L’Iran face au piège des ambitions guerrières : saura-t-il s’arrêter à temps ?
L’Iran semble confondre résilience et victoire, au risque de répéter les erreurs de ceux qui, avant lui, n’ont pas su reconnaître le moment de s’arrêter.
Tout au long de l’histoire, le problème des dirigeants guerriers a toujours été le même : la plupart d’entre eux ne savent pas quand s’arrêter.
Dans sa jeunesse, Napoléon Bonaparte critiquait Alexandre le Grand (356 à 323 av. J.-C.) ainsi que le commandant militaire anglais Oliver Cromwell (1599 à 1658), estimant qu’ils étaient incapables de contenir leurs ambitions militaires. Bonaparte décrivait cette ambition comme une « fièvre » qui consume celui qui en est atteint avant de finir par le consumer lui-même. Le dirigeant nazi Adolf Hitler constitue un autre exemple d’expansion aveugle, lorsqu’il décida d’occuper Stalingrad uniquement pour satisfaire son ego personnel, bien loin de tout objectif militaire. Athènes a également fait preuve d’une grande arrogance pendant la guerre du Péloponnèse (431 à 404 av. J.-C.), ce qui a conduit à sa destruction, ainsi qu’à la mort du philosophe Socrate par la suite. La liste est longue et va jusqu’à l’Iran.
L’Iran après la guerre
L’Iran est sorti de la récente guerre avec son régime intact et en conservant son uranium enrichi. Concernant ce dernier point, le président américain Donald Trump a évoqué la possibilité de réduire le niveau d’enrichissement de l’uranium à l’intérieur du pays plutôt que de le transférer hors de ses frontières. Trump a également exprimé, à une occasion, sa compréhension du souhait de l’Iran de préserver son programme de missiles, tandis que la question de son soutien à ses groupes alliés est restée largement en dehors des négociations.
En effet, progressivement, les discussions ont commencé à se concentrer sur la question de la réouverture du détroit d’Ormuz, en s’éloignant des enjeux fondamentaux qui touchent à la sécurité de la région et du monde.
Finalement, après que les Iraniens ont commencé à mettre à l’épreuve la patience du président américain, Trump a ordonné des frappes contre des positions militaires appartenant au « Corps des gardiens de la révolution islamique », en plus de rétablir le blocus naval contre l’Iran. Le monde a alors assisté à l’utilisation par les Américains de nouveaux drones maritimes contre des ports iraniens, dans le cadre d’une tactique peu coûteuse susceptible de prendre de l’ampleur à l’avenir. Mais pourquoi la situation a-t-elle atteint ce tournant dès le départ ?
Le profond décalage dans les perceptions de l’Iran
L’Iran ne s’est pas satisfait de ce qu’il avait accompli durant la guerre, alors même que ses résultats dépassaient déjà la plupart des attentes. Il aurait pu proposer à Trump un « bel accord », relativement facile à conclure compte tenu de son objectif clair et prioritaire : le programme nucléaire et la sécurité de la navigation maritime. Mais l’Iran a plutôt choisi de se concentrer sur une démonstration publique de sa volonté de faire plier le président américain. C’est une entreprise dangereuse lorsqu’on a affaire à quelqu’un comme Trump.
Autrement dit, depuis le cessez-le-feu, l’Iran négocie les conditions de la reddition de l’Amérique. Il continue de commettre une erreur fondamentale : sa survie ne signifie pas une défaite américaine. Le « Corps des gardiens de la révolution islamique » ne s’inscrit pas ici dans une logique de jeu à somme nulle.
Téhéran a profité de l’absence de planification américaine préalable, notamment en ce qui concerne le détroit d’Ormuz, ainsi que de la facilité avec laquelle l’expérience vénézuélienne a été considérée comme transposable au champ de bataille iranien. Il a également bénéficié de la perte d’intérêt rapide de Trump pour la guerre. Cependant, les erreurs américaines ne suffisent pas à revendiquer une victoire.
Ce n’est pas l’Amérique qui a subi des pertes se chiffrant en centaines de milliards de dollars, perdu des dirigeants politiques et militaires de haut rang, ou été confrontée à une campagne de « pression maximale » qui a duré sept ans. Ce n’est pas non plus l’Amérique qui est exposée à un blocus naval et à un important isolement international. La conviction de l’Iran selon laquelle sa capacité de résistance équivaut à une victoire est non seulement erronée, mais pourrait également s’avérer coûteuse.
L’Iran et la leçon de ses alliés proches
Certains des alliés de l’Iran étaient censés avoir tiré une leçon sur l’importance de savoir reconnaître le moment où il faut s’arrêter. Le Hezbollah n’a pas compris que sa solide performance lors de la guerre de juillet 2006 ne se reproduirait pas nécessairement, car chaque guerre a ses propres circonstances, qui ne sont jamais totalement identiques.
Le groupe ne s’est pas satisfait de la victoire qu’il avait obtenue en 2000 ; il a donc continué à étendre son influence dans la région jusqu’à être exposé militairement face à Israël.

Le Hamas est tombé dans le même piège. Après avoir gouverné seul la bande de Gaza, il a décidé de lancer l’attaque du « Déluge d’Al-Aqsa », qui a entraîné sa propre destruction ainsi que celle de la bande de Gaza. En conséquence, le Hezbollah et le Hamas ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient autrefois.
L’Iran semble être en train de répéter les mêmes erreurs. Sa pression incessante sur Trump, ainsi que sur la sécurité régionale, a commencé à se retourner contre lui. La question de savoir s’il saura faire marche arrière au moment opportun reste légitime. Mais les pages de l’histoire montrent qu’il est peu probable que l’Iran choisisse la voie de la prudence.