Le différend Liban-Iran s'intensifie sur le statut de l'envoyé et le mécanisme de surveillance proposé

Opinion 05-07-2026 | 15:21

Le différend Liban-Iran s'intensifie sur le statut de l'envoyé et le mécanisme de surveillance proposé

Un mécanisme tripartite proposé et un envoyé contesté alimentent les préoccupations de souveraineté à Beyrouth au milieu d'accusations de dépassement juridique et diplomatique.
Le différend Liban-Iran s'intensifie sur le statut de l'envoyé et le mécanisme de surveillance proposé
Des panneaux « Le Liban d’abord » sur la route de l’aéroport de Beyrouth (Nabil Ismail).
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Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a annoncé, le mardi 30 juin, qu’avec la participation de médiateurs qatariens et pakistanais, un comité conjoint composé de l’Iran, des États-Unis et du Liban serait formé afin de superviser la mise en œuvre de la fin de la guerre au Liban.

 

 

 

Il a également été rapporté que l’Iran envisage d’assigner de nouvelles missions à son ambassadeur désigné au Liban, Mohammad Reza Shibani, dont l’accréditation a été refusée par Beyrouth. Les autorités libanaises l’ont déclaré persona non grata, et il n’a jamais présenté ses lettres de créance au président de la République. Malgré cela, il est resté à l’ambassade avec le soutien du duo chiite, défiant ainsi la décision de l’État libanais et agissant comme représentant de l’Iran au sein du comité susmentionné.


 

 

Des funérailles d'Ali Khamenei à Téhéran (AFP).
Des funérailles d'Ali Khamenei à Téhéran (AFP).

 

 

 

Le 21 mai, des sanctions imposées par le Département du Trésor américain, par l’intermédiaire de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), ont visé neuf personnes au Liban accusées d’entraver le processus de paix et les efforts de désarmement du Hezbollah. Parmi les personnes sanctionnées figurent des députés ainsi que des responsables de la sécurité et de l’armée, accusés de maintenir l’influence du parti au sein des institutions de l’État libanais. L’ambassadeur désigné d’Iran au Liban, Mohammad Reza Shibani, ainsi que des responsables de la sécurité du Mouvement Amal dirigé par le président du Parlement, Nabih Berri, figurent également sur cette liste.

 

 

 

Aucune mesure de suivi n’a été prise à ce sujet et aucun commentaire officiel n’a été formulé. Certains y voient une tentative de pression de la part de l’Iran, tandis que d’autres estiment que, si ces informations se confirmaient, une telle démarche constituerait une provocation majeure et une insulte à l’État libanais, laissant entendre que Téhéran considère le Liban comme relevant de sa sphère d’influence.

 

 

Au-delà du défi lancé à l’État hôte, cette situation traduirait un double mépris : d’une part envers le Liban, en tant qu’État souverain, et d’autre part envers le droit international, notamment l’article 9 de la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques.

 

 

L’ancien ambassadeur Gaby Soufan, qui a occupé plusieurs fonctions diplomatiques, explique ces deux dimensions. Selon lui, le président du Parlement iranien agit comme si le Liban n’existait pas en tant qu’État souverain, niant son statut d’État reconnu sur le plan international et de membre fondateur des Nations unies, antérieur à l’adhésion de l’Iran.

 

Il estime également que cette attitude méprise la décision du gouvernement libanais de déclarer l’ambassadeur iranien désigné persona non grata, conformément à l’article 9 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, qui autorise l’État hôte à prendre une telle décision « à tout moment et sans avoir à en justifier les motifs ». Bien que cette disposition puisse être appliquée sans explication, elle intervient généralement dans des cas de mauvaise conduite, de dépassement des prérogatives diplomatiques, d’ingérence dans les affaires intérieures ou de menace à la sécurité nationale de l’État hôte.

 

 

En conséquence, si l’initiative iranienne visant à confier de nouvelles fonctions à l’ambassadeur rejeté était confirmée, elle constituerait, selon lui, un mépris délibéré des exigences du droit international. La déclaration de persona non grata signifie que l’État hôte retire sa confiance et son consentement au maintien du statut diplomatique de la personne concernée. L’État accréditant, en l’occurrence l’Iran, est alors tenu, conformément à l’article 9, de rappeler ce diplomate ou de mettre fin à ses fonctions au sein de la mission.


 

 

L’ancien ambassadeur souligne également une autre dimension tout aussi importante, qui touche au droit international lui-même. Selon lui, le responsable iranien semble ignorer un principe fondamental : le droit souverain d’un État de déclarer un diplomate persona non grata, une règle solidement établie dans la pratique et la jurisprudence internationales.

 

L’objectif de cette disposition est de fixer des limites aux larges immunités accordées aux diplomates. Dès lors, en faire un sujet de négociation ou de contestation risquerait d’en affaiblir la portée et d’ouvrir la voie à des comportements échappant au contrôle de l’État hôte, conclut l’ambassadeur Soufan.

 

 

Cette situation soulève plusieurs interrogations majeures.

 

  • L’Iran, qui a entraîné le Liban dans une guerre ayant dévasté le Sud et d’autres régions, croit-il réellement que son ambassadeur désigné, qui n’a jamais présenté ses lettres de créance et a perdu la confiance de l’État libanais, puisse exercer ses fonctions initiales ou se voir confier de nouvelles responsabilités ?
  • À l’inverse, l’État libanais, qui affirme vouloir préserver sa souveraineté et fait face à de multiples épreuves sur ce plan, cédera-t-il aux pressions en rétablissant sa confiance envers un ambassadeur dont l’accréditation a été retirée à la suite de sa conduite ? Si tel était le cas, cela ne porterait-il pas atteinte à sa crédibilité et à ses perspectives de redressement, alors même que les États-Unis accepteraient, dans un premier temps, la participation d’un ambassadeur déjà visé par des sanctions ?

 

Avertissement : Les opinions exprimées par les écrivains sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues d'Annahar.