Du sommet de la puissance à l’épreuve de l’État : Vingt ans de guerres qui ont redessiné le Liban
Vingt ans après la guerre de juillet 2006, trois conflits ont profondément transformé les équilibres au Liban et dans la région, faisant passer le débat de la dissuasion à la question centrale de l’État, de la souveraineté et des armes.
Chaque guerre dans l’histoire du Liban a été précédée par la conviction qu’elle serait la dernière, mais l’expérience a prouvé le contraire. Depuis la guerre de juillet 2006, le Liban n’a pas connu de stabilité durable. Au contraire, il est passé d’une confrontation à une autre, comme si la première guerre n’avait été que le début d’une longue trajectoire qui, vingt ans plus tard, a conduit à un changement fondamental dans l’équilibre des forces ainsi que dans les réalités politiques et militaires, tant à l’intérieur du Liban qu’à l’échelle régionale.
Au cours de ces deux décennies, le Liban a traversé trois guerres déterminantes : la guerre de juillet 2006, puis la guerre en soutien à Gaza, et enfin la guerre en soutien à l’Iran. Chacune d’elles a eu ses propres circonstances et ses propres objectifs, mais ensemble, elles ont constitué des étapes interconnectées d’une même trajectoire. Si la guerre de juillet 2006 a représenté l’apogée de l’essor du Hezbollah et de l’Axe de la Résistance, les deux guerres suivantes ont porté des signes évidents du début du déclin de cette trajectoire sous l’effet des transformations militaires et régionales.
La guerre de juillet : l’apogée de la montée en puissance
Lorsque la guerre a éclaté le 12 juillet 2006, Israël a annoncé que son objectif était d’éliminer les capacités militaires du Hezbollah et de récupérer les deux soldats capturés à la frontière. Après 33 jours de combats, la guerre s’est achevée sans que Tel-Aviv n’atteigne les objectifs qu’il avait déclarés, tandis que le Hezbollah a réussi à résister à l’offensive et a continué à lancer des roquettes jusqu’aux dernières heures du conflit.
En Israël, la performance des dirigeants politiques et militaires a provoqué un profond traumatisme, poussant le gouvernement à créer la « Commission Winograd » chargée d’enquêter sur la gestion de la guerre. Son rapport a conclu que la responsabilité incombait aux plus hauts niveaux politiques et militaires, dans une reconnaissance rare de l’ampleur de l’échec qui avait accompagné la confrontation.
À l’inverse, le Hezbollah est sorti de la guerre au sommet de sa puissance. L’expression « Victoire divine » est devenue le slogan de cette période, et son secrétaire général Hassan Nasrallah s’est imposé comme la figure arabe la plus en vue et la plus influente, non seulement au sein de la communauté chiite, mais aussi auprès d’une large partie de l’opinion publique arabe. Le parti a acquis une influence politique et populaire sans précédent au Liban, tout en renforçant sa position au sein de l’axe dirigé par l’Iran, grâce à son alliance étroite avec le régime syrien, qui lui offrait une profondeur stratégique ainsi que des voies d’approvisionnement et d’acheminement d’armes.
Malgré les vastes destructions qui ont touché la banlieue sud de Beyrouth, le sud du Liban et les infrastructures libanaises, ainsi que les milliers de morts et de déplacés, le Hezbollah a réussi à transformer l’issue de la guerre en un capital politique qui s’est prolongé pendant des années. Parallèlement, la guerre a donné naissance à un nouvel arrangement avec l’adoption de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU et le déploiement de l’armée libanaise au sud du fleuve Litani en coopération avec les forces de la FINUL, marquant le début d’une nouvelle phase dans la gestion de la frontière sud, sans toutefois résoudre le débat interne sur l’avenir des armes du Hezbollah.
La guerre en soutien à Gaza : le début de l’érosion
Dix-sept ans plus tard, le sud est de nouveau entré en guerre, mais la situation était totalement différente.
La confrontation qui a débuté sous le slogan du « soutien à Gaza » ne s’est pas transformée en une guerre courte. Elle est au contraire devenue une guerre d’usure prolongée, au cours de laquelle Israël a ciblé de manière systématique la direction du Hezbollah ainsi que ses infrastructures militaires, en s’appuyant sur des capacités de renseignement et des moyens technologiques sans précédent.
Le tournant le plus important a été l’assassinat du secrétaire général Hassan Nasrallah, un événement considéré comme le plus grave de l’histoire du parti depuis sa fondation. Il n’était pas seulement un dirigeant organisationnel, mais l’architecte du projet politique et militaire du Hezbollah pendant plus de trois décennies, le symbole de la « victoire de juillet » dans la conscience collective de ses partisans, et l’une des figures les plus influentes de la vie politique libanaise et régionale. Ainsi, son absence ne représentait pas seulement une perte au niveau de la direction, mais un coup moral, politique et organisationnel qui a frappé au cœur même de l’identité et de la symbolique du parti.
Les pertes ne se sont pas limitées à la direction. Un grand nombre de commandants militaires et de cadres de terrain ont été assassinés, tandis que les structures militaires et logistiques ont subi des frappes successives. Parallèlement, le sud du Liban a connu des déplacements massifs de population et d’importantes destructions touchant des villages entiers, à un moment où le pays traversait déjà un effondrement financier et économique sans précédent, faisant du coût de la guerre un fardeau bien plus lourd qu’en 2006.
Sur le plan politique, la guerre a replacé la question des armes du Hezbollah au centre du débat national et international. Après des années durant lesquelles l’accent était mis sur le maintien de l’équation de dissuasion, la communauté internationale s’est orientée vers un appel à la mise en œuvre intégrale de la résolution 1701, au renforcement du rôle de l’armée libanaise et à la limitation des décisions de guerre et de paix aux institutions de l’État, considérant cela comme une condition essentielle à toute stabilité future.