L’été, cette saison où les chemins du cœur rencontrent ceux du monde

Mode de Vie 10-07-2026 | 15:45

L’été, cette saison où les chemins du cœur rencontrent ceux du monde

Né entre souvenirs de famille et horizons lointains, Jean Pierre Habib raconte son amour du voyage, un destin qui l’accompagne depuis l’enfance et qui transforme chaque ville visitée en une part de lui-même.

L’été, cette saison où les chemins du cœur rencontrent ceux du monde
Collègue Jean Pierre Habib à Hyde Park, Londres
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L’été n’est pas simplement l’une des saisons de l’année, ni une halte passagère entre un printemps qui s’en va et un hiver qui attend. L’été est la saison où les âmes se réconcilient avec le temps, où les cœurs se retrouvent après une longue absence, et où un désir en rencontre un autre : le désir d’une personne pour ses proches, celui des lieux pour leurs visiteurs, et celui du voyageur pour la route infinie.

 

C’est peut-être pour cette raison que le voyage n’a jamais été, pour moi, une décision prise à un moment précis de ma vie, mais plutôt un destin avec lequel je suis né.

 

 

Collègue Jean Pierre Habib à Amsterdam
Collègue Jean Pierre Habib à Amsterdam

 

Je suis né dans une maison dont les murs semblaient être une carte du monde. Des photos de membres de ma famille et de mes proches occupaient chaque recoin, dispersés aux quatre coins de l’Amérique du Nord et du Sud. Les familles de mes grands-parents paternels avaient été emportées par la vie vers des villes lointaines. Certains s’étaient installés à São Paulo, au Brésil, tandis que d’autres avaient élu domicile au Texas, aux États-Unis. Entre ces photos, les histoires voyageaient comme des oiseaux passant d’une saison à l’autre : des récits de voyages, des lettres pleines d’attente, le désir des retrouvailles et des nouvelles qui traversaient les océans avant d’atteindre les portes des maisons.

 

Les lettres arrivaient porteuses du parfum d’une vie vécue loin du foyer, et les noms lointains me semblaient plus proches que les villes que je n’avais pas encore quittées. J’écoutais les adultes parler de navires, d’avions et de ports, avec le sentiment que le monde commençait sur le pas de notre porte et que les distances n’étaient rien d’autre que des fils reliant les cœurs.

 

Hyde Park London (Photo: Jean Pierre Habib)
Hyde Park London (Photo: Jean Pierre Habib)

 

Et puis vint l’été !...

 

Cette saison que j’attendais comme les enfants attendent le matin de l’Aïd. Les portes de la maison s’ouvraient en grand, et le foyer se remplissait de proches revenant d’au-delà des mers, portant dans leurs valises de petits cadeaux et dans leurs yeux des mondes entiers. Ils arrivaient avec des accents mêlant l’arabe aux langues venues des quatre coins de la terre, ainsi qu’avec des histoires de villes que je ne connaissais alors que par leur nom. Ces villes faisaient partie de mon imaginaire bien avant de faire partie de mes voyages.

 

C’est là, dans cette maison, qu’est né un enfant nommé Voyage !

 

Mariánské Lázně - Czech Republic (Photo: Jean Pierre Habib)
Mariánské Lázně - Czech Republic (Photo: Jean Pierre Habib)

 

Cet enfant ne m’a jamais quitté. Il a grandi avec moi, me murmurant à l’oreille chaque fois qu’il voyait une carte ou entendait le nom d’une nouvelle ville. Il me répétait toujours que le monde était trop vaste pour être découvert dans un livre, et que les plus belles histoires sont celles que nous vivons avec nos propres pas.

 

Lorsque je grandis, cet enfant me prit par la main et m’emmena vers la ville du brouillard, Londres. Là-bas, j’ai étudié, vécu et appris que les villes ne sont pas seulement des bâtiments et des rues, mais des êtres vivants qui possèdent leurs propres souvenirs, leur âme et leur battement de cœur. Depuis Londres, mon véritable voyage a commencé, non pas simplement comme une ville où j’ai vécu, mais comme une porte d’entrée par laquelle j’ai découvert le monde. C’est là que je suis devenu l’un des plus jeunes rédacteurs arabes à consacrer sa plume à l’écriture sur le voyage et les itinéraires, et à rechercher les histoires cachées derrière les cartes.

 

 

Amsterdam (Photo: Jean Pierre Habib)
Amsterdam (Photo: Jean Pierre Habib)

 

Depuis lors, le voyage n’a plus été pour moi un simple loisir ou une profession, mais un mode de vie. Il est devenu une partie du rythme de mes journées, de ma manière de voir le monde et les êtres qui l’habitent.

 

Combien de villes ont trouvé une place dans mon cœur… et comme j’aurais aimé trouver, moi aussi, une place dans le leur !

 

Dans chaque ville que j’ai visitée, je pensais être celui qui partait, pour découvrir finalement que c’était la ville qui repartait avec moi. J’y laissais une part de moi-même : un sourire partagé dans un café, une conversation fugitive avec un inconnu, ou un moment silencieux au bord de la mer, sur une montagne ou dans une vieille rue. En retour, chaque ville déposait une part d’elle-même dans mon cœur, jusqu’à ce que mon âme se remplisse de nombreuses villes, chacune portant son propre battement, son parfum et ses souvenirs.


Prague (Photo: Jean Pierre Habib)
Prague (Photo: Jean Pierre Habib)

 

Aujourd’hui, chaque fois que l’été revient, cet enfant revient frapper à la porte de ma mémoire et me murmure à l’oreille que le voyage n’a jamais été une fuite loin de la vie, mais toujours un retour vers elle. Les plus beaux voyages ne sont pas ceux que l’on mesure au nombre de kilomètres parcourus, mais ceux que l’on mesure à la profondeur de la trace qu’ils laissent dans le cœur et aux souvenirs qui demeurent en nous longtemps après la fin du voyage.

 

 

Lausanne and Lake Geneva (Photo: Jean Pierre Habib)
Lausanne and Lake Geneva (Photo: Jean Pierre Habib)

 

À travers ce dossier préparé grâce aux efforts passionnés de mes collègues du journal Annahar, je vous invite à faire de chaque page une destination, de chaque image une fenêtre, et de chaque histoire le début d’un nouveau voyage. Entre ses deux couvertures, imprégnées du parfum de l’Orient, vous parcourrez une sélection de nos chers pays arabes, où le patrimoine de chaque lieu se mêle à la générosité de ses habitants, où chaque ville possède son propre battement de cœur, chaque mer sa propre mélodie, et chaque ruelle son histoire qui n’attend qu’une oreille attentive pour être entendue.

 

Je souhaite au Liban et à nos pays arabes un été toujours rempli de bienfaits… et je souhaite que chaque été apporte un monde plus paisible, plus humain et davantage capable de rapprocher les cœurs, comme le voyage sait toujours le faire.

 

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