À l'intérieur des "zones expérimentales" du Liban : La nouvelle phase du retrait progressif d'Israël
La question des zones expérimentales a fait l'objet d'un vaste débat interne au Liban, ainsi que lors des négociations directes tenues à Washington avant l'annonce de l'accord-cadre. Les partisans de l'accord voient ces zones comme une traduction pratique du retrait progressif d'Israël des territoires libanais occupés, tandis que les opposants, notamment le Mouvement Amal et le Hezbollah, rejettent fermement le concept.
Première phase
Le terme "zones expérimentales" ou "zones modèles" est apparu pour la première fois lors des deux tours de négociations directes à Washington entre le Liban et Israël, visant à lancer un retrait progressif d'Israël des territoires libanais occupés.
Selon la délégation libanaise des négociations, la première proposition désignait la ville de Bint Jbeil comme la première zone expérimentale en raison de son importance symbolique et de sa proximité avec la frontière. Cependant, le côté israélien, soutenu par Washington, a rejeté la proposition. Une deuxième proposition s'est concentrée sur la région de Nabatieh, où, à l'époque, aucune ville du district n'était sous occupation sauf le Château de Beaufort.
Néanmoins, l'armée israélienne est allée au-delà de cette proposition et a lancé une incursion terrestre vers la colline d'Ali al-Taher, qu'elle n'a pas réussi à capturer malgré des tentatives répétées.
La situation est restée inchangée jusqu'à l'accord de cessez-le-feu atteint à la mi-juin dans le cadre du mémorandum de compréhension américano-iranien. L'accord a abouti au premier cessez-le-feu presque complet depuis le 2 mars, malgré des violations israéliennes continues.
L'accord signé lors de la dernière ronde de négociations à Washington a finalement inclus une clause établissant des zones expérimentales comme zones pour un retrait progressif d'Israël. Après que l'identité de la première zone expérimentale soit restée confidentielle, Annahar a révélé que Zawtar serait le premier site, suivi de l'annonce par Israël que Zawtar Ouest et Froun serviraient de premières zones expérimentales.
La surprise était que Froun, situé à côté de Ghandouriyeh dans la région de Bint Jbeil, n'est pas sous occupation, contrairement aux parties de Zawtar Ouest, dont la plupart de la ville a déjà été libérée. L'objectif déclaré est qu'Israël se retire tandis que l'armée libanaise entre dans ces zones pour démanteler l'infrastructure militaire du Hezbollah.
Objectif non atteint
Sur la base de la situation sur le terrain, l'objectif principal ne semble pas avoir été atteint. Froun, par exemple, n'est pas occupé, et ses habitants sont déjà retournés dans leurs maisons largement endommagées. Certains se sont même réfugiés dans une école locale en raison des destructions importantes causées par les frappes aériennes israéliennes lors de tentatives échouées de capturer la ville.
De plus, le Hezbollah, qui s'oppose à l'accord de Washington, a clairement indiqué qu'il ne coopérerait pas dans les zones expérimentales, arguant qu'il n'est lié ni par l'accord ni par ses conséquences. Bien que le groupe accueille favorablement le déploiement de l'armée libanaise au sud du fleuve Litani, il a déclaré qu'il ne mènerait aucune mesure sur le terrain demandée par Israël. Les habitants des villes libérées devraient également rejeter les fouilles des maisons épargnées par les raids israéliens et sont peu susceptibles de coopérer avec des mesures qu'ils estiment servir les intérêts israéliens.
Cette position est cohérente avec la ferme opposition du Président du Parlement Nabih Berri à la fois à l'accord et au concept de zones expérimentales. Berri avait précédemment déclaré que "les zones expérimentales ne font pas partie de mon vocabulaire," insistant sur le fait que la position officielle du Liban reste inchangée : retrait complet d'Israël, retour des résidents déplacés, libération des prisonniers, et seulement alors le début de la reconstruction.
La situation a cependant changé après la signature de l'accord, même si la deuxième phase des zones expérimentales devrait inclure Bayada. Le calendrier de cette phase reste dépendant des décisions israéliennes.
Halal : les zones expérimentales comme outil de négociation
Le général de brigade à la retraite Bahaa Halal décrit les zones expérimentales comme un outil de négociation, notant que des modèles similaires existent dans d'autres contextes, bien qu'ils diffèrent du cas libanais.
S'adressant à Annahar, il explique que "le concept de zones expérimentales ne découle pas de leur emplacement géographique, mais de la fonction qu'elles remplissent. Le critère qui les définit est leur rôle expérimental, et non la nature géographique du lieu."
Il soutient qu'elles sont "plus un outil de négociation qu'un concept juridique réglé. Leur légitimité et leur efficacité dépendent de la clarté de leurs objectifs, de la transparence des critères utilisés pour les sélectionner, et du respect de la souveraineté nationale et du cadre juridique régissant les négociations."
Concernant l'inclusion de zones qui ne sont pas sous occupation dans le cadre expérimental, Halal dit : "Inclure un village ou une zone qui n'est pas sous occupation directe comme zone expérimentale soulève une question géostratégique importante, en particulier s'il ne s'agit ni d'un point de dispute frontalière ni d'un important hub opérationnel."
Selon Halal, cela ouvre la porte à plusieurs interprétations possibles, notamment le test des arrangements de sécurité dans un environnement relativement stable, ce qui pourrait être considéré comme un objectif légitime, ou—comme dans le cas libanais actuel—reflétant des considérations militaires et politiques israéliennes, ou même indiquant une stratégie de négociation plus large visant à remodeler le paysage sécuritaire dans des conditions d'occupation israélienne.