Donald Trump au 250e anniversaire des États-Unis
Au-delà de la personnalité du président américain, l’ascension de Donald Trump révèle les profondes mutations qui ont fragilisé les institutions, transformé le discours politique et bouleversé les équilibres démocratiques aux États-Unis et dans le monde.
Dr Hassan Mneimneh
Même le plus majestueux Arc de Triomphe d’une capitale du monde n’a pas encore été achevé, pas plus que le bassin réfléchissant situé entre les deux grands monuments dédiés aux présidents George Washington et Abraham Lincoln n’a été aménagé de manière à permettre à Donald Trump de s’en vanter. Il continue d’espérer des événements spectaculaires à venir, sans pour autant dissimuler sa déception face au retrait de grandes vedettes artistiques qui ont renoncé à y participer.
Tel est Donald Trump à l’occasion du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis. S’il existe un contraste saisissant entre la grandeur de l’événement et la futilité de ses préoccupations, c’est parce qu’il reflète l’homme lui-même.
Il envoie des armées mener des guerres susceptibles d’ébranler l’économie mondiale, voire de déclencher une troisième guerre mondiale, tout en consacrant simultanément son énergie sur les réseaux sociaux à attaquer Jimmy Kimmel, l’humoriste qui ne cesse de le tourner en dérision dans son émission nocturne, ou à diffuser des images retouchées numériquement le représentant en héros, en pape du Vatican, voire l’élevant jusqu’au rôle de Jésus-Christ.
Le protocole d’accord qu’il a poussé à faire signer entre les États-Unis et l’Iran constitue peut-être l’illustration la plus éloquente de son comportement et de sa manière d’agir. Cela est d’autant plus vrai que nombre de ses partisans et admirateurs s’efforcent de déceler du génie dans ses actes, interprétant ce qui peut sembler être une improvisation chaotique comme une stratégie dissimulée et une planification à long terme, compréhensibles uniquement par les initiés et les plus avertis.
En pratique, Trump a concédé à l’Iran presque tout ce qu’il réclamait en échange de la réouverture du détroit d’Ormuz. Selon les informations disponibles, l’accord prévoit la fin de la guerre régionale conformément aux préférences iraniennes, le déblocage des avoirs iraniens gelés, l’octroi de compensations, la levée des sanctions visant l’Iran ainsi que ses partenaires commerciaux, la fin du blocus de ses ports et le retrait des forces déployées contre lui, entre autres dispositions.
En contrepartie, l’Iran réaffirme sa déclaration de longue date selon laquelle il ne cherche pas à se doter de l’arme nucléaire et exprime sa volonté de négocier des garanties à ce sujet, tout en acceptant, sur le principe, de rouvrir le détroit d’Ormuz après une phase transitoire. On est alors en droit de se demander où réside exactement la réussite de celui qui est célébré comme l’auteur de The Art of the Deal. Il s’agit manifestement d’un accord remarquable, mais qui favorise de toute évidence l’autre partie.
Pourtant, Trump lui-même a déclaré qu’il ne considérait pas le document signé comme contraignant, tout en le qualifiant du meilleur jamais conclu. Le protocole d’accord n’aborde ni les capacités balistiques ni le soutien aux groupes armés, mais, interrogé sur ces questions, il a répondu qu’elles pourraient être ajoutées ultérieurement.
Si l’Iran refuse, alors l’accord perd toute valeur et un retour à la guerre reste envisageable. En d’autres termes, le document ne possède en lui-même ni véritable autorité ni force obligatoire ; il ne constitue qu’une mise en scène dans un théâtre politique en constante évolution, susceptible d’être modifiée à volonté, sans référence à un cadre fixe.
Trump a, à plusieurs reprises, clairement affirmé qu’il ne reconnaissait aucune autorité au-dessus de la sienne et qu’il ne s’imposait d’autres limites que celles qu’il choisissait lui-même. Il ne se considère lié ni par ses déclarations ni par les positions qu’il adopte. Il peut faire tout ce qu’il veut. Lors de sa première campagne présidentielle, il était même allé jusqu’à déclarer qu’il pourrait se tenir au milieu de la Cinquième Avenue, l’une des rues les plus célèbres de New York, tirer sur quelqu’un et ne perdre malgré tout aucun électeur.

Avec Donald Trump, les États-Unis, comme le reste du monde, vivent désormais dans un univers où l’absurde est devenu la norme, et où la grossièreté, les insultes, les sophismes et les mensonges éhontés sont devenus des modes de communication courants.
Il serait toutefois injuste de faire porter à Donald Trump seul la responsabilité de cette évolution. On peut plutôt y voir le résultat d’un ensemble de transformations structurelles qui ont conduit la réalité politique à cet état. Parmi celles-ci figurent l’imbrication croissante entre la politique et l’argent, ainsi que la domination des intérêts privés dans leur capacité à influencer le processus électoral.
S’y ajoutent une fragmentation culturelle fondée sur des interprétations divergentes de l’histoire et de la société, fracture considérablement aggravée par les réseaux sociaux, ainsi qu’une tendance générale à niveler le débat par le bas, accompagnée d’un sentiment de déconnexion entre les intérêts des gouvernants et ceux des gouvernés, sentiment dont ont su tirer profit ceux qui étaient en mesure de l’exploiter.
En 1920, le polémiste et satiriste politique Henry Louis Mencken mettait en garde contre l’évolution du système politique américain vers une convergence croissante entre le président et les électeurs. Il écrivait : « Un jour grand et glorieux, le peuple finira par obtenir ce qu’il désire, et la présidence sera occupée par un homme complètement idiot. »
Donald Trump est peut-être, en réalité, le génie méconnu plutôt que l’homme entièrement stupide qu’imaginait Mencken, voire le plus grand président de l’histoire des États-Unis, injustement incompris par ses contemporains, incapables de reconnaître sa grandeur.
L’interprétation la plus plausible demeure cependant qu’il est parvenu à la présidence à la faveur de la dégradation structurelle des États-Unis, avant d’accentuer lui-même cette détérioration par ses paroles et ses actes, permettant à ses effets de se propager jusqu’aux points de fragilité du monde entier.
Il ne reste qu’à espérer que l’histoire le jugera, lui et le monde dans lequel il évolue, avec davantage d’indulgence, et qu’il ne s’avérera pas être le précurseur d’un effondrement dont tout observateur objectif peut déjà discerner les signes, tant à l’échelle des États-Unis qu’à celle du monde dans son ensemble.
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