Le renforcement de l’État libanais, seul garant du retour de la confiance des Émirats
La décision des Émirats arabes unis d’autoriser à nouveau les voyages de leurs citoyens vers le Liban marque une étape importante dans les relations bilatérales. Au-delà de sa portée touristique et économique, cette mesure traduit une lecture politique et sécuritaire fondée sur un principe central : la stabilité du Liban repose sur la restauration de l’autorité de l’État, la souveraineté de ses institutions et sa capacité à prendre des décisions indépendantes.
La décision du ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis d’autoriser les citoyens émiratis à se rendre au Liban constitue une évolution positive dans les relations entre les deux pays.
Toutefois, son importance dépasse la simple décision relative aux voyages. Elle reflète une évaluation sécuritaire et politique mûrement réfléchie, ouvre une fenêtre de confiance à un moment sensible et s’inscrit dans l’approche des Émirats arabes unis selon laquelle la stabilité commence par l’État et par sa capacité à reprendre l’autorité décisionnelle et à protéger ses institutions.
Abou Dhabi considère le Liban à travers le prisme de l’État et estime que sa crise est la conséquence directe de l’absence d’une décision souveraine. Elle distingue entre le peuple libanais, qui mérite d’être soutenu, les institutions de l’État, qui nécessitent une assistance, et les forces qui ont paralysé le pays en rattachant ses décisions à des agendas extérieurs. Dans l’une de ses dimensions, cette décision encourage une voie libanaise visant à restaurer le rôle de l’État national et à renforcer la confiance du Golfe à mesure que l’État reprend du terrain face à la logique des armes et des alignements régionaux.
L’approche des Émirats arabes unis à l’égard du Liban s’inscrit dans une longue tradition historique. Leur politique repose sur le soutien au peuple libanais, l’appui aux institutions de l’État et la préservation de l’unité et de la souveraineté du Liban. De l’époque de feu Son Altesse le Cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane, fondateur des Émirats arabes unis, jusqu’à la direction de Son Altesse le Cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane, cet engagement est demeuré manifeste à travers les efforts de reconstruction, l’aide humanitaire et médicale, ainsi que le soutien politique et diplomatique apporté durant les périodes difficiles.
Le retour des visiteurs émiratis revêt une importance à la fois symbolique et économique. Les visiteurs du Golfe ont longtemps constitué une composante essentielle du secteur touristique libanais en raison de leurs dépenses, de la durée plus longue de leurs séjours et de leur capacité à stimuler l’industrie hôtelière, le secteur des services et les marchés commerciaux. Toutefois, attirer des touristes est plus facile qu’attirer des investisseurs. L’investissement exige une justice digne de confiance, des banques qui protègent les droits, un environnement sécuritaire stable, ainsi qu’un État capable de contrôler ses propres décisions et de respecter ses engagements.
L’accord-cadre entre le Liban et Israël, négocié sous la médiation des États-Unis, a déplacé le débat de la question de la négociation des frontières vers la capacité de l’État libanais à mettre en œuvre ses engagements. Les Émirats arabes unis ont accueilli favorablement cet accord dans une perspective de soutien à la stabilité et ont réaffirmé leur attachement à l’unité du Liban, à sa souveraineté, à son intégrité territoriale, ainsi qu’au principe selon lequel les armes doivent rester exclusivement entre les mains de l’État. La communauté internationale considère cet accord à travers la capacité du Liban à exercer une prise de décision souveraine par l’intermédiaire de ses institutions et à permettre à l’institution militaire d’étendre l’autorité de l’État sur les groupes armés opérant en dehors du cadre national de prise de décision.
Le défi réside désormais dans la capacité du Liban à transformer l’accord en un processus national bénéficiant d’un large soutien interne. Depuis des années, le pays est enfermé dans un cycle récurrent de crises qui réapparaissent sous différentes formes. Alors que l’État négocie et cherche à obtenir un soutien international, les décisions relatives à la guerre et à la paix restent entre les mains de forces qui échappent à son autorité. Pendant ce temps, les citoyens libanais continuent d’en payer le prix à travers leur sécurité, leur économie et leur avenir, pris entre les pressions extérieures et les dysfonctionnements internes. Tout accord ou période d’accalmie restera fragile tant que le Liban continuera de servir de terrain aux luttes d’influence régionales.
Le Hezbollah demeure un obstacle majeur à cette transition. Le groupe considère tout processus visant à rétablir l’autorité de l’État comme une menace pour son propre rôle. Il entrave ainsi les accords susceptibles d’ouvrir la voie à la stabilité et de permettre au Liban de passer d’une économie fondée sur la gestion des crises à une trajectoire de développement et de prospérité. Ses armes ont affaibli les relations extérieures du Liban, lié le pays aux calculs stratégiques de l’Iran et laissé l’État supporter des coûts politiques et économiques croissants. Le résultat a été un État plus faible, une économie plus fragile et une confiance du Golfe et du monde arabe de plus en plus prudente.
Le gouvernement de Nawaf Salam aborde la question des armes avec une grande prudence. Il reconnaît la sensibilité du paysage interne libanais et cherche à éviter une confrontation directe tout en restant attaché au principe selon lequel les armes doivent être placées exclusivement sous le contrôle de l’État. Cette approche progressive ne constitue pas un report du problème. Elle reflète plutôt une volonté de ramener cette question dans le cadre des institutions étatiques et de l’éloigner de la logique d’imposition des décisions par la force. Les réformes exigent un gouvernement qui exerce pleinement son autorité sur ses propres décisions, et toute hésitation sur cette question laissera l’État incapable de préserver la stabilité ou d’attirer un soutien extérieur.
En définitive, transformer le nouvel engagement des Émirats arabes unis en une voie durable vers l’avenir relève de la responsabilité du Liban. Le pays doit traduire les principes du contrôle exclusif des armes par l’État, de la réforme administrative et politique, ainsi que de la préservation de la stabilité, en mesures concrètes qui renforcent la position de l’État, tant sur le plan national qu’international.
Plus la prise de décision sera ancrée dans les institutions de l’État, plus les chances du Liban de sortir de sa crise seront grandes. Plus il s’éloignera de cette voie institutionnelle, plus il perdra d’opportunités.
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