Le discours du Hezbollah face à l’épuisement de son modèle politico-militaire
Alors que son discours se radicalise et que ses marges d’action se réduisent, le Hezbollah apparaît de plus en plus enfermé dans un passé de confrontations qu’il ne parvient plus à réactiver dans un Liban en mutation.
La trajectoire générale de la formation du « Hezbollah », bien qu’elle s’inscrive à l’origine dans le cadre des mouvements islamiques, ne diffère pas de celle de partis totalitaires tels que le Parti communiste qui a gouverné l’ex-Union soviétique, ou le parti Baas dans ses branches syrienne et irakienne, ou encore le régime clérical en Iran, voire même des partis d’extrême droite ayant instauré des systèmes idéologiques totalitaires en Occident.
Cela repose sur l’idée que l’expression de l’idéologie, du style, des positions et des politiques devient une formule verbale unique, répétée par tous les membres du parti et ses partisans, sans aucune différenciation.
Cependant, ce que l’on peut considérer comme une « spécificité » que le Hezbollah a récemment ajoutée à sa ressemblance avec des partis en voie de disparition est qu’il a cherché à transformer l’expression obscène, extrêmement violente et vulgaire à la fois, en un outil offensif venant combler le vide d’une décision confuse, suspendue entre une action de sédition interne devenue presque impossible et une action militaire en cours, contrainte par des obstacles et des lignes rouges.
Un examen rapide du déroulement des événements ayant précédé la signature de l’accord-cadre entre le Liban et Israël le 26 juin dernier à Washington, puis après sa signature, montre que le discours du parti, exprimé par ses députés, son secrétaire général et les responsables politiques dans son orbite ainsi que dans la sphère de l’influence iranienne en déclin, a depuis l’émergence du phénomène Hezbollah au Liban toujours été saturé de tendances à la violence et à la haine envers les opposants, fondées sur une généralisation de l’hostilité envers Israël qui s’étend à la plupart des autres citoyens. Pourtant, ce discours a atteint cette fois son paroxysme en matière d’exposition.
Ce phénomène ne reflète pas seulement le niveau de tension et de crispation qui caractérise la réaction du parti face à une autorité libanaise qui l’a surpris en s’attaquant au cœur de sa fonction, celle d’un bras qui appelle aux guerres contre Israël et s’implique dans tous les conflits régionaux au profit de l’Iran. Il montre aussi que le niveau de mépris et d’insultes dirigés contre le président, le Premier ministre et les forces soutenant l’autorité ainsi que l’option de négociation avec Israël reflète largement une « alternative du perdant ».
Ce « perdu » est parti et ne reviendra pas ; il a perdu son sens de l’orientation et, pire encore, s’est égaré en brandissant des slogans de victoire contre le « Grand Satan », alors même que ce même acteur échange avec l’Iran l’acte condamné que le « Hezbollah » lui-même criminalise au Liban.
La question de la sédition et de la guerre civile, que le parti n’a cessé de reproduire dans son schéma habituel depuis les « bons vieux jours », ceux de sa tutelle aujourd’hui révolue durant la période du double parrainage syrien et iranien, et tout au long des nombreuses années ayant suivi le retrait des forces du régime de Bachar al-Assad du Liban, a été fermement reléguée à son passé et à rien d’autre.
Aujourd’hui, les réalités ont émergé qui rendent presque impossible même l’évocation de ses « expériences honteuses », d’autant plus que le parti abuse du terme de honte et le projette sur l’accord-cadre, l’autorité de l’État et ses opposants, qualifiés « d’agents » d’Israël, des États-Unis, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.
Il n’y a aucun secret dans le fait que la sédition ne reviendra pas tant que l’ensemble du Liban, dans toutes ses forces, a depuis longtemps tourné la page de l’ère des affrontements, et tant que les guerres internes ne trouvent plus personne pour les glorifier, si ce n’est ceux qui exagèrent leur menace, révélant ainsi leur propre incapacité et impuissance à ramener un passé condamné qui ne reviendra pas.
Même le parti lui-même, dans son recours excessif à un discours d’hostilité et de haine, révèle que ses dernières guerres en cours sont devenues impossibles à reproduire à l’avenir, car ni ses capacités restantes ne permettront d’autres guerres, ni les conditions des arrangements en cours avec son parrain iranien ne laisseront de place à de nouveaux conflits, ni l’État libanais, ni ses forces politiques et sociales, y compris la majeure partie de la communauté affectée par ses guerres, n’accepteront désormais que les guerres des autres soient menées à travers le parti.
Clause de non-responsabilité : Les opinions exprimées par les auteurs leur sont propres et ne représentent pas nécessairement les points de vue d’Annahar.