Joseph Aoun à Washington : renforcer l’accord-cadre avec Israël tout en défendant les droits du Liban
Avant sa visite à Washington, Joseph Aoun précise les modalités de mise en œuvre de l’accord-cadre avec Israël, le rôle de l’armée libanaise dans le sud du pays et la position du Liban face aux enjeux régionaux.
Le président Joseph Aoun prépare une visite à la Maison-Blanche et une rencontre avec le président américain Donald Trump avant la fin de ce mois, dans le cadre des efforts visant à renforcer l’accord-cadre avec Israël, à suivre sa mise en œuvre et à préparer le lancement d’une initiative militaire dans le sud du Liban sous parrainage et supervision américains directs.
Lors de sa rencontre avec Trump, Aoun évoquera la situation du Liban depuis la signature de l’accord d’armistice de 1949 jusqu’à aujourd’hui, en mettant l’accent sur la manière dont Israël a traité le Liban au cours de ces décennies et sur les conséquences que cela a eues pour la population du sud du Liban.
La visite officielle devrait avoir lieu après la rencontre entre Benjamin Netanyahu et Trump. Bien que les questions d’intérêt commun entre le Liban et Israël soient abordées avec Trump, les informations faisant état d’une rencontre entre Aoun et Netanyahu sont inexactes. Le président n’envisage pas une telle rencontre et n’accepte pas cette idée tant que les attaques israéliennes contre les citoyens libanais et les violations du territoire libanais se poursuivent. Si Aoun se retrouvait dans la même pièce que Netanyahu, il quitterait immédiatement les lieux.
L’appel téléphonique de 17 minutes entre Trump et Aoun a été décrit comme positif. Les deux dirigeants se sont accordés sur plusieurs points et ont décidé de poursuivre leurs discussions à la Maison-Blanche.
Selon certaines informations, Trump aurait fait preuve de compréhension à l’égard de la position d’Aoun, exprimé des intentions positives et manifesté sa bonne volonté envers le Liban. La rencontre directe entre les deux présidents devrait leur permettre d’examiner en profondeur l’ensemble de l’accord-cadre et d’œuvrer à sa mise en œuvre, tout en évaluant l’influence de Netanyahu aux États-Unis et la manière dont il pourrait chercher à exploiter cette question lors des élections à la Knesset en Israël.
Aoun a reconnu à plusieurs reprises que l’accord n’était pas idéal, mais il estime que son acceptation se justifie par les réalités sur le terrain et par l’équilibre des forces dans le sud du Liban, qui est actuellement favorable à Israël. Néanmoins, cela n’empêchera pas le Liban d’insister sur ses droits et de chercher à récupérer ses territoires occupés.
Aoun a également salué le rôle important joué par la délégation libanaise de négociation à Washington, qui comprenait des représentants diplomatiques et militaires, démentant les informations faisant état de désaccords entre les deux parties. Il est entendu que l’annexe sécuritaire a été approuvée par les officiers militaires et que ces derniers ont eux-mêmes demandé à ne pas être photographiés avec la délégation israélienne, par respect pour les martyrs de l’armée libanaise et les civils du sud du Liban.
Comment l’accord sera-t-il mis en œuvre sur le terrain ?
Aoun a révélé à Annahar que les contacts militaires avaient enregistré des avancées significatives et que la mise en œuvre débuterait sur le terrain par une première zone pilote dans la région de Zawtar, au Nabatiyeh. Toutefois, des inquiétudes subsistent quant à la possibilité qu’Israël lance une attaque contre la colline d’Ali al-Taher, ce qui modifierait fondamentalement la situation.
Les membres de la délégation libanaise ont également échangé avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio au sujet de cette colline, proposant qu’elle soit placée sous le contrôle de l’armée libanaise. Benjamin Netanyahu aurait approuvé cette proposition, tandis que le Hezbollah l’aurait rejetée.
