Après la guerre : Pourquoi Téhéran craint la paix plus que le conflit

Opinion 26-06-2026 | 20:29

Après la guerre : Pourquoi Téhéran craint la paix plus que le conflit

L'Iran fait face à un défi plus profond : des crises économiques reportées, des luttes de pouvoir interne, et une agitation sociale croissante
Après la guerre : Pourquoi Téhéran craint la paix plus que le conflit
Téhéran (AFP)
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Téhéran craint la paix, lorsque ce qui suit la guerre devient plus dangereux que la guerre elle-même. En surface, la région semble se diriger vers une phase de désescalade après des mois de confrontations militaires et de tensions croissantes. Les États-Unis ne semblent pas disposés à s'engager dans une guerre ouverte et à long terme. En même temps, le régime iranien comprend que poursuivre la confrontation militaire pourrait ouvrir des portes qu'il ne pourra pas contrôler. Parallèlement, les négociations en cours n'ont abouti à aucune véritable percée, car aucune des parties ne veut payer le prix politique de renoncer à ses positions. Cependant, ce qui préoccupe aujourd'hui Téhéran ne se limite pas à la guerre ou aux négociations. Le dilemme le plus dangereux pour le système iranien réside dans la phase après la guerre, c'est-à-dire le moment où le bruit de la confrontation extérieure s'estompe et où les crises internes reportées refont surface. Pour cette raison, la phase après la guerre apparaît dans les calculs des autorités comme plus dangereuse que la guerre elle-même.

 

Le régime s'est habitué au cours des dernières décennies à utiliser des crises extérieures. Chaque fois que la pression économique s'intensifiait ou que la colère publique montait, les autorités recouraient à l'amplification des menaces extérieures, à la création d'une confrontation régionale, ou à l'ouverture d'un nouveau dossier sécuritaire pour justifier la répression et renforcer le contrôle de la société. Cependant, ce mécanisme n'est plus en mesure de dissimuler les contradictions accumulées en Iran. Lorsque le bruit de la guerre cesse, le régime se retrouve face à face avec son véritable adversaire, le peuple iranien, et avec la peur de ce qui suit la guerre. Dans ce contexte, une déclaration d'Hamid Rasaee revêt une signification frappante quand il dit : Je n'ai pas peur de la guerre, mais j'ai peur de ce qui suit la guerre. La guerre, malgré son coût et ses risques, a offert au régime une opportunité temporaire de mobiliser ses partisans, de justifier des mesures sécuritaires, et d'imposer de nouvelles restrictions à la société. Mais un arrêt de la confrontation ou un passage à un calme relatif fera ressortir à la surface tous les problèmes que les autorités ont tenté d'enterrer sous la fumée de la guerre. En tête de ces questions se trouve la crise économique et sociale qui a atteint des niveaux sans précédent. L'inflation, l'effondrement de la monnaie, le chômage, la pauvreté croissante, ainsi que les crises de l'eau, de l'énergie, et de l'environnement sont tous des facteurs qui ne disparaissent pas en raison de la guerre, mais qui deviennent au contraire plus complexes. Dès que l'atmosphère de mobilisation militaire s'apaise, ces crises reviendront pour s'imposer dans la vie quotidienne des Iraniens avec encore plus de force.

 

Une autre question majeure qui émerge est la crise de succession au sein du régime, l'un des dossiers les plus dangereux reportés. La guerre a réussi à geler le conflit autour de l'ascension de Mojtaba Khamenei au poste de Guide suprême, mais elle ne l'a pas résolu. À mesure que la vie politique reprend son cours normal, les contradictions entre les factions de pouvoir sur la future direction et l'orientation du système referont surface. Les premiers signes de cette lutte ont déjà commencé à apparaître au sein des médias et institutions politiques du régime.

 

Reconstruction et crise des ressources. De plus, le régime fait face à un énorme défi représenté par la reconstruction des dégâts laissés par la guerre dans les secteurs pétrolier, pétrochimique, industriel, et infrastructurel. Ce processus nécessite des centaines de milliards de dollars alors que l'économie iranienne souffre d'une pénurie de ressources, d'un investissement en déclin, de sanctions de plus en plus lourdes, et d'une isolation internationale croissante. La crise ne se limite pas à l'économie seule. La reconstruction des capacités militaires et de missiles ainsi que des réseaux d'influence régionale nécessiteront également d'énormes ressources et un environnement politique stable, deux éléments éloignés de la réalité actuelle du système. Chaque dollar dépensé pour restaurer les outils de répression et d'intervention extérieure augmente la colère d'une société accablée par la pauvreté et le dénuement. Plus important encore, le système entre dans cette phase sans l'élément qui a formé pendant des décennies le centre de son équilibre interne, Ali Khamenei. La figure qui servait d'autorité finale pour régler les différends et gérer l'équilibre interne n'est plus présente, tandis que Mojtaba Khamenei se retrouve face à des crises entremêlées qui le rendent plus proche d'être partie du problème plutôt que de la solution.

 

Résistance organisée et calculs internes.

 

En revanche, l'opposition iranienne se trouve aujourd'hui dans une position différente des étapes précédentes. Des années de manifestations et d'insurrections ont contribué à consolider la présence d'unités de résistance dans de nombreuses villes iraniennes et ont créé des réseaux capables de tirer parti de tout affaiblissement ou relâchement de l'emprise du régime. Pour cette raison, le régime comprend que la fin de la guerre ne signifie pas la fin des menaces. Au contraire, elle peut marquer le début d'une phase plus dangereuse où les protestations s'intensifient et l'activité de l'opposition s'étend. La guerre peut fournir aux autorités un couvert sécuritaire temporaire, mais ce qui la suit révèle l'ampleur de la colère accumulée au sein de la société.

 

Ce qui attend l'Iran après la guerre n'est pas une phase de stabilité mais une phase de confrontation avec les réalités différées. Les revendications sociales reviendront au premier plan, les crises économiques deviendront plus visibles, et les conflits internes s'aiguiseront, tandis que la société iranienne continue de chercher un échappatoire à une réalité de plus en plus difficile année après année. De ce point de vue, la question réelle ne se limite plus au résultat de la guerre ou au sort des négociations, mais plutôt à la capacité du régime à faire face à ce qui vient après. Il s'agit d'une phase qui apparaît, pour de nombreux observateurs et même pour certains au sein du régime lui-même, plus dangereuse que la guerre elle-même. La guerre peut se terminer par un cessez-le-feu ou un accord politique. Cependant, le conflit entre le régime et le peuple iranien reste ouvert, et c'est ce conflit qui déterminera finalement l'avenir de l'Iran dans son ensemble.

Avertissement : Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues de Annahar