Le Pakistan, nouveau médiateur du Moyen-Orient ? Après Washington-Téhéran, Islamabad tente un rôle en Libye

Opinion 09-07-2026 | 12:40

Le Pakistan, nouveau médiateur du Moyen-Orient ? Après Washington-Téhéran, Islamabad tente un rôle en Libye

Après son rôle dans les échanges entre Washington et Téhéran, le Pakistan tente de s’imposer comme un nouvel acteur de la médiation internationale en s’engageant dans le dossier libyen. Mais son influence dépendra de sa capacité à transformer le dialogue en résultats concrets.

Le Pakistan, nouveau médiateur du Moyen-Orient ? Après Washington-Téhéran, Islamabad tente un rôle en Libye
La crise libyenne continue de connaître d’importantes complexités internes et régionales. (AFP)
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Quelle mouche a donc piqué le Pakistan, le poussant à se lancer dans une série d’efforts de médiation ici et là et à rejoindre le cercle des médiateurs internationaux ?

 

Après avoir finalement réussi à jouer un rôle calme et équilibré dans les communications entre Washington et Téhéran, le Pakistan revient une nouvelle fois sous les projecteurs diplomatiques, mais cette fois-ci par le biais du canal libyen-libyen, avec des informations faisant état d’une médiation pakistanaise entre l’est de la Libye, dirigé par le maréchal Khalifa Haftar, et le Gouvernement d’union nationale à Tripoli, présidé par Abdel Hamid Dbeibah.

 

Islamabad est-il devenu un nouvel acteur diplomatique dont le rôle doit être pris au sérieux dans les dossiers et les enjeux du Moyen-Orient, ou son rôle reste-t-il limité à la simple transmission et à l’échange de messages ?

 

Le rôle du Pakistan en Libye n’est pas une simple rumeur ni une spéculation de journaux ou de sites internet. Il s’agit plutôt d’une réalité confirmée qui devrait être officiellement annoncée sous la forme d’une initiative formelle ou d’un accord politique.

 

Bien que les parties prenantes à la crise libyenne, tout comme Islamabad, n’aient pas encore publié de confirmation officielle, comme le dit le proverbe, « il n’y a pas de fumée sans feu ». Il est clair qu’un effort diplomatique est en train de prendre forme et de se développer, dans l’attente de l’annonce de ses résultats et de son aboutissement.

 

Depuis la fin de l’année 2025, Islamabad, selon Reuters, a entamé des contacts discrets et des efforts de médiation entre l’est de la Libye et le gouvernement de Tripoli. Ces démarches ont notamment compris des réunions et des échanges de messages entre les deux parties, dans le but d’explorer la possibilité de parvenir à une nouvelle formule politique susceptible de mettre fin à l’état de division que connaît la Libye.

 

Selon des sources pakistanaises, les deux parties à la crise libyenne ont demandé au Pakistan d’œuvrer à rapprocher leurs points de vue, le tout avec l’approbation des États-Unis et le soutien de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie.

 

On pourrait se demander : pourquoi le Pakistan plutôt qu’un autre pays, compte tenu de son éloignement géographique de la Libye ? La réponse est qu’Islamabad entretient avec la Libye des relations militaires et diplomatiques qui remontent aux années 1970. Ces dernières années, ces liens ont connu une coopération croissante, notamment avec les dirigeants militaires de l’est de la Libye.

 

Parallèlement, le gouvernement Dbeibah a ouvert des canaux de communication directs avec Islamabad. Des médias arabes ont également indiqué que le chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le maréchal Syed Asim Munir, avait établi des contacts avec le gouvernement de Tripoli.

 

Un autre facteur clé qui renforce le rôle du Pakistan est qu’Islamabad entretient des relations solides et étroites avec les États-Unis ainsi qu’avec plusieurs pays du Golfe. De plus, son bilan est exempt d’ingérence ou d’implication dans les affaires intérieures libyennes, ce qui lui confère un certain degré de neutralité par rapport à d’autres médiateurs. Toutefois, résoudre la crise libyenne n’est ni simple ni aisé, compte tenu de sa complexité et des nombreux défis hérités du long règne du colonel Mouammar Kadhafi ainsi que du vide politique laissé après sa chute.

 

Le rôle du Pakistan a pris de l’ampleur lors de la crise entre Washington et Téhéran, une crise qui se poursuit malgré l’accalmie relative qui s’est installée. Bien que le Pakistan n’ait pas été le seul médiateur impliqué dans cette crise, sa participation au processus lui a donné un élan diplomatique et une visibilité sans précédent. Elle a également renforcé son image de pays capable de réunir des parties opposées qu’il est difficile de faire asseoir à la même table des négociations.

Il est évident que le succès de tout effort de médiation ne se mesure pas simplement au lancement de communications, mais plutôt à sa capacité à aboutir à des accords applicables et réalisables. Cela vaut aussi bien pour le dossier iranien que pour la crise libyenne, qui continue de faire face à d’importantes complexités internes et régionales. Cela est d’autant plus vrai qu’à ce jour, aucun règlement définitif n’a été conclu entre Washington et Téhéran, pas plus que les contacts avec les parties libyennes n’ont débouché sur un accord politique clair et défini. Il est donc encore trop tôt pour considérer le Pakistan comme une puissance internationale établie dans le domaine de la médiation.

 

Le fait que des parties en conflit se tournent vers le Pakistan reflète, d’une part, un changement majeur et tangible dans son statut diplomatique, tout en mettant en évidence sa volonté ambitieuse de passer de son rôle traditionnel en Asie du Sud à un rôle plus large dans les affaires du Moyen-Orient. À mon avis, cette aspiration est légitime. Dans ce contexte, on ne peut ignorer la rivalité historique et persistante avec l’Inde, qui constitue l’un des facteurs contribuant à orienter cette dynamique.

 

Bien que la crise entre les États-Unis et l’Iran diffère de la crise libyenne par sa nature, son contexte et ses circonstances politiques, toutes deux partagent un besoin commun de médiateurs capables de rétablir la confiance entre les parties.

 

La crise entre Washington et Téhéran est un conflit entre deux États qui peut être contenu par le biais de négociations, tandis que la crise libyenne demeure bien plus complexe en raison de l’enchevêtrement des acteurs locaux, régionaux et internationaux impliqués. Par conséquent, le succès d’Islamabad, s’il se concrétise, ne sera pas mesuré uniquement à sa capacité à ouvrir des canaux de dialogue, mais à son aptitude à mettre un terme définitif à la division politique épuisante et déstabilisatrice en Libye, une division qui affecte l’ensemble de la région nord-africaine.

 

Clause de non-responsabilité : Les opinions exprimées par les auteurs leur sont propres et ne représentent pas nécessairement les points de vue d’Annahar.