Il est également devenu clair que le Comité du mécanisme n’existe plus sous sa forme précédente. Il a été remplacé par un cadre trilatéral réunissant les États-Unis, le Liban et Israël, opérant sous le nom de MCG4L et dirigé par le général Joseph Clearfield. Celui-ci supervisera ce cadre depuis l’ambassade des États-Unis à Awkar, et aucune coordination directe n’aura lieu entre les officiers militaires libanais et israéliens.
Clearfield entretiendrait de bonnes relations de travail avec le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Rodolphe Haykal. La France ne participera pas au nouveau dispositif, même si elle continuera à préparer, en coopération avec l’Arabie saoudite, une conférence visant à soutenir l’armée libanaise.
Par ailleurs, Aoun a démenti les informations affirmant qu’une nouvelle force militaire ou une brigade serait créée pour accomplir cette mission, ou que ses officiers seraient soumis à une procédure de sélection américaine. Il a expliqué que cette force serait plutôt constituée à partir de n’importe quelle brigade opérant dans le sud du Liban ou ailleurs, sans aucune distinction entre les officiers. Il a ajouté : « Nous avons pleinement confiance en nos officiers et nos soldats, qui servent sous le commandement et la direction de l’armée et continuent de consentir d’importants sacrifices. »

Le Liban sera-t-il représenté au sein de la « cellule de Genève » ?
Selon les informations disponibles, Aoun a reçu deux appels téléphoniques à ce sujet : l’un du Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, le cheikh Mohammed ben Abdelrahmane ben Jassim Al Thani, et l’autre de Marco Rubio. Tous deux ont proposé que le Liban soit représenté au sein de ce groupe.
Aoun a répondu qu’il ne voyait aucune objection à la participation du Liban à ce groupe, qui n’a pas encore été officiellement créé et qui devrait être chargé de surveiller le cessez-le-feu. Les membres proposés comprendraient des représentants des États-Unis, de l’Iran, du Qatar et du Pakistan. L’armée libanaise y serait représentée par un officier servant dans le sud du Liban, et Aoun estime que cette participation ne serait pas incompatible avec la mise en œuvre de l’accord-cadre.
Le Hezbollah demeure la principale partie concernée par ce processus. Aoun a déclaré que toute communication entre lui et le Hezbollah avait cessé. Il a souligné qu’il ne resterait pas simple spectateur face aux développements et aux défis auxquels le pays est confronté, qu’il n’abandonnerait ni le sud du Liban ni son territoire, et qu’il ne négligerait pas les sacrifices consentis par sa population. Il a demandé : « Quelle est l’alternative à l’accord ? » Aoun a également rappelé plusieurs réunions avec le député Mohammad Raad, au cours desquelles ils ont discuté de la nécessité d’examiner avec prudence toute opération de soutien et les conséquences qu’elle pourrait avoir pour le pays.
Aoun a ajouté qu’il n’avait pas besoin de prouver ses bonnes relations avec le président du Parlement Nabih Berri, déclarant : « Il n’existe aucune fracture entre nous, et aucun de nous ne souhaite en créer une. Nous sommes unis pour renforcer le sud du Liban, le reconstruire et garantir le retour de ses habitants dans leurs villes occupées. Je suis un fils de cette terre. »
Comment gérerait-il une opposition au sein d’un bloc confessionnel et parlementaire opposé à l’accord-cadre ?
Aoun a répondu qu’il ne prendrait aucune décision qui ne soit conforme à l’intérêt national du Liban, tout en œuvrant à récupérer l’ensemble du territoire libanais dans le sud et à garantir qu’aucune distinction ne soit faite entre un citoyen libanais et un autre.
Sur un autre sujet, Aoun a refusé de répondre aux critiques adressées au gouvernement concernant la représentation de l’État par le ministre Michel Menassa lors de la cérémonie funéraire du Guide suprême Ali Khamenei à Téhéran. Il a souligné que « nos relations diplomatiques avec l’Iran restent intactes et n’ont pas été rompues ». Il a ensuite demandé : « Comment se fait-il que des pays arabes et d’autres pays aient participé à la présentation de leurs condoléances ? Le Liban était-il censé être officiellement absent des funérailles ? »