Damas redéfinit son positionnement dans le dossier sensible des armes au Liban

Liban 03-07-2026 | 13:23

Damas redéfinit son positionnement dans le dossier sensible des armes au Liban

Entre messages de reassurance, appel au dialogue interne et volonté affichée de soutenir les institutions de l’État, la visite d’Asaad al-Shaibani à Beyrouth marque un possible tournant dans les relations syro-libanaises et dans les équilibres régionaux.

Damas redéfinit son positionnement dans le dossier sensible des armes au Liban
al-Shaibani during his meeting with Parliament Speaker Nabih Berri (Nabil Ismail)
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La visite du ministre syrien des Affaires étrangères Asaad al-Shaibani à Beyrouth a dépassé le simple cadre d’une étape dans le processus de reconstruction des relations libano-syriennes, pour devenir une occasion de soulever l’une des questions les plus sensibles au Liban : la limitation des armes à l’État.

 

Les fuites qui l’ont précédée faisaient état d’une initiative politique préparée par le président syrien Ahmed al-Sharaa, intitulée « soutien à l’État libanais » et assistance à l’achèvement de la mise en œuvre de l’accord de Taëf, incluant le traitement de la question des armes par le dialogue et le consensus.

 

Bien qu’aucune annonce officielle d’une initiative écrite n’ait été faite, les informations disponibles indiquent que la nouvelle direction à Damas souhaite se présenter comme un partenaire dans la stabilisation du Liban, et non comme une partie prenante de son conflit interne, et cherche à donner une image totalement différente de celle associée à l’ancien régime syrien.

 

 

Message de rassurance?

 

Au cœur de l’approche syrienne, il n’est question d’aucun rôle militaire au Liban. Au contraire, les informations indiquent qu’al-Shaibani transmet des messages de rassurance à diverses forces politiques libanaises affirmant que la Syrie n’a aucune intention d’intervenir sur les plans sécuritaire ou militaire, et qu’elle ne voit aucun intérêt à une confrontation avec le Hezbollah ou toute autre composante libanaise.

 

En retour, Damas propose un renforcement de la coopération sécuritaire entre les deux pays, notamment en matière de contrôle des frontières et de lutte contre la contrebande, afin de préserver la sécurité du Liban et de la Syrie.

 

Cette approche se fonde sur l’accord de Taëf lui-même, qui non seulement consacre le principe de relations privilégiées entre les deux pays, mais insiste également sur le principe de la détention exclusive des armes par l’État, et sur le fait qu’aucun des deux pays ne doit être utilisé comme passage ou base pour toute activité menaçant la sécurité de l’autre. Dans cette perspective, il apparaît que Damas se repositionne comme un État appelant à la pleine application de Taëf dans toutes ses dispositions, et non à une application sélective.

 

Des rapports indiquent qu’al-Shaibani porte une vision fondée sur l’encouragement des Libanais à lancer un dialogue interne menant à l’intégration de toutes les forces, y compris le Hezbollah, au sein des institutions de l’État, partant de la conviction syrienne que la persistance de toute arme en dehors de la légitimité de l’État affaiblit ce dernier et le rend plus vulnérable aux ingérences extérieures. Toutefois, cette approche s’accompagne de la nécessité de fournir des garanties politiques et sécuritaires à toutes les composantes libanaises, afin que la question des armes ne devienne pas une porte d’entrée vers une confrontation interne.

 

 

Une nouvelle équation

 

Il est difficile d’interpréter ce que Damas apporte comme une menace voilée via le canal syrien. Tous les messages qui ont fuité évoquent un refus de toute action militaire et la volonté de la nouvelle direction syrienne de ne pas reproduire les conflits qui ont épuisé les deux pays. Il apparaît que le président Ahmed al-Sharaa souhaite établir une nouvelle équation fondée sur l’idée que la sécurité de la Syrie commence par la stabilité du Liban, et que toute instabilité libanaise se répercuterait directement sur la situation intérieure syrienne.

 

Ce changement s’inscrit également dans le climat régional imposé par les récents accords et par les pressions arabes et internationales visant à renforcer l’autorité de l’État libanais. Dans ce contexte, Damas semble soucieux de faire partie de la solution et de se présenter comme un partenaire arabe dans le soutien aux institutions de l’État, plutôt que de consolider la réalité d’armes en dehors de l’État.

 

Cette approche rejoint en partie — selon des sources proches du président de la Chambre Nabih Berri — sa position répétée, qui lie toute résolution de la question des armes à l’arrêt des attaques israéliennes et à l’achèvement du retrait du territoire libanais, puis à l’ouverture d’un dialogue sur une stratégie défensive qui mènerait, in fine, à la limitation des armes à l’État par des étapes progressives et sous la supervision des institutions légitimes.

 

 

Le Hezbollah n’est pas un adversaire

 

D’un autre côté, Damas tente d’envoyer un message direct au Hezbollah indiquant qu’il ne le considère pas comme un adversaire et qu’il ne cherche pas à cibler sa base sociale, et qu’il n’a aucune objection au maintien de canaux de communication ouverts si cela contribue à préserver la stabilité dans les deux pays. Ce faisant, il cherche à dissiper les craintes selon lesquelles la nouvelle Syrie pourrait devenir une plateforme de pression sécuritaire sur le Hezbollah, tout en affirmant que son projet repose sur la coopération entre les deux États et non sur la confrontation.

 

L’importance de la visite d’al-Shaibani ne réside peut-être pas dans l’existence ou non d’une initiative écrite, mais dans le fait qu’elle reflète, pour la première fois, un basculement de Damas d’une position d’allié régional de l’axe des armes vers une position de soutien explicite au principe de l’État et de ses institutions.

 

Si ces messages se traduisent en positions officielles durant la visite, ils marqueraient une transformation politique qui dépasse les relations libano-syriennes et s’inscrit dans une reconfiguration plus large des équilibres régionaux dans une nouvelle phase définie par le renforcement de l’État, et non par la multiplication des centres de pouvoir en son sein.