Partenariat États-Unis – Moyen-Orient: du pétrole à l’ère de l’intelligence artificielle

Technologie et économie 03-07-2026 | 13:23

Partenariat États-Unis – Moyen-Orient: du pétrole à l’ère de l’intelligence artificielle

À l’occasion du 250e anniversaire des États-Unis, les relations économiques avec le Moyen-Orient révèlent une mutation profonde, du pétrole vers l’investissement, la technologie et l’intelligence artificielle.

Partenariat États-Unis – Moyen-Orient: du pétrole à l’ère de l’intelligence artificielle
Installations pétrolières (AFP)
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À l’occasion du 250e anniversaire de la création des États-Unis, les relations économiques entre les États-Unis et le Moyen-Orient semblent se trouver à un tournant historique. La région, longtemps intégrée aux calculs américains à travers le pétrole, les guerres et les routes maritimes, ne se réduit plus aujourd’hui à un baril de brut, une base militaire ou un contrat d’armement.

 

Elle est devenue un espace où l’énergie croise l’intelligence artificielle, où les investissements souverains croisent la sécurité, et où le commerce croise la concurrence entre les États-Unis et la Chine pour façonner le XXIe siècle.

 

Les chiffres illustrent clairement cette transformation. Le commerce total de biens entre les États-Unis et le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord a atteint environ 146,5 milliards de dollars en 2025, dont 89,6 milliards de dollars d’exportations américaines vers la région, contre 56,9 milliards de dollars d’importations en provenance de celle-ci.

 

Cela a permis à Washington d’enregistrer un excédent commercial de 32,6 milliards de dollars. Cela signifie que la région est devenue un marché rentable pour les États-Unis, notamment dans les secteurs de l’aviation, des équipements, de l’alimentation, de la technologie, de la défense et des services.

 

Quant au pétrole, qui constituait le cœur de la relation au XXe siècle, son rôle comme facteur de dépendance directe a diminué. En 2025, les importations américaines de pétrole brut en provenance du Golfe arabe ne représentaient que 8 % du total des importations américaines de brut, qui s’élevaient à 6,2 millions de barils par jour.

 

Toutefois, ce recul ne signifie pas une diminution de l’importance du Golfe. Washington n’a plus besoin du pétrole du Golfe comme dans les années 1970 ou 1990, mais il reste dépendant de la stabilité des prix mondiaux. Toute perturbation dans le détroit d’Ormuz ou dans la production des pays riverains du Golfe a immédiatement un impact négatif sur l’inflation, les coûts de transport maritime, les coûts énergétiques et le moral de l’électeur américain.

 

 

Émirats Arabes Unis (AFP)
Émirats Arabes Unis (AFP)


 

Voici le paradoxe : les États-Unis sont devenus moins dépendants du pétrole du Moyen-Orient, mais ils ne se sont pas pour autant désintéressés de son économie. La relation est passée d’une logique de « pétrole contre sécurité » à une formule plus complexe : « sécurité contre investissements, technologie et positionnement géopolitique ». Les armes restent l’un des piliers de cet arrangement. Entre 2021 et 2025, plus de la moitié des importations d’armements au Moyen-Orient provenaient des États-Unis, soit 54 %, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm.

 

Mais le développement le plus important ne concerne ni le pétrole ni les armes, mais les semi-conducteurs et les centres de données. En 2025, le projet « Stargate » à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, est apparu comme une initiative majeure, dont la première phase devrait entrer en service en 2026 avec une capacité de 200 mégawatts, dans le cadre d’un plan pouvant atteindre jusqu’à cinq gigawatts.

 

Il implique des entreprises américaines telles qu’OpenAI, Oracle, Nvidia et Cisco. L’Arabie saoudite a également annoncé d’importants engagements dans ce domaine, notamment des projets de la société saoudienne DataVolt visant à investir 20 milliards de dollars dans des centres de données et des infrastructures énergétiques liées à l’intelligence artificielle aux États-Unis.

