Liban : le départ du pasteur Habib Badr et l’essor d’un leadership féminin dans l’Église évangélique

Opinion 02-07-2026 | 11:24

Liban : le départ du pasteur Habib Badr et l’essor d’un leadership féminin dans l’Église évangélique

Après 41 ans de ministère, le révérend Habib Badr prend sa retraite à Beyrouth, marquant un tournant pour l’Église évangélique nationale. La Dr Rima Nasrallah lui succède, incarnant une nouvelle étape avec l’émergence d’un leadership féminin dans un contexte religieux encore largement dominé par les hommes au Liban.

Liban : le départ du pasteur Habib Badr et l’essor d’un leadership féminin dans l’Église évangélique
Rev. Habib Badr.
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« Le problème aujourd’hui réside dans la pression que subit la composante chrétienne, comme c’est le cas pour de nombreux autres groupes, en raison des crises économiques et politiques. Il convient également de noter que le nombre de chrétiens est inférieur à celui des autres composantes de cette région. »

 

 

« La voie vers une solution consiste à encourager les dirigeants civils à œuvrer pour la paix, à construire un État civil, à adopter une loi civile, à instaurer la démocratie et l’État de droit, et à préserver les libertés. Tous ces éléments contribuent à bâtir des États qui protègent leurs citoyens et garantissent leurs droits. Il est donc nécessaire de travailler à l’édification d’un État civil qui protège les chrétiens, ainsi que tous les citoyens, sur un pied d’égalité. »

 

 

« Toutefois, cette mission ne relève pas de l’Église, car son rôle n’est ni de s’engager en politique ni d’élaborer des lois. Cette responsabilité incombe aux dirigeants, chrétiens comme non chrétiens, qui doivent œuvrer à l’établissement d’un État civil garantissant la liberté, l’égalité, la citoyenneté, la démocratie et les droits de l’homme pour tous, quelles que soient les convictions religieuses de ses citoyens. »

 

 

Cette déclaration, toujours d’actualité, remonte à 2021. Elle a été prononcée par le révérend Habib Badr lors de l’une de ses interviews. Président de l’Union Évangélique Nationale au Liban, président honoraire du Conseil des Églises du Moyen-Orient et pasteur de l’Église Évangélique Nationale à Beyrouth, il y lançait un appel en faveur d’un État civil, fondé sur des institutions capables de protéger tous les citoyens de manière égale.

 

 

Figure reconnue pour sa valeur intellectuelle et théologique, Habib Badr a pris la direction pastorale de l’Église Évangélique Nationale au centre de Beyrouth en 1985. Il a annoncé, il y a quelques jours, son départ à la retraite après 41 années de ministère actif, durant lesquelles il a joué un rôle majeur dans de nombreux domaines et contribué à renforcer la présence évangélique, en particulier à Beyrouth.

 

 

Si le révérend Habib Badr mérite toutes les formes de reconnaissance, un autre aspect mérite également d’être souligné à l’occasion de cet hommage : il a transmis l’ensemble de ses responsabilités à une femme pasteure. Bien que le pastorat féminin existe depuis longtemps, la société libanaise n’est pas encore pleinement habituée à voir une femme exercer cette fonction, d’autant plus que la communauté évangélique au Liban demeure peu nombreuse par rapport aux autres communautés chrétiennes et que son influence institutionnelle reste limitée.

 

 

Dans ce contexte, la culture religieuse dominante demeure largement marquée par une présence masculine. Les autres confessions chrétiennes ne reconnaissent pas le sacerdoce féminin, celui-ci étant limité à la vie monastique. De même, dans l’islam, qui fait également partie du contexte culturel environnant, il n’existe pas de femme imam dirigeant une assemblée de fidèles masculins.

 

 

Pastor Rima Nasrallah
Pastor Rima Nasrallah

 

 

 

La cérémonie de passation à l’Église Évangélique Nationale à Beyrouth a marqué un double tournant : le départ à la retraite du pasteur Habib Badr, après des décennies de service, et l’entrée en fonction d’une femme à la tête de l’Église.

 

 

La nouvelle pasteure est le Dr Rima Nasrallah, qui assume désormais la pastorale de l’Église ainsi que la présidence de l’Union Évangélique Nationale au Liban. Ordonnée en 2018, elle a exercé ces dernières années d’importantes responsabilités pastorales et éducatives au sein de l’Église Évangélique Nationale, tout en occupant le poste de doyenne académique de l’École de Théologie du Proche-Orient.

 

 

Lors de la cérémonie de passation, Habib Badr a déclaré : « Après 41 ans, je me demande : sommes-nous à la bonne place ? Ces jours sont-ils ceux des commencements ou des fins ? Après toutes les crises et les difficultés que nous avons traversées, et que nous traversons encore, la réponse demeure cette voix pleine d’espérance qui résonne au plus profond de nous et nous appelle à rester attachés à notre communauté. Je suis convaincu que nous sommes à la bonne place. Nous sommes ici, à l’Église Évangélique Nationale à Beyrouth, inébranlables, et notre foi est bâtie sur le roc. »

 

 

 

Il convient de rappeler que la première femme appelée au pastorat au Liban fut Rola Suleiman, en 2014 à Tripoli, où elle prit en charge une petite église locale après l’émigration de son pasteur. En 2017, Mme Najla Kassab fut ensuite ordonnée pasteure.

 

 

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