L'armée soudanaise prise au piège des ambitions idéologiques

Opinion 15-07-2026 | 11:43

L'armée soudanaise prise au piège des ambitions idéologiques

La guerre au Soudan soulève une question cruciale : l’armée défend-elle encore l’État et le peuple, ou est-elle devenue l’instrument d’un projet politique ?

L'armée soudanaise prise au piège des ambitions idéologiques
Des chars endommagés devant le bâtiment de la Banque centrale du Soudan à Khartoum, 2025 (archives)
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La chose la plus dangereuse qui puisse arriver à une armée nationale n’est pas de perdre une bataille, mais de voir son processus décisionnel pris en otage et sa doctrine nationale remplacée par une doctrine idéologique au service d’une organisation politique. C’est la question majeure à laquelle le Soudan est confronté aujourd’hui : l’armée est-elle encore une institution appartenant à tous les Soudanais, ou bien l’influence du Mouvement islamique et des vestiges du régime de Bachir, connus sous le nom de « Kizan », l’a-t-elle entraînée dans une guerre visant à protéger leur projet et à les ramener au pouvoir ?

 

Pendant des années, les Frères musulmans ont œuvré à infiltrer les institutions de l’État et à faire de la loyauté envers l’organisation un critère d’appartenance, et l’institution militaire n’a pas été épargnée par ce phénomène. Après la chute du régime de Bachir, ces réseaux n’ont pas disparu. Au contraire, la guerre a rouvert la voie au retour des bataillons idéologiques et des éléments liés à l’ancien régime, qui combattent sous la bannière de l’armée. C’est là qu’a commencé le véritable danger: une institution censée protéger tous les Soudanais pourrait être transformée en une alliance militaro-idéologique où l’État se confond avec les milices, la nation avec l’organisation, et l’armée avec un projet de reconquête du pouvoir.

 

La gravité de la situation est encore accentuée par les enquêtes et les accusations liées à l’utilisation d’armes chimiques. En mai 2025, les États-Unis ont officiellement annoncé être parvenus à la conclusion que le gouvernement soudanais avait utilisé des armes chimiques au cours de l’année 2024 et ont imposé des sanctions en conséquence, tandis que les appels à des inspections et à des enquêtes internationales se sont ensuite intensifiés. Des rapports et des investigations ont également fait état d’allégations concernant l’utilisation de gaz chloré comme arme, alors que les autorités soudanaises nient ces accusations. Tant qu’une enquête internationale indépendante n’aura pas été menée à son terme et que la chaîne de commandement, ainsi que les responsables ayant donné et exécuté les ordres, n’auront pas été identifiés, la question morale et politique demeure profondément alarmante : comment le Soudan en est-il arrivé au point où son armée nationale est accusée d’avoir utilisé une arme interdite contre sa propre population ?

 

Si ces accusations sont confirmées, le crime ne constituera pas seulement une violation des lois de la guerre, mais aussi la manifestation d’un effondrement dangereux du sens même d’une armée nationale. Une armée censée être un bouclier pour le peuple ne peut devenir un instrument idéologique qui attaque sa propre population afin de protéger un projet politique ou une organisation cherchant à revenir au pouvoir.

 

Un message aux figures encore rationnelles et patriotes au sein de l’armée soudanaise : le Soudan est plus grand que les « Kizan », et plus grand que toute milice ou tout groupe. Cessez de verser le sang de votre propre peuple, refusez la prise en otage de votre institution et unissez-vous à vos concitoyens pour bâtir un État civil et une armée professionnelle unique. Cessez de jouer avec le présent et l’avenir. Le Soudan a besoin de ceux qui le sauveront, pas de ceux qui cherchent à régner sur ses ruines.

 

Clause de non-responsabilité : Les opinions exprimées par les auteurs leur sont propres et ne représentent pas nécessairement les points de vue d’Annahar.