Accord de Washington et la lutte pour la souveraineté libanaise : Entre milices, souveraineté et puissance régionale
L'accord-cadre entre le Liban et Israël n'est pas seulement un outil pour cesser les hostilités ; c'est un rétablissement de la patrie libanaise et de sa souveraineté, au nom de laquelle de nombreuses violations ont longtemps été justifiées. L'importance réelle de ce moment réside dans le fait qu'il fait passer la question libanaise de la logique d'un conflit géré par les milices à la logique de la responsabilité de l'État.
L'accord, signé à Washington le 26 juin 2026, crée une base pratique pour un retrait israélien, le déploiement des Forces armées libanaises, le désarmement du Hezbollah et le démantèlement de l'infrastructure des milices.
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a décrit le processus comme un effort organisé pour restaurer la souveraineté du Liban et permettre à Israël de revenir à ses frontières une fois que les menaces posées par le Hezbollah seront écartées. Ce n'est pas un accord de paix, mais c'est certainement un événement historique, créant une possibilité institutionnelle pour la paix.
Le Hezbollah et la guerre civile
Le Hezbollah ne s'oppose pas à l'accord car il considère qu'il affaiblit le Liban, alors que la guerre civile qu'il pousse serait ce qui détruirait le Liban. Il s'y oppose plutôt parce qu'il affaiblit la domination sévère de l'Iran et du Hezbollah.
L'importance du moment réside également dans son timing.
Une fois de plus, l'accord d'Islamabad a révélé la collusion historique entre l'Iran et le Hezbollah d'une part, et les extrémistes messianiques israéliens d'autre part. Avec le ministre extrémiste israélien Itamar Ben Gvir déclarant que « l'accord est une grosse erreur », le chevauchement des intérêts entre lui et l'Iran-Hezbollah est devenu clair, renforçant ensemble leur jeu destructeur commun consistant à légitimer un conflit idéologique sans fin aux dépens de personnes déplacées, de la société et de l'État libanais. L'accord d'Islamabad accorde effectivement le Liban gratuitement à l'Iran, le transformant en un terrain de dissuasion iranienne et de jeu idéologique, tandis que le Hezbollah et son dispositif continuent d'opérer tout en conservant un veto sur la souveraineté libanaise.
Cependant, l'accord de Washington, signé sous l'autorité du département d'État américain, rompt ce lien organique et va au-delà de ce point aveugle de l'ère Trump façonné par Barak, Kushner et Witkoff, dans une tentative de transformer le Liban en un simple élément des négociations iraniennes, pour inclure le Liban dans le « front plus large », selon l'expression pakistanaise, et de transformer le Liban contractuellement en un atout de négociation perpétuel entre les mains de l'Iran.
Multiples risques
En revanche, l'accord comporte de nombreux risques !
Ces risques résident dans le jeu des calendriers opérationnels, étape par étape, entre les retraits israéliens et les progrès du désarmement du sud des armes du Hezbollah. Cela nécessite donc une vigilance politique et diplomatique libanaise continue pour contenir les manœuvres du Hezbollah, et de la fermeté dans les négociations avec Israël.
La lutte décisive au sein du Liban se déroulera au sein des institutions bureaucratiques, des structures de sécurité, des économies frontalières, des réseaux de patronage, de l'influence municipale et des canaux de reconstruction, ainsi qu'à l'intérieur même de la peur. Il ne suffit pas de déployer des soldats dans le sud ; il doit également y avoir des efforts soutenus pour démanteler l'infrastructure administrative basée sur les milices. Le plus gros fardeau reposera sur l'armée, dont la légitimité dépend d'une doctrine nationale qui est anti-milices, tout en étant solidaire avec la communauté chiite.
Le Hezbollah ne lancera peut-être pas un coup immédiat, mais il tentera de paralyser et d'intimider le gouvernement et le système politique, d'infiltrer les mécanismes de mise en œuvre ou de provoquer Israël. Ici réside l'importance du soutien extérieur, comme force de soutien plutôt qu'en substitut du courage politique libanais.
Trois scénarios maintenant définissent la voie à suivre :
Le premier est le scénario de la souveraineté, dans lequel l'accord de Washington devient un levier pour la restauration progressive mais irréversible de l'autorité de l'État. Il renforcerait l'armée et garantirait que les fonds de reconstruction soient canalisés par l'État, soutenu par un soutien arabe et occidental. Ce scénario ne met pas fin à tout conflit sur la survie du Liban, mais il change le cours de l'histoire.
Le deuxième est le scénario du sabotage. Le Hezbollah mobilise sa base et menace de conflit civil, forçant l'État à reculer. Israël reprend les frappes, et le Liban retourne dans le cycle d'escalade.
Le troisième est le scénario hybride gelé, dans lequel l'accord reste en place formellement mais n'est pas mis en œuvre de manière substantielle. Israël reste dans les zones de sécurité, le Hezbollah conserve des capacités cachées, l'armée ne se déploie que partiellement, et la communauté internationale hésite quant à l'efficacité de la nouvelle direction.
À moins que la classe politique libanaise et la société ne prennent des mesures décisives et habiles sur le plan national, ce troisième scénario est le plus probable à court terme.
La question fondamentale pour la classe politique libanaise n'est pas de savoir si elle soutient la stabilité, la paix et la prospérité, mais si elle est prête à abandonner le système hérité et ses intérêts, et à soutenir la reconstruction d'un État libanais souverain.
L'importance historique de l'accord de Washington ne réside pas dans la garantie de la paix pour le Liban, mais dans l'exposition de la contradiction centrale du système libanais d'après-guerre. Le Liban ne peut libérer ses terres d'Israël sans les libérer de l'Iran.
La souveraineté est la condition essentielle pour parvenir à une libération territoriale.
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