La solidarité du Golfe à l’épreuve : vers une nouvelle vision de la sécurité collective

Opinion 14-07-2026 | 14:36

La solidarité du Golfe à l’épreuve : vers une nouvelle vision de la sécurité collective

La visite de cheikh Mohammed ben Zayed au Koweït après l’attaque iranienne souligne la solidarité du Golfe et l’urgence de renforcer la sécurité collective face aux menaces régionales.

La solidarité du Golfe à l’épreuve : vers une nouvelle vision de la sécurité collective
La visite de cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane au Koweït dépasse la simple portée d’un geste de solidarité entre deux nations sœurs. (AFP)
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La visite de Son Altesse le cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane, président des Émirats arabes unis, au Koweït est intervenue quelques heures seulement après l’attaque iranienne injustifiée, revêtant une portée qui dépassait largement la simple solidarité entre deux nations sœurs.

 

Dans les heures difficiles qui ont suivi l’attaque, les Émirats arabes unis ont choisi de manifester leur soutien au plus haut niveau, réaffirmant que la sécurité du Koweït fait partie intégrante de la sécurité du Golfe et que les échanges entre les dirigeants du Golfe se poursuivent même dans un contexte de menaces accrues.

 

Les relations entre les Émirats arabes unis et le Koweït plongent leurs racines dans une histoire profonde, liée à la vision fondatrice du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et à son parcours depuis sa création. L’importance de cette visite réside également dans ce qu’elle représente pour les États du Golfe pendant et après la guerre. Le conflit a révélé l’ampleur des menaces qui pèsent sur les villes, les infrastructures essentielles et les voies maritimes, démontrant clairement que la menace iranienne concerne l’ensemble des membres du CCG, indépendamment de leurs approches respectives à l’égard de Téhéran.

 

Pour cette raison, il est plus approprié de parler franchement plutôt que de se limiter à évoquer la restauration des relations au sein du Golfe. Ces relations demeurent intactes, mais les événements récents appellent à un examen honnête des positions adoptées lors de la crise sécuritaire la plus grave qu’ait connue le CCG. Si chaque État dispose du droit souverain de prendre ses propres décisions, les attaques visant les pays du Golfe exigent un niveau minimum stable de coordination politique, médiatique et sécuritaire. La souveraineté revêt la même valeur pour chaque État, et la notion de destin commun perd son sens si elle reste cantonnée aux seules déclarations.

 

Dans le même temps, l’unité de position ne signifie pas que les États du CCG doivent adopter des politiques ou une rhétorique identiques. Ce qui est nécessaire, c’est un accord sur les principes fondamentaux qui doivent guider les réponses face à une menace commune, au premier rang desquels figurent l’identification claire de l’agresseur, le rejet de toute violation de la souveraineté d’un État du Golfe, le partage des informations ainsi que la coordination des efforts diplomatiques et médiatiques en période de crise. Les divergences dans l’évaluation de certaines questions sont naturelles, mais l’hésitation face à une attaque directe ne fait que permettre à l’adversaire d’exploiter les divisions et d’affaiblir la position du Golfe.

 

Les divergences apparues dans le Golfe pendant la guerre ne relevaient pas d’une opposition entre partisans de la paix et partisans de la guerre. Tous les États du Golfe partagent un intérêt direct pour la préservation de la stabilité et la protection de leurs projets de développement. La différence résidait dans l’évaluation du coût de la confrontation par rapport à celui de la désescalade. Les récentes attaques ont démontré que la seule flexibilité ne suffit pas à modifier le comportement iranien et qu’un dialogue dépourvu de moyens de pression offre au régime iranien une marge de manœuvre supplémentaire.

 

Le défi posé par Téhéran dépasse sa rhétorique diplomatique. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, évoque la désescalade et les relations de bon voisinage, tandis que les Gardiens de la révolution continuent de cibler des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz et de lancer des attaques contre les États du Golfe. Cette contradiction entre les paroles et les actes affaiblit la crédibilité de tout accord futur et fait du comportement sur le terrain le véritable critère des relations à venir.

 

L’Iran est désormais confronté à un choix : soit s’intégrer dans la région sur la base des principes de souveraineté et d’intérêts communs, soit poursuivre sur une voie d’isolement et d’usure.

 

La réorganisation de la maison du Golfe commence par le développement du concept de sécurité collective, notamment dans les domaines de la défense aérienne, de la protection des voies maritimes ainsi que des capacités militaires et cybernétiques. Ces domaines exigent une intégration plus rapide, allant au-delà des mécanismes traditionnels de coordination. Le concept de dissuasion doit également s’élargir pour inclure la diversification des voies d’acheminement de l’énergie, la connexion des ports et des réseaux ferroviaires, la protection des chaînes d’approvisionnement et le développement des industries de défense, permettant ainsi de transformer les leçons de la guerre en politiques durables.

 

Le modèle des Émirats arabes unis offre une formule convaincante qui associe une force militaire efficace à une stratégie de développement réussie : un État national fort, une économie diversifiée, de vastes partenariats internationaux et une détermination à agir lorsque cela est nécessaire. Le développement ne remplace pas la force, pas plus que la force ne constitue un obstacle au développement. La combinaison des deux donne au Golfe une voix plus forte dans un ordre mondial qui redéfinit ses priorités dans les domaines de l’énergie, du commerce, de la défense et de la technologie.

 

La visite du cheikh Mohammed ben Zayed au Koweït a été particulièrement éloquente par son timing, son niveau et ses implications. Le Golfe dispose aujourd’hui d’une occasion de transformer les enseignements de la guerre en une réévaluation sérieuse de son cadre opérationnel, renforçant ainsi sa capacité à protéger ses États et à préserver ses intérêts. La force crée les conditions de la paix, et la solidarité du Golfe trouve sa véritable signification lorsqu’elle se manifeste dans les moments d’épreuve et se traduit à la fois par les paroles et par les actes.

 

Clause de non-responsabilité : Les opinions exprimées par les auteurs leur sont propres et ne représentent pas nécessairement les points de vue d’Annahar.