Le Liban dans le nouvel ordre du Moyen-Orient : qui façonnera son avenir ?
Dans les phases normales de l'histoire, les petits pays peuvent repousser les décisions difficiles et vivre dans le cadre des équilibres de pouvoir existants. Cependant, dans des périodes exceptionnelles — lorsque les structures de pouvoir régionales changent rapidement, quand un système décline tandis qu'un autre émerge — les petits États sont soumis à un test difficile : soit ils s'adaptent à la nouvelle réalité, soit ils risquent de devenir sujets à des décisions prises ailleurs. Le Liban approche maintenant un moment aussi sensible.
Il peut être prématuré de parler d’un « nouveau Sykes-Picot » au sens littéral, mais le Moyen-Orient traverse clairement une phase de redistribution de l'influence et une réorganisation des priorités sécuritaires et politiques. Dans de tels moments, les États faibles et les institutions fragiles sont plus exposés aux décisions façonnées au-delà de leurs frontières. Cela soulève une question centrale : où se situe le Liban dans cette nouvelle équation ?
Il est évident qu'Israël considère les suites de sa dernière guerre d'une perspective stratégique plus large qui va au-delà d'une confrontation militaire purement militaire. Il cherche à atteindre deux objectifs parallèles : d'abord, mettre fin ou réduire de manière significative la capacité militaire indépendante du Hezbollah au point qu'il ne représente plus une menace pour la sécurité israélienne ; et ensuite, si les conditions le permettent, progresser vers une relation plus stable avec l'État libanais, incluant potentiellement des arrangements sécuritaires et frontaliers et peut-être de nouvelles formes de compréhension politique à l'avenir.
Cependant, atteindre ces objectifs est loin d'être simple. Le Hezbollah n'est pas simplement une force militaire ; au fil des décennies, il est devenu une partie intégrante du système régional iranien, tout en étant profondément ancré dans la société libanaise. En conséquence, toute tentative d'imposer un changement rapide et radical pourrait comporter le risque de fragmentation ou de confrontation interne — des issues que de nombreux Libanais, épuisés par des crises économiques et politiques successives, préféreraient éviter.
D'un autre côté, Washington se concentre sur la fermeture de l'un des dossiers les plus complexes du Machrek arabe. De son point de vue, l'existence d'une force armée en dehors de l'autorité de l'État libanais représente un obstacle à la construction d'un ordre régional plus stable. C'est pourquoi des idées ont émergé suggérant un rôle syrien potentiel dans le traitement de la question libanaise ou dans la contribution à la limitation ou à la prévention de la reconstruction des capacités militaires du Hezbollah.
Une Opportunité et un Test en Même Temps
En même temps, cette vision entre en collision avec une réalité différente. La nouvelle Syrie n'est pas la Syrie d'Assad, et le régime actuel est préoccupé par des défis internes majeurs liés à la reconstruction des institutions étatiques et à la réalisation de la stabilité économique et sécuritaire. Il ne semble donc pas avoir la capacité pratique ou la volonté politique d'entrer dans un enchevêtrement libanais complexe qui pourrait épuiser ses ressources limitées ou raviver les crises qu'il commence tout juste à surmonter. Pendant ce temps, l'État libanais lui-même se trouve entre opportunité et test. Une large partie de la société libanaise souhaite que l'État retrouve son rôle naturel et monopolise la décision de guerre et de paix. De plus, des pressions économiques sévères ont poussé de grandes parties de la société à privilégier la stabilité et la reconstruction institutionnelle plutôt que l'implication dans des conflits régionaux volatils.
Pourtant, le facteur iranien reste l'élément le plus compliqué de l'équation. Il est difficile d'imaginer Téhéran abandonner facilement une influence dans laquelle il a investi depuis des décennies, aussi bien financièrement qu'à travers des moyens politiques et sécuritaires. Un retrait complet du Hezbollah pourrait être interprété dans son environnement allié comme un aveu de défaite dans un projet régional plus large. Pour cette raison, l'Iran peut chercher à préserver une certaine forme d'influence politique ou sécuritaire qui maintient son pied dans les futurs arrangements régionaux et conserve sa position parmi ses alliés.
De plus, Téhéran considère le dossier libanais dans un contexte plus large qui dépasse le Liban lui-même. Pour l'Iran, le Liban a également été une plate-forme d'influence dans d'autres pays par le recrutement ou la formation de groupes alignés, rendant difficile l'acceptation de la perte de ce levier sans une forme d'échange politique. En conséquence, la phase à venir pourrait voir des tentatives de transition de l'influence militaire directe vers des formes alternatives d'influence politique.
En même temps, la communauté internationale ne semble pas prête à accepter un retour au statu quo précédent. Les guerres récentes et leurs coûts humains et économiques ont conduit de nombreux acteurs à conclure que l'ancien cadre a atteint ses limites. En conséquence, la pression internationale sur les différentes parties libanaises est susceptible de continuer en direction de dispositions plus stables.
Trois Scénarios
De cette situation, trois principaux scénarios peuvent être envisagés. Premièrement, un succès graduel de l'État libanais dans la restauration de son autorité avec le soutien arabe et international, conduisant à une transformation progressive du Hezbollah en une force politique civile. Deuxièmement, la continuation de la situation actuelle sous une forme modifiée, permettant une influence limitée du parti tout en imposant des contraintes plus importantes sur ses capacités militaires. Troisièmement, le scénario le moins stable : l'effondrement de tout règlement, poussant le Liban dans une phase prolongée de confrontation entre puissances étrangères concurrentes.
Le premier scénario est le plus bénéfique pour le Liban, mais il nécessite un consensus interne et un soutien économique externe substantiel. Le deuxième scénario est le plus réaliste à court terme, car il permet à toutes les parties de préserver la face et d'éviter une confrontation globale. Le troisième scénario comporte des risques importants, car il prolongerait la crise, retarderait la reprise économique et transformerait le Liban en une arène ouverte pour les conflits extérieurs.
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