La diplomatie libanaise entre Chypre, la Turquie et l’Iran
Beyrouth multiplie les contacts diplomatiques avec Chypre, la Turquie et l’Iran pour renforcer ses appuis régionaux et internationaux.
Malgré les derniers développements militaires sur le front américano-iranien, et alors que le Liban cherchait à obtenir une indication selon laquelle Israël avait accepté l’accord-cadre et était réellement disposé à commencer à mettre en œuvre ses dispositions, condition préalable à sa participation au prochain cycle de négociations à Rome, l’ambassadeur des États-Unis Michel Issa a informé les responsables, en marge de sa visite au palais de Baabda, tout en réaffirmant l’invitation américaine adressée au président Joseph Aoun à se rendre à Washington, qu’une délégation militaire américaine arriverait à Beyrouth dans les prochains jours afin de coordonner et de mettre en place le mécanisme d’application de l’accord-cadre sur le terrain. Cette démarche est considérée comme nécessaire pour éviter tout vide sécuritaire lors du retrait des forces israéliennes des zones désignées comme zones pilotes. Sur la base des résultats des réunions de coordination, la date du début de la mise en œuvre sur le terrain sera ensuite fixée.
Issa a également confirmé que les discussions à Rome, qui y ont été transférées pour des raisons techniques, visent à poursuivre les échanges et les ententes conclues à Washington. Il a indiqué que plusieurs réunions se tiendraient dans la capitale italienne ou ailleurs afin de superviser la mise en œuvre conformément aux phases qui seront convenues. La réunion de Rome, prévue les 14 et 15 juillet, revêt un caractère organisationnel et opérationnel, avec pour objectif de mettre en application les dispositions de l’accord-cadre, notamment par la formation de groupes de travail spécialisés chargés d’exécuter les arrangements convenus à Washington. Selon les questions abordées, ces arrangements pourraient nécessiter l’intervention d’experts juridiques ou techniques.

Chypre et Turquie
Sur le plan politique, les développements au Liban hier se sont articulés autour de deux pays voisins mais rivaux, Chypre et la Turquie, ce qui laisse penser que les autorités libanaises s’efforcent de tirer le meilleur parti de tous les leviers dont elles disposent, tout en rétablissant leurs relations afin de mobiliser des soutiens en faveur de leur orientation actuelle et future.
Alors que le ministre des Affaires étrangères Youssef Raggi achève une visite officielle à Chypre, au cours de laquelle il a entendu le président chypriote Nikos Christodoulides exprimer son intérêt pour la mise en place d’un mécanisme de coopération avec le Liban, impliquant la France, afin d’examiner la phase post-FINUL, le président chypriote a également affirmé que Nicosie soutiendrait toute décision que le Liban prendrait à ce sujet. Parallèlement, le Premier ministre Nawaf Salam arrive aujourd’hui en Turquie et doit rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdoğan après la prière du vendredi, en présence du ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan et du chef de l’Organisation nationale turque du renseignement, İbrahim Kalın. Le regain d’engagement du Liban avec la Turquie ne prendra pas fin avec cette visite, après une longue période de contacts limités, puisque le président Joseph Aoun devrait se rendre à Ankara les 29 ou 30 juillet afin de poursuivre les efforts engagés par Salam pour rétablir et renforcer les relations entre les deux pays.
Un diplomate turc en activité a déclaré que la Turquie souhaitait établir les relations les plus solides possibles avec le Liban et son peuple, sans aucun obstacle. Il s’est dit surpris que la déclaration importante d’Erdoğan, prononcée devant les membres de son bloc parlementaire, n’ait suscité aucune demande officielle d’explication de la part du Liban. Erdoğan avait déclaré que « la sécurité de la Turquie commence à Damas et à Beyrouth ». Selon le diplomate, aucun responsable libanais, qu’il soit au sein du gouvernement ou ailleurs, n’a contacté l’ambassade de Turquie pour demander à Ankara des éclaircissements sur les raisons de cette déclaration. Une source politique libanaise a commenté que « les Turcs ont le droit de faire preuve d’une telle prudence à l’égard d’Israël, d’autant plus qu’Israël ne s’est pas limité à affaiblir l’Iran ».
Berri et les ambassadeurs
Dans le cadre des efforts visant à mobiliser un soutien international, le président du Parlement Nabih Berri a rencontré hier les ambassadeurs de l’Union européenne accrédités au Liban. Leurs discussions ont porté sur les réformes financières et économiques ainsi que sur la reconstruction.
Berri a souligné aux ambassadeurs que le Parlement était déterminé à adopter les textes législatifs relatifs à la restructuration du secteur bancaire, après que le gouvernement a soumis à nouveau le projet de loi dans une version révisée intégrant les observations du Fonds monétaire international.

La délégation iranienne
Par ailleurs, à la suite d’informations faisant état d’une éventuelle visite à Beyrouth du ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, dont aucune date n’a encore été fixée dans un contexte de réaction officielle réservée à cette proposition, Téhéran semble déterminé à maintenir son engagement diplomatique avec le Liban. Il a dépêché le vice-ministre des Affaires étrangères Vahid Jalalzadeh pour rencontrer plusieurs responsables libanais, au premier rang desquels le président du Parlement Nabih Berri et le vice-Premier ministre Tarek Mitri.
La composition de la délégation iranienne a tenu compte de la position du gouvernement libanais en excluant Mohammad Reza Sheibani, que l’Iran avait désigné comme son ambassadeur à Beyrouth, mais dont l’accréditation n’a pas été officiellement acceptée par le Liban. À la place, les réunions se sont déroulées en présence du chargé d’affaires de l’ambassade d’Iran, Toufic Samadi.
Les discussions ont porté sur les développements au Liban et dans la région au sens large, ainsi que sur les relations bilatérales entre les deux pays. Jalalzadeh a également transmis un message oral au président Berri de la part du président iranien Massoud Pezeshkian et du ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, réaffirmant l’engagement de la République islamique d’Iran à rester aux côtés du Liban.