L'UE marche sur la corde raide avec l'accord cadre Liban-Israël : un soutien sous conditions claires
Walid Safi
La position européenne sur l'accord-cadre entre le Liban et Israël repose sur une approbation politique conditionnelle plutôt que sur un soutien total et inconditionnel. L'Union européenne considère cet accord comme une opportunité de prévenir une escalade vers un conflit plus large, tout en estimant que son succès dépend de trois conditions essentielles : le retrait d'Israël des territoires libanais, le monopole des armes par l'État libanais, et un soutien international efficace à l'armée libanaise afin de lui permettre d'accomplir pleinement ses missions.
La position officielle de l'Union européenne est claire. Bruxelles a accueilli favorablement l'accord, le considérant comme une étape susceptible de permettre le désarmement du « Hezbollah » et d'ouvrir la voie à un retrait progressif des forces israéliennes. L'UE y voit une occasion de désamorcer le conflit et de restaurer la souveraineté ainsi que l'intégrité territoriale du Liban. Elle souligne que la priorité demeure d'éviter une nouvelle guerre, compte tenu des lourdes conséquences humanitaires et économiques que subit déjà le pays.
La France a adopté une position similaire, exprimée dans des termes davantage ancrés dans la réalité libanaise. Elle considère l'accord comme une voie vers le rétablissement complet de la souveraineté du Liban, le monopole des armes par l'État, le retrait de l'armée israélienne, ainsi que l'acheminement de l'aide humanitaire et le retour des personnes déplacées. Dans cette perspective, Paris voit dans cet accord non seulement un dispositif sécuritaire, mais aussi un levier pour reconstruire l'autorité de l'État libanais, en particulier dans le sud.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a qualifié l'accord d'« étape cruciale pour éviter l'escalade », tout en saluant le rôle de médiation des États-Unis. Cette déclaration reflète la vision européenne selon laquelle l'accord constitue le point de départ d'un processus politique visant à réduire les risques d'escalade, plutôt qu'un règlement de paix définitif.
Malgré cette attitude favorable, des préoccupations persistent au sein de l'Union européenne concernant son absence dans la définition des mécanismes de garantie et de mise en œuvre. L'accord ayant été conclu sous l'égide des États-Unis, le rôle européen, et plus particulièrement celui de la France, est demeuré limité dans son application. Certains observateurs y voient un signe du recul de l'influence européenne sur l'un des dossiers historiquement les plus liés à la France.
Dans une tentative de retrouver un rôle opérationnel, la France et l'Italie ont proposé la création d'une force multinationale ou d'une coalition destinée à soutenir le Liban après la fin du mandat de la FINUL, afin de renforcer la souveraineté de l'État et d'appuyer l'armée libanaise. Toutefois, cette proposition se heurte aux réserves d'Israël concernant tout élargissement du rôle de la France ou toute formule rappelant la FINUL, ainsi qu'au soutien américain à la position israélienne. Sa réussite dépend également d'un consensus interne libanais et d'une définition claire du mandat et des règles d'engagement.
Dans la presse européenne, l'approche apparaît plus prudente. Le Monde a qualifié l'accord de cadre historique mais fragile, soulignant qu'il exclut le « Hezbollah » de la signature tout en confiant de facto à l'armée libanaise la mise en œuvre du désarmement dans certaines régions du sud. Le quotidien estime que l'accord pourrait réduire les tensions à court terme, sans pour autant garantir un règlement durable, en raison du rejet du Hezbollah et du fait qu'Israël conditionne son retrait complet à l'élimination de la menace militaire qu'il perçoit.
De son côté, The Guardian s'est intéressé à une clause appelant les parties à s'abstenir de toute « action hostile ou négative » dans les instances juridiques et politiques internationales. Cette disposition a suscité des inquiétudes parmi les défenseurs européens des droits humains, qui craignent qu'elle ne limite les poursuites pour crimes de guerre ou n'affaiblisse l'accès des victimes aux mécanismes de justice internationale, notamment à la Cour pénale internationale. Elle soulève ainsi la question d'un retour au calme qui pourrait se faire au détriment de la responsabilité juridique.
En conclusion, l'Europe soutient l'accord dans son principe, mais ne le considère pas comme pleinement garanti. Sa position demeure fidèle à ses priorités traditionnelles : mettre fin à la guerre, soutenir l'armée libanaise, restaurer la souveraineté de l'État, prévenir l'effondrement du Liban et préserver la stabilité en Méditerranée orientale. Dans le même temps, elle continue d'exprimer quatre préoccupations majeures : le risque que l'accord serve de couverture à une présence israélienne prolongée, les difficultés de l'armée libanaise à remplir ses missions sans un soutien politique et financier suffisant, le risque d'une crise interne lié au refus du Hezbollah, ainsi que la marginalisation persistante de l'Europe dans les mécanismes de garantie et de mise en œuvre.
En résumé, la position européenne peut être résumée par l'équation suivante : oui à un accord qui constitue un point d'entrée vers la restauration de l'État libanais et de sa souveraineté, mais non à un accord qui légitime une occupation prolongée ou qui devienne le catalyseur d'un conflit interne au Liban.
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