Le Liban mise sur la production d'ail et d’oignon pour réduire ses importations agricoles
Face à un important écart entre la production locale et la demande nationale en ail et en oignon, le ministère de l’Agriculture a mis en place un comité dédié afin de renforcer ces filières. L’objectif est d’augmenter la production, de réduire les importations et de progresser vers l’autosuffisance, dans le cadre d’une stratégie plus large de développement du secteur agricole.
Entendre parler de la formation d’un comité pour développer les secteurs de l’oignon et de l’ail au Liban peut sembler, à première vue, amusant. Mais que diriez-vous si vous appreniez que le Liban a besoin d’environ 7 000 tonnes d’ail chaque année, soit près de 20 tonnes par jour, en plus d’une demande encore plus élevée en oignons, alors que les agriculteurs n’en produisent qu’environ 1 200 tonnes par an ?
Alors que le ministre de l’Agriculture, Nizar Hani, confirme dans un entretien accordé au journal Annahar que les agriculteurs libanais sont capables d’augmenter la production locale, une question essentielle se pose : pourquoi le Liban continue-t-il d’importer de grandes quantités de ces deux produits, et quel est réellement le rôle du nouveau comité ?
Production d’ail et d’oignons au Liban
Historiquement, le Liban produisait entre 800 et 1 200 tonnes d’ail par an, tandis que la demande locale atteint environ 7 000 tonnes, ce qui nécessite l’importation du reste des quantités depuis la Chine, ainsi que de petites quantités depuis la Syrie et la Jordanie, selon M. Hani. La production d’ail est principalement concentrée dans la région de la Békaa, en particulier le nord de la Békaa, en raison de la compatibilité de ses sols secs avec cette culture, tandis que de plus petites quantités sont cultivées dans l’Akkar et le Mont-Liban.
Concernant les oignons, le ministre explique que le Liban produit environ 120 000 tonnes par an, tandis qu’il importe entre 10 000 et 12 000 tonnes pour répondre à la demande du marché local, principalement en provenance d’Égypte. Cependant, cette année a connu une baisse des volumes importés grâce à l’amélioration de la production locale.
Dans ce contexte, M. Hani souligne que l’écart entre la production et la demande a conduit le ministère à travailler sur le développement des cultures d’ail et d’oignon, compte tenu de la capacité du Liban à en augmenter la production, ainsi que de l’importance spécifique de l’ail dans la rotation des cultures et de ses avantages techniques pour les agriculteurs. C’est pourquoi le comité a été formé avec la participation de grands producteurs d’ail et d’experts économiques afin d’étudier le secteur et d’élaborer un plan d’amélioration.
Il explique également que des études économiques ont montré que l’ail est une culture à forte valeur ajoutée : une tonne de pommes de terre se vend environ 250 dollars, tandis qu’une tonne d’ail atteint entre 1 250 et 1 300 dollars, avant même transformation, ce qui en fait une culture plus rentable sur le plan économique.
Sur cette base, le comité a élaboré une feuille de route visant à augmenter la production d’ail d’environ 1 200 tonnes à 5 000 tonnes en trois ans. Le ministre indique également que les résultats ont déjà commencé à apparaître rapidement, la production ayant atteint cette année environ 3 500 tonnes, soit près de trois fois plus en une seule année, grâce au soutien technique, à la protection de la production locale et aux incitations accordées aux agriculteurs.
Parmi les principales mesures figure l’exonération des semences d’ail des droits de douane, en coopération avec le ministère des Finances et la Direction des douanes, après qu’elles étaient auparavant traitées comme de l’ail destiné à la consommation. M. Hani précise que cette mesure réduit de plusieurs milliers de dollars les coûts pour les agriculteurs et constitue une incitation directe à l’expansion de la production. Il révèle que le Liban n’a pas importé d’ail au cours des trois derniers mois, les quantités locales étant désormais suffisantes pour couvrir les besoins du marché, estimant que l’objectif principal est d’atteindre l’autosuffisance puis de passer à l’exportation, comme cela a été réalisé dans le secteur de la carotte, qui couvre aujourd’hui environ 80 % de la demande locale.

Comités du secteur agricole pour le développement du secteur agricole
Concernant le fonctionnement du comité, Hani explique qu’il « s’inscrit dans une série de comités sectoriels que nous avons mis en place au ministère et que nous cherchons à activer afin de développer les différentes chaînes de valeur de la production agricole. Ceux-ci réunissent tous les acteurs concernés autour d’une même table, notamment les agriculteurs, les industriels, les exportateurs et les cadres spécialisés du ministère, en plus de représentants d’autres ministères ou administrations lorsque cela est nécessaire, dans le cadre d’une gouvernance participative visant à impliquer toutes les parties dans la prise de décision et le développement du secteur agricole ».
Hani souligne que la mission de chaque comité consiste à élaborer une feuille de route pour le secteur qu’il représente, incluant ses besoins essentiels en matière de soutien, de décisions réglementaires, de législation et de relations internationales. Il insiste sur le fait que les résultats des travaux de 23 comités sectoriels à ce jour constituent l’un des piliers majeurs du plan national agricole 2026-2035.
Il précise en outre qu’il s’agit de comités volontaires, travaillant sur la base de l’expertise et du bénévolat, en notant que le ministère de l’Agriculture comprend actuellement entre 270 et 300 experts et volontaires issus du secteur privé, des administrations publiques, des coopératives agricoles et des syndicats, qui travaillent au sein de ces comités sectoriels. Un nouveau comité dédié au secteur de la volaille les rejoindra prochainement.
Dans cette optique, Hani confirme que la politique du ministère repose sur un équilibre entre la production et le maintien de prix équitables pour les consommateurs, de manière à réduire ou à arrêter les importations chaque fois que le Liban se rapproche de l’autosuffisance. Il cite à ce titre la décision du ministère cette année de ne pas autoriser l’importation de pommes pendant la saison de commercialisation, après que des études ont montré que des milliers de tonnes étaient stockées dans des entrepôts frigorifiques, donnant ainsi la priorité à la commercialisation de la production locale.
Si la formation d’un comité pour l’oignon et l’ail peut sembler amusante, peut-être parce que nous ne sommes pas habitués à nous percevoir comme des agriculteurs dans une société qui nous étiquette comme « médecins » et « avocats », il s’agit néanmoins d’une mesure positive pour de nombreux agriculteurs qui, auparavant, voyaient leurs récoltes détruites dans leur propre pays tandis que des produits importés étaient vendus à leur place.