Le Liban entre attente du retrait israélien et tensions politiques autour de la accord-cadre

Liban 04-07-2026 | 09:40

Le Liban entre attente du retrait israélien et tensions politiques autour de la accord-cadre

Entre attentes du retrait israélien et tensions politiques internes, le Liban traverse une phase délicate marquée par la mise en place de la formule-cadre et un retour progressif des déplacés dans le Sud.

Le Liban entre attente du retrait israélien et tensions politiques autour de la accord-cadre
La drapeau libanais est hissé sur le front de mer de Beyrouth après le départ des personnes déplacées et le démantèlement des tentes (Hossam Shbaro).
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Pendant la période d’attente précédant le lancement de la mise en œuvre de l’accord-cadre entre le Liban et Israël, durant laquelle la composante militaire américaine procède aux préparatifs nécessaires afin d’assurer le succès de l’expérience des deux zones d’implémentation pour le déploiement de l’armée libanaise dans ces secteurs après le désarmement des groupes armés et le retrait des forces israéliennes, les autorités officielles du Lebanon attendent le début du retrait israélien, à la suite du retour du commandant du Corps des Marines des États-Unis dans la région centrale, le major-général Joseph Clairfield, actuellement en mission en Israel, vers le Liban afin de discuter des procédures post-transfert des zones expérimentales et du calendrier du retrait, en préparation de leur remise à l’armée libanaise.

 

Parallèlement, des conséquences notables sont enregistrées à la suite du recul relatif des opérations militaires et des combats dans le sud, alors que des rapports indiquent le retour de plus de 640 000 déplacés sur plus d’un million recensés par les autorités libanaises vers leurs foyers, selon des chiffres publiés par l’International Organization for Migration, dans un contexte de baisse de l’intensité des affrontements entre Hezbollah et Israël. L’Organisation internationale pour les migrations a indiqué dans un rapport publié jeudi que 646 107 personnes déplacées de retour ont été recensées, tandis qu’environ 500 000 personnes restent déplacées, sur la base de données collectées en coordination avec les autorités locales depuis le 22 juin.

 

Cependant, la relative désescalade sur le terrain dans le sud n’a pas éclipsé les tentatives continues de Hezbollah visant à maintenir l’instabilité politique au sein du pays en intensifiant l’escalade médiatique et politique. Ces tentatives ont connu hier une violation particulièrement marquée des lignes rouges, avec l’implication du mufti jaafarite senior, Sheikh Ahmad Kabalan, dans une campagne verbale contre le président de la République, portant toutes les marques d’une dégradation du discours et d’une attaque contre la plus haute autorité constitutionnelle, morale et officielle du pays.

 

Il est devenu clair que les tentatives d’escalade, d’exacerbation des tensions et de mobilisation médiatique et politique laissent désormais présager une détérioration sérieuse du climat interne. Cela intervient alors même que le président de la Chambre, Nabih Berri, et l’ancien dirigeant du Parti socialiste progressiste, Walid Jumblatt, ont empêché Hezbollah de former un front politique rejetant l’accord libano-israélien, dans une tentative de le faire échouer à l’image de l’expérience de l’accord du 17 mai 1983.

 

Les dernières positions avancées hier par le président de la République, Joseph Aoun, reflètent le niveau de sensibilité atteint par la situation, dans un contexte de campagnes croissantes contre l’autorité et l’accord. Il est à noter que le président Aoun a élevé le niveau d’explication et de défense de la position de l’État concernant l’accord à son plus haut degré, comme en témoigne, pour la première fois, une critique particulièrement ferme à l’égard de ceux qu’il a qualifiés de personnes habituées à être sous tutelle.

 

 

Dans une série de déclarations supplémentaires et marquantes devant plusieurs délégations venues au palais de Baabda pour soutenir l’option de l’État, le président Joseph Aoun a souligné que la formule-cadre ne légalise pas la poursuite de l’occupation israélienne au Liban, contrairement à ce qui est avancé. Il a expliqué que la clause concernée vise à permettre à l’Lebanese Army d’étendre son contrôle sur l’ensemble du territoire libanais. Il a ainsi interrogé la logique consistant à envisager l’extension de l’autorité de l’armée à tout le territoire alors qu’une occupation israélienne serait encore présente.

 

Il a indiqué que l’absence de calendrier précis pour la mise en œuvre des dispositions de la formule s’explique par le fait que ce qui a été signé n’est pas un accord, mais une formule-cadre, laquelle se limite généralement à des principes généraux sans inclure les détails d’exécution.

 

Il a également affirmé que cette formule n’est pas idéale, mais qu’elle représente la meilleure option possible. Selon lui, l’objectif de toutes les parties est d’obtenir le retrait israélien. Il a ajouté que certains ont tenté d’y parvenir par des moyens militaires sans succès, et qu’il convient donc de donner sa chance à l’option diplomatique.

 

Il a estimé que la force ne réside pas uniquement dans la capacité à faire la guerre ou à en prolonger la durée, mais aussi dans le courage d’y mettre fin par la négociation, qu’il a décrite comme une bataille sans effusion de sang, tandis que la guerre constitue une négociation menée dans le sang.

 

Il a en outre déclaré que le problème réside, pour certaines parties, dans la décision souveraine prise de séparer la trajectoire libanaise de la trajectoire irano-américaine. Il a demandé ce que signifie la souveraineté pour ces parties et à quel type de souveraineté elles se réfèrent. Il a insisté sur le fait que le Liban est un État souverain capable de résoudre ses problèmes, mais que certains se sont habitués à une tutelle qui contrôle, décide et négocie à sa place. Il a conclu fermement que cette époque est désormais révolue.

 

Par ailleurs, le président du Parlement, Nabih Berri, a rencontré le commandant de l’Lebanese Army, le général Rodolphe Haykal, afin d’examiner les derniers développements, notamment la situation sécuritaire, à la lumière de la poursuite des attaques et violations du cessez-le-feu par Israël, ainsi que la situation au sein de l’institution militaire.

 

Dans le même temps, la campagne de ce que l’on appelle l’axe de la résistance est apparue hier comme ayant trouvé un relais dans un sermon prononcé par le mufti jaafarite senior, Sheikh Ahmad Kabalan, qui a affirmé que la réalité actuelle du pays est plongée dans un projet renouvelé de « judaïsation du Liban », estimant que cette forme de « judaïsation » serait mille fois plus dangereuse que l’accord du 17 mai. Il a appelé le président Joseph Aoun à revenir sur ce qu’il a qualifié d’erreur nationale dans laquelle le pays aurait été entraîné, soutenant que le Liban ne peut supporter des aventures expérimentales ou suicidaires.

 

Il a ajouté que si le président se réclame des paroles et principes de l’imam Musa al-Sadr, celui-ci a affirmé qu’Israël est un mal absolu et un ennemi historique fondé sur l’agression, l’occupation, la trahison et le terrorisme. Il a encore qualifié la formule-cadre de « collapse national historique » qui ne passera pas, quel qu’en soit le coût.

 

Il a également affirmé que rien n’est plus étrange que ce qu’il a appelé une « autorité soumise », insistant sur le fait qu’il s’agit d’une autorité de reddition, quels que soient les changements d’appellation, la décrivant comme incapable, paralysée, et pourtant persistante à agir comme un agent au détriment des intérêts nationaux. Il a conclu qu’au lieu de répondre aux besoins souverains, financiers, économiques, sanitaires et sociaux du Liban, les autorités seraient devenues un fardeau national et une catastrophe historique.