Détroit d’Ormuz : l’obstacle majeur entre Washington et Téhéran
Le détroit d’Ormuz cristallise le bras de fer entre Washington et Téhéran, dont l’issue pourrait déterminer l’avenir des négociations sur les autres dossiers en suspens.
Il n’existe aucun point d’accord entre les États-Unis et l’Iran concernant le détroit d’Ormuz. Les deux parties se livrent à des séries de frappes réciproques qui ont considérablement réduit les chances de parvenir à un nouveau cessez-le-feu et d’engager des négociations susceptibles de conduire à un accord final, notamment sur le programme nucléaire iranien.
À ce stade, il est difficile de concilier les exigences du président américain Donald Trump, qui réclame la réouverture du détroit aux navires commerciaux sur l’ensemble des voies de navigation, avec le refus de l’Iran d’autoriser tout passage, à l’exception de la route nord désignée par le Corps des gardiens de la révolution islamique. Les efforts diplomatiques rapidement lancés par le Qatar, le Pakistan et d’autres médiateurs ne semblent pas susceptibles d’aboutir à des résultats positifs.
Une escalade rapide sur le terrain
La situation se résume désormais ainsi : l’Iran a rejeté vendredi la demande américaine de publier, samedi, une déclaration annonçant la réouverture du détroit à une circulation maritime sans restriction. Tôt dimanche, le Corps des gardiens de la révolution islamique a frappé un porte-conteneurs chypriote à l’aide de missiles et de drones alors qu’il tentait de naviguer par la route sud, à proximité d’Oman, provoquant un important incendie à bord du navire et la mort d’un membre d’équipage.
Les forces américaines ont riposté par une série de frappes visant 140 sites iraniens, selon un communiqué du Commandement central des États-Unis, connu sous le nom de CENTCOM. En réponse, les Gardiens de la révolution ont lancé une vague d’attaques par missiles et drones contre le Koweït, Bahreïn, le Qatar, Oman, les Émirats arabes unis et la Jordanie.
Il convient de rappeler que l’Iran avait auparavant exclu le Qatar, les Émirats arabes unis et Oman de ses représailles menées mardi et mercredi précédents. Ses dernières attaques témoignent toutefois d’un élargissement du cycle de représailles et de contre-représailles, alimentant les craintes d’une escalade plus large et de la possibilité d’une guerre à grande échelle.
L’escalade ne se limite pas au terrain militaire ; elle se manifeste également dans les déclarations en provenance de Téhéran et de Washington. Le Guide suprême Mojtaba Khamenei a promis, dans un message publié samedi, de chercher à obtenir « vengeance » pour son père, l’ancien Guide suprême Ali Khamenei, tué lors de la guerre récente. De son côté, Trump a affirmé que « mille missiles » étaient prêts à être lancés contre l’Iran si celui-ci tentait de l’assassiner.
Cela confirme que les États-Unis et l’Iran ont tourné la page des 14 dispositions du mémorandum d’entente et que tout effort diplomatique actuellement engagé devra s’appuyer sur de nouveaux arrangements, à commencer par une définition claire de l’avenir du détroit.

Le détroit, principal obstacle aux négociations
Les responsables américains estiment que c’est le Corps des gardiens de la révolution islamique, et non les autorités politiques iraniennes, qui contrôle la décision concernant le détroit. Les Gardiens craignent que faire des concessions sur la question du détroit revienne à perdre un puissant outil de dissuasion qui tient l’économie mondiale en otage, empêchant ainsi une décision américaine de reprendre une guerre à grande échelle.
En Iran également, le détroit est considéré comme un levier de pression qui oblige les États-Unis à respecter leurs engagements dans le cadre du mémorandum d’entente, notamment le cessez-le-feu au Liban, l’exécution des obligations liées à l’allègement des sanctions et la réduction de leur présence militaire dans la région.
En outre, Téhéran estime que l’article cinq du mémorandum d’entente lui a accordé le pouvoir d’établir des « arrangements » concernant le passage des pétroliers pendant la période de soixante jours, qui correspond à la durée du cessez-le-feu prévue dans le mémorandum signé le 17 juin.
Washington, de son côté, considère que contraindre l’Iran à accepter la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz l’obligerait à faire preuve de davantage de souplesse sur d’autres dossiers, notamment celui de son programme nucléaire.
Il est clair qu’il s’agit d’une épreuve de force autour du détroit, et son issue déterminera le sort des autres dossiers en litige. Avec l’annonce par les Gardiens de la révolution de la fermeture complète du détroit, les prix du pétrole augmenteront de nouveau, exerçant une pression sur les marchés mondiaux, y compris aux États-Unis. Une perspective peu favorable aux républicains, qui craignent que l’inflation, comme cela est désormais bien connu, ne leur fasse perdre le contrôle du Congrès lors des élections de mi-mandat cet automne.
Une telle situation accentue encore le dilemme de Trump, qui devra choisir entre s’engager sur la voie d’une guerre plus large ou revenir au mémorandum d’entente selon les conditions de l’Iran. Dans les deux cas, les risques pourraient s’avérer difficiles à surmonter dans un avenir prévisible.
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