.
Les hameaux agricoles : Al-Majidiyé, Halta, Barghaz, Ghajar, Al-Nakhilé, Mazraat Salib et Dhiraj.

Dans le district de Jezzine, la région a été intégrée à la bande frontalière occupée à la suite de l’invasion de 1982. Les villages et localités occupés étaient :
Jezzine, Al-Aïchiyé, Al-Rihane, Aaramta, Kfar Houna, Roum, Aazour, Anane, Safariyé, Kfar Falous, Bkassine, Arni, Bahnine, Bteddine el-Loqch, Benouati, Bisri, Haïtoura, Haïdab, Qatteen, Haïtoulé, Al-Homsiyé, Al-Qatrani, Al-Sirira, Aïn Majdalayne, Al-Harf, Siné, Sabah, Saïdoun, Al-Qabatiyé, Al-Maknouniyé, Maydane, Wadi Jezzine, Al-Baba, Aïn al-Mir, Machmouché, Sajed, Al-Jarmaq et Rimat.
Les hameaux agricoles (« fermes ») occupés étaient :
Baanoub, Mazraat al-Mathanah, Darya, Damashqiyé, Dalfani, Kharkhiyé, Roummané, Rahbane, Aleima, Chamkha, Arabiyé, Aaqmata, Qbaï, Houraniyé, Qrouh, Harf al-Dqiq, Zghrine, Ouaziyé, Mahmoudiyé, Kfar Teqla, Mazarae Mawtiyé et Wardiyé.
Il convient de noter que l’armée israélienne, avec l’appui de l’Armée du Liban Sud, s’est retirée de plusieurs villages du district en mai 1999.
Les changements entre les deux périodes
La carte de la zone occupée au Liban-Sud a évolué entre la période précédant l’an 2000 et celle de 2026. Le district de Jezzine n’est plus occupé aujourd’hui, tandis qu’Israël a réoccupé pratiquement les mêmes villages dans les districts de Tyr, Bint Jbeil, Marj Ayoun et Nabatiyé.
Dans le district de Hasbaya, la situation est toutefois différente, puisque la plupart de ses localités, d’Ibl al-Saqi à Hasbaya, demeurent en dehors de la zone occupée. Israël y exerce néanmoins un contrôle par le feu sur les villages de l’Arqoub, où une partie de la population continue de résider. Il convient de noter que la composition démographique confessionnelle de ce district diffère de celle des autres districts.
L’occupation de Khiam, dernière ville à majorité chiite du secteur oriental, semble avoir isolé le district de Hasbaya de celui de Marj Ayoun, tout en séparant également la Békaa-Ouest du Sud-Liban. Israël exerce en effet un contrôle militaire sur l’ensemble de cette zone grâce à sa domination par le feu et à sa position dominante depuis les hauteurs du mont Hermon.
La nouvelle carte de l’occupation israélienne présente des différences notables par rapport à la précédente. La superficie occupée aujourd’hui est d’environ 650 km², contre près de 1 350 km² auparavant. Israël a transformé les villages occupés en zones inhabitables.
Avant l’an 2000, Israël avait établi la prison de Khiam. Aujourd’hui, celle-ci a été démolie et transformée en base pour les chars israéliens. Alors qu’autrefois Israël s’était employé à mettre en place l’Armée du Liban Sud, il occupe désormais des villages vidés de leurs habitants, tout en empêchant leur retour et leur reconstruction. Cette situation soulève des interrogations quant à l’avenir de cette bande occupée et à la possibilité de la libérer à nouveau, après les 22 années d’attente qui ont précédé la fin de l’occupation en 2000.

Israël a occupé 55 villages et localités du sud du Liban, sur une profondeur comprise entre 6 et 10 kilomètres, qu'il a intégrés à la « Ligne jaune ». Il a ensuite étendu son contrôle par le feu à plus de 11 localités, qu'il contrôle désormais.
Avant 2000, Israël occupait 171 villes, villages et hameaux agricoles (« fermes »), soit 112 de plus que lors de l'invasion de 1978.
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