La Syrie en transition : des succès diplomatiques, des défis internes

Opinion 10-07-2026 | 10:34

La Syrie en transition : des succès diplomatiques, des défis internes

La Syrie multiplie les avancées sur les plans régional et international, mais son avenir dépendra de sa capacité à bâtir un État solide, fondé sur les institutions, l’État de droit et l’unité nationale.

La Syrie en transition : des succès diplomatiques, des défis internes
Al Sharaa and Macron in Damascus (AFP)
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Ces derniers jours, les dirigeants de transition syriens ont réussi à enregistrer plusieurs avancées positives, tant au niveau de leur positionnement que de leur légitimité internationale et régionale. Ces évolutions étaient urgemment nécessaires pour renforcer leur stabilité et accroître la confiance à leur égard, aussi bien sur le plan intérieur qu’à l’étranger.

 

L’une des avancées les plus importantes a été, en premier lieu, la création d’un « Comité supérieur conjoint libano-syrien » le 2 juillet 2026. Cette initiative a été annoncée lors d’une visite à Beyrouth du ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad Al Shaibani, effectuée à cette fin. Au cours de cette visite, il a également signé avec le Premier ministre libanais Nawaf Salam des mémorandums d’entente et des accords entre les deux pays dans les domaines politique, diplomatique, économique, financier, judiciaire et sécuritaire, sur la base du principe du « respect de la souveraineté et de l’indépendance du Liban et de la Syrie, ainsi que de l’égalité totale entre les deux États ».

 

Cette étape peut être considérée comme une transformation majeure ainsi qu’une ouverture historique et qualitative dans les relations entre les deux pays voisins, notamment compte tenu du fait que le Liban a été soumis à la domination syrienne sous le régime Assad pendant trois décennies, de 1976 à 2005, puis à une influence iranienne exercée par l’intermédiaire du Hezbollah pendant deux décennies, de 2005 à 2025.

 

Deuxièmement, le président français Emmanuel Macron a effectué une visite officielle en Syrie le 7 juillet 2026, accompagné d’une importante délégation de dirigeants d’entreprises et de cadres de sociétés industrielles. Cette visite sans précédent était la première d’un dirigeant d’un grand pays occidental en Syrie depuis l’arrivée au pouvoir du président Al Sharaa, à la suite de l’effondrement du régime Assad à la fin de l’année 2024.

 

L’importance de cette visite réside dans le fait qu’au-delà des questions politiques, elle a porté sur la coopération économique, le soutien à la stabilité et à la reconstruction de la Syrie. Par ailleurs, la partie française a tenu à réaffirmer sa position concernant la justice transitionnelle, la mise en place d’institutions étatiques fondées sur l’État de droit et la Constitution, ainsi que la protection des droits des minorités.

 

Cependant, ce qui a particulièrement marqué cette visite est le degré de chaleur et d’hospitalité manifesté lors des rencontres entre les présidents français et syrien, une atmosphère qui s’est reflétée dans les promenades qu’ils ont effectuées ensemble dans les rues de la capitale, Damas, malgré le climat négatif provoqué par les attaques terroristes.

 

Troisièmement, le président syrien Ahmed Al Sharaa a été invité à participer au sommet de l’OTAN qui s’est tenu à Ankara le 8 juillet 2026. Il s’agit d’une étape significative témoignant du renforcement de la position de la Syrie aux niveaux régional et international, ainsi que de la confiance que les pays occidentaux cherchent à accorder aux dirigeants syriens dans le cadre régional plus large, sur les plans politique, sécuritaire et économique, au Moyen-Orient.

 

Cette évolution inclut également le positionnement de la Syrie au cœur des transformations en cours dans le réseau mondial des transports et des chaînes d’approvisionnement, en tant que plateforme stratégique et carrefour essentiel au Moyen-Orient entre l’Est et l’Ouest, notamment après la crise du détroit d’Ormuz.

 

Quatrièmement, l’une des évolutions les plus importantes a peut-être été la rencontre avec le président américain Donald Trump, qui a constamment affirmé son soutien à la stabilité de la Syrie et annoncé le retrait de la Syrie de la liste des pays soutenant le terrorisme. Il s’agit d’une étape extrêmement importante pour la Syrie, tant sur le plan politique qu’économique.

 

Lors de cette rencontre, le président Trump, comme à son habitude, n’a pas caché son admiration pour le président Al Sharaa ni sa confiance en lui. Cependant, l’affaire ne s’est pas arrêtée là, puisque le président syrien a également rencontré à Ankara une délégation de membres du Congrès américain, ainsi que l’envoyé spécial du président américain pour la Syrie et l’Irak, Tom Barrack. Ces rencontres revêtaient des dimensions politiques, économiques et sécuritaires, notamment parce que Barrack est le principal architecte, au sein de l’administration Trump, des politiques américaines à l’égard de la Syrie, du Liban et de l’Irak, en plus d’occuper le poste d’ambassadeur des États-Unis en Turquie.

 

Cela laisse penser que la Syrie a désormais consolidé une position solide aux niveaux international, régional et arabe, en particulier dans ses relations avec les pays du Golfe arabe, le Liban et la Jordanie. Toutefois, cette position ne dispense pas la Syrie de la nécessité d’assurer sa stabilité intérieure sur les plans politique, économique, sécuritaire et social. Elle ne doit pas nonplus négliger la nécessité de faire face au défi posé par les politiques israéliennes dans la région et à l’égard de la Syrie elle-même.

 

Les dirigeants syriens doivent comprendre que, malgré toutes leurs réalisations et leurs succès sur le plan extérieur, la Syrie doit également accélérer la transformation de l’autorité en un État et renforcer cette transformation au véritable sens du terme, c’est-à-dire un État fondé sur des institutions et sur l’État de droit, sans retard ni justification d’aucune sorte. Cela exige de définir clairement son orientation dans ce domaine, avant tout envers son propre peuple, avant toute autre partie.

 

Ce dont la Syrie a également besoin en tant qu’État, c’est de faire en sorte que les Syriens deviennent un peuple au sens plein du terme, plutôt que des groupes ou des minorités divisés selon des lignes confessionnelles, ethniques ou tribales. L’unité de la Syrie en tant qu’État souverain ne repose pas uniquement sur l’unité de son territoire et de sa géographie, mais aussi sur l’unité de ses citoyens et sur leur conscience d’eux-mêmes en tant que peuple composé de citoyens individuels, libres, indépendants et égaux. C’est là que réside la plus grande source de force de la Syrie, et c’est ce qui la protège contre les défis extérieurs, y compris le défi israélien.

 

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