Pourquoi Netanyahu a affirmé que des villages chrétiens libanais souhaitent rejoindre Israël

Liban 06-07-2026 | 15:57

Pourquoi Netanyahu a affirmé que des villages chrétiens libanais souhaitent rejoindre Israël

Ses remarques sur Fox News ont relancé le débat sur la protection des minorités, la guerre psychologique et la stratégie d'Israël dans le sud du Liban.
Pourquoi Netanyahu a affirmé que des villages chrétiens libanais souhaitent rejoindre Israël
Benjamin Netanyahu (AFP)
Smaller Bigger

R.K.

« Certains villages chrétiens libanais ont demandé à Israël de les annexer. » Cette déclaration du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d'une interview avec Fox News est rapidement devenue virale. Cependant, il a également déclaré qu'Israël « protégeait les sunnites, les druzes et certains chiites. » Il a affirmé : « Il y a des villages chrétiens au Liban, dont certains ont effectivement demandé à être annexés à Israël car nous les protégeons des extrémistes du Hezbollah qui veulent les tuer. Nous faisons de même avec les chrétiens partout. Ce ne sont pas seulement les chrétiens du Liban qui demandent notre protection, mais aussi les druzes et les musulmans, musulmans sunnites, et un nombre significatif de musulmans chiites également. »

Les remarques de Netanyahu ont suscité de vives réactions et de l'étonnement, en particulier chez les chrétiens libanais, dont beaucoup ont remis en question ses motivations. L'examen de la proposition suggère qu'il s'agit d'une stratégie politique et médiatique calculée, surtout depuis que l'annexion réelle est impossible légalement et internationalement.

Alors pourquoi Netanyahu a-t-il fait cette déclaration ? Comment faut-il interpréter son timing et son but ?

La rhétorique de la « protection des minorités »... et ses contradictions

Historiquement, Israël s'est présenté comme un « protecteur des minorités », non seulement au Liban mais dans toute la région. Cette stratégie repose sur l'idée qu'Israël, en tant que minorité juive dans un environnement arabo-musulman, doit construire des alliances avec d'autres minorités ethniques et religieuses pour renforcer sa sécurité et justifier son rôle régional.

Des exemples incluent les liens d'Israël avec les Kurdes en Irak dans les années 1950 et 1960, quand ils s'opposaient au gouvernement central de Bagdad, ainsi que son soutien aux mouvements rebelles au Sud-Soudan avant l'indépendance du pays en 2011. Le Liban a longtemps été le théâtre le plus en vue de cette approche, notamment pendant la guerre civile libanaise.

Aujourd'hui, les observateurs pensent que Netanyahu tente de raviver ce récit en présentant à nouveau Israël comme le « protecteur des minorités » au Moyen-Orient.

Indirectement, il semble invoquer les expériences de Saad Haddad et Antoine Lahd dans le contexte politique actuel en suggérant que la communauté chrétienne dans le sud du Liban voit en Israël un allié protecteur contre d'autres groupes, notamment le Hezbollah. Ce récit soulève de nombreuses questions et une méfiance considérable en raison de l'héritage des expériences de Haddad et Lahd et des événements qui ont culminé dans la guerre de la Montagne, en plus des questions plus larges concernant la protection israélienne et les stratégies sécessionnistes chrétiennes. Les villages chrétiens du sud ont constamment appelé à une présence renforcée de l'État libanais et au déploiement de l'armée libanaise.

Dans le même temps, la référence de Netanyahu aux sunnites, aux druzes et à « un nombre significatif de chiites » peut concerner les communautés minoritaires dans le sud du Liban, mais elle renforce également fortement les divisions sectaires et politiques en impliquant que les groupes non-chiites—et même certains chiites—s'opposent à la domination du Hezbollah. Cela sert deux objectifs :

  1. Mettre en avant le Hezbollah comme une force déstabilisatrice menaçant les autres communautés libanaises, tout en l'isolant politiquement et au sein de son propre environnement.
  2. Souligner la faiblesse de l'État libanais en suggérant que certains groupes cherchent « protection » voire « coopération » avec Israël.

Contourner l'accord-cadre ?

Netanyahu présente la présence militaire d'Israël comme une réponse à une « demande populaire » de protection des minorités, aidant à réduire la pression tant internationale que domestique pour un retrait immédiat en présentant l'armée israélienne comme une force qui maintient la stabilité.

Ses remarques interviennent au milieu de négociations en cours sur les arrangements dans le sud du Liban et sur la mise en œuvre de l'accord-cadre. Ce timing lui permet d'introduire des idées plus radicales, telles que l’« annexion » ou la « protection », comme outils de négociation visant à obtenir des concessions, y compris l'établissement d'une zone de sécurité démilitarisée ou une plus grande liberté opérationnelle pour l'armée israélienne dans le sud.

S'adresser au public américain

Les observateurs croient que le discours était principalement destiné à l'opinion publique occidentale, notamment aux conservateurs aux États-Unis. La décision de Netanyahu de faire ces remarques sur Fox News—un réseau étroitement associé aux publics conservateurs et de droite—n'était pas un hasard.

Il a cherché à séduire le sentiment religieux, en particulier chez les chrétiens conservateurs et évangéliques aux États-Unis, en présentant Israël comme le « seul défenseur des chrétiens et des minorités au Moyen-Orient » contre ce qu'il décrit comme « l'extrémisme islamique » ou le « fascisme religieux ». Ce récit aide à soutenir l'appui diplomatique, militaire et politique pour les politiques israéliennes.

Il a également visé à renforcer le concept de « victimisation fabriquée ». En présentant les villages chrétiens et autres communautés minoritaires—y compris les druzes, certains chiites et sunnites—comme des groupes vulnérables recherchant la protection israélienne, Netanyahu renforce l'argument en faveur de l'assistance militaire et financière continue de Washington, accompagnée d'un soutien politique. Ce faisant, il reformule le conflit d'une dispute politique et frontalière en une mission de sauvetage morale et religieuse, accordant une légitimité éthique et humanitaire à la présence continue de l'armée israélienne dans la zone de sécurité qu'elle contrôle au sud du Liban et justifiant un retrait retardé.

Questionner le concept de l'État

Les remarques de Netanyahu renforcent le récit israélien selon lequel le Liban est un État défaillant incapable de protéger ses citoyens et effectivement contrôlé par le Hezbollah. Depuis longtemps, Israël met en doute tant la capacité que la volonté de l'armée libanaise d'agir contre le Hezbollah. Les remarques récentes du ministre israélien de la Défense Yisrael Katz reflètent ce point de vue. Il a déclaré : « L'armée libanaise ne deviendra pas des lions attaquant le Hezbollah du jour au lendemain. » La déclaration reflète fidèlement la perspective de l’établissement militaire et politique israélien.

Du point de vue d'Israël, l'absence d'un gouvernement central à Beyrouth capable de représenter et de protéger tous les citoyens libanais crée un espace pour qu'Israël poursuive des « négociations directes » avec des groupes sectaires ou locaux pour sécuriser ses frontières—une approche qui sape inévitablement la souveraineté libanaise.

Il ne fait guère de doute que les remarques de Netanyahu constituent de la propagande politique et une guerre psychologique. Elles ont été accueillies par des démentis immédiats et catégoriques des autorités municipales et religieuses dans les villages chrétiens du sud du Liban, qui, comme indiqué, restent attachés à l'identité, à la souveraineté et aux institutions d'État du Liban.