L'Irak retarde la formation du cabinet après la visite du PM aux États-Unis
La crise entourant l’achèvement de la formation du gouvernement irakien illustre l’interaction complexe entre les équilibres politiques internes et les impératifs du partenariat stratégique avec les États-Unis. La nomination des ministres aux portefeuilles encore vacants est désormais étroitement liée à l’issue de la prochaine visite du Premier ministre Ali Al Zaydi à Washington. Bien que Bagdad affirme poursuivre ses efforts pour finaliser la composition du cabinet, les réserves américaines concernant la nomination de personnalités liées aux factions armées continuent de peser sur les négociations.
Réserves américaines
Des sources politiques proches du dossier ont indiqué à Annahar que les négociations sur les portefeuilles ministériels restants ont été reportées jusqu’au retour d’Al Zaydi de Washington, où il doit se rendre à la mi-juillet. Ce report est lié aux résultats attendus du dialogue irako-américain, notamment sur l’avenir des factions armées irakiennes et leur rôle politique et exécutif.
Le Parlement irakien a accordé sa confiance au gouvernement d’Al Zaydi à la mi-mai après avoir approuvé 14 des 23 ministères, tandis que neuf portefeuilles demeurent vacants faute d’un consensus politique sur leurs titulaires. Les ministères concernés sont ceux de la Défense, de l’Intérieur, de la Planification, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, de la Migration et du Déplacement, de la Construction et du Logement, du Travail et des Affaires sociales, de la Jeunesse et des Sports, ainsi que de la Culture.
Selon ces sources, ce report ne s’explique pas uniquement par les désaccords traditionnels entre les forces politiques sur la répartition des ministères. Il reflète également les objections persistantes de Washington à la nomination de personnalités représentant des factions armées, même lorsque celles-ci participent au processus politique et disposent d’une représentation parlementaire.
Les mêmes sources précisent que l’administration américaine considère cette question à la lumière de ses répercussions sur les relations futures entre l’État irakien et les groupes armés, ainsi que sur la coopération sécuritaire, militaire et économique entre Bagdad et Washington.
Dans ce contexte, Al Zaydi espère profiter de sa visite à Washington pour mener des discussions directes avec les responsables américains afin de parvenir à des ententes qui lui permettraient de finaliser la formation de son gouvernement. Il devrait notamment fournir des garanties selon lesquelles les factions concernées s’engagent à respecter les décisions de l’État et à maintenir toutes les armes sous l’autorité exclusive des institutions officielles.
Le gouvernement estime que ces garanties sont renforcées par les mesures prises ces derniers mois par certaines factions, qui ont annoncé avoir remis leurs armes à l’État ou les avoir placées sous la supervision des institutions de sécurité. Parmi elles figurent le mouvement Asaib Ahl Al Haq, dirigé par Qais Al Khazali, ainsi que les Brigades Imam Ali, dirigées par Shibl Al Zaydi. Bagdad considère que ces évolutions pourraient inciter Washington à revoir sa position sur la participation de représentants de ces groupes au pouvoir exécutif.
Les sources soulignent également qu’Al Zaydi évite toute initiative susceptible d’être interprétée par les États-Unis comme un renforcement de l’influence exécutive de factions faisant toujours l’objet de réserves américaines. Il est conscient de l’importance de préserver la coopération avec Washington dans les domaines de la sécurité, de la défense, de l’investissement, du secteur financier et de la coordination face aux défis régionaux.

Une visite qui dépasse la formation du gouvernement
La visite d’Al Zaydi à Washington revêt une importance qui dépasse la seule question de la composition du gouvernement. L’ordre du jour devrait porter sur l’avenir de la coopération sécuritaire entre les deux pays, le soutien à l’économie irakienne, l’évolution des relations bilatérales, ainsi que la question des factions armées et la garantie que les armes demeurent exclusivement sous le contrôle de l’État.
Cette visite intervient alors que Washington continue d’affirmer son soutien au renforcement des institutions irakiennes et au principe selon lequel seul l’État doit détenir les armes. De son côté, Bagdad soutient que cette question doit être traitée dans le cadre juridique et souverain de l’Irak, de manière à préserver la stabilité intérieure.
Un équilibre délicat
L’expert en affaires stratégiques Hussein Al Assad a déclaré à Annahar que le report de l’achèvement de la formation du gouvernement jusqu’après la visite d’Al Zaydi reflète la sensibilité de la période actuelle et les efforts du gouvernement pour concilier les exigences du consensus politique interne avec le maintien du partenariat stratégique avec les États-Unis.
Selon lui, la participation au gouvernement de formations politiques disposant d’ailes armées ne constitue pas seulement un enjeu interne, mais influence également la nature des relations de l’Irak avec la communauté internationale, en particulier avec les États-Unis, qui suivent de près les réformes du secteur de la sécurité.
Al Assad ajoute que le gouvernement cherche à éviter toute décision pouvant être interprétée, sur le plan international, comme l’octroi d’une influence exécutive à des factions qui demeurent controversées. C’est, selon lui, ce qui explique le report de la décision concernant les ministères restants jusqu’à ce que les résultats du dialogue avec Washington soient connus.
L’expert estime enfin que si Al Zaydi parvient à fournir des garanties convaincantes selon lesquelles l’ensemble des groupes armés sera placé sous l’autorité de l’État, cela pourrait contribuer à dissiper les inquiétudes internationales et ouvrir la voie à l’achèvement de la formation du gouvernement. En revanche, si ces ententes n’aboutissent pas, les vacances à la tête de certains ministères pourraient se prolonger, avec des répercussions négatives sur l’action gouvernementale et la stabilité politique du pays dans les mois à venir.