 

Ce changement est hautement significatif. Les États du Golfe souhaitent passer de l’exportation d’énergie brute à l’accueil de l’économie mondiale du calcul. Les États-Unis veulent maintenir l’intelligence artificielle du Golfe dans l’orbite américaine, à l’écart de l’influence chinoise. En conséquence, la relation économique entre les États-Unis et le Golfe ne se limite plus aux seuls pétroliers, mais s’étend aux puces électroniques, aux serveurs, à l’énergie électrique, à la sécurité des données et à la question de savoir qui contrôle l’infrastructure du système mondial d’intelligence artificielle.

 

En arrière-plan, la Chine apparaît comme un troisième acteur présent dans tous les calculs. Elle est devenue le premier partenaire commercial des pays du Conseil de coopération du Golfe, avec environ 173 milliards de dollars d’exportations du Golfe vers la Chine et 129 milliards de dollars d’importations en provenance de Chine en 2023, selon des estimations sectorielles.

 

Cette réalité place Washington face à un défi clair : elle ne peut empêcher le Golfe d’entretenir des relations avec la Chine, mais elle cherche à détourner les infrastructures numériques et stratégiques du Golfe de la sphère d’influence chinoise.

 

 

Logo AI illustratif (AFP)
Logo AI illustratif (AFP)

 

 

L’importance du Golfe s’accroît encore davantage en raison de ses fonds souverains. Ces fonds gèrent aujourd’hui près de 6 000 milliards de dollars, représentant plus de 40 % du total des actifs des fonds souverains dans le monde. De ce fait, le rôle des pays du Golfe en tant qu’investisseurs mondiaux dans la technologie, l’énergie, l’immobilier, le sport, les infrastructures et l’intelligence artificielle a dépassé toute fonction traditionnelle. Le capital du Golfe est devenu une composante de l’économie américaine elle-même, et non plus simplement de l’argent utilisé pour acheter des produits américains.

 

Washington utilise le commerce comme outil d’influence politique. Il est lié à des accords de libre-échange avec plusieurs pays du Moyen-Orient, notamment Israël, la Jordanie, le Maroc, Bahreïn et Oman. Ces accords ne se mesurent pas uniquement à leur volume commercial, mais aussi à leur fonction politique : consolider les alliances, arrimer les économies locales aux standards américains et encourager l’adoption de modèles contrôlés d’ouverture économique dans la région.

 

Cependant, la relation n’est pas stable ni exempte de tensions. Les pays du Moyen-Orient, en particulier ceux du Golfe, sont devenus plus capables de diversification politique parallèlement à leur diversification économique. Ils achètent des armes à Washington, vendent de l’énergie à l’Asie, investissent aux États-Unis et en Europe, négocient avec la Chine et construisent une économie numérique. Pendant ce temps, les États-Unis, à l’occasion de leur 250e année, doivent composer avec un Moyen-Orient dont les relations avec leurs rivaux sont de plus en plus imbriquées.

 

La conclusion est que le Moyen-Orient n’a pas quitté le centre de la stratégie américaine, mais il a changé de position en son sein. Au XXe siècle, la question américaine était : qui sécurise le pétrole ? Aujourd’hui, la question est plus large : qui sécurise l’énergie, les routes maritimes, les capitaux, les semi-conducteurs, les données et les marchés ? Ainsi, les relations économiques entre les États-Unis et le Moyen-Orient à l’occasion du 250e anniversaire des États-Unis apparaissent comme le reflet d’une transformation mondiale plus profonde : d’une économie du pétrole vers une économie du calcul.

 

 

Vue de Washington D.C. (AFP)
Vue de Washington D.C. (AFP)

 

 

Les États-Unis ont été fondés sur la promesse d’une indépendance vis-à-vis des anciens empires. Après un quart de millénaire, leur puissance semble désormais liée à leur capacité à gérer de nouveaux réseaux de dépendance s’étendant de la Silicon Valley à Abou Dhabi, de Riyad à Washington, et du détroit d’Ormuz aux centres de données.

 

Dans ce monde, le Moyen-Orient n’est plus seulement une réserve d’énergie et un marché d’armements ; il est aussi devenu une réserve financière, un laboratoire de l’intelligence artificielle et un facteur déterminant de la forme du futur ordre international.