La pression de Netanyahu pour l'autonomie militaire met à rude épreuve l'alliance américano-israélienne

Liban 26-06-2026 | 09:07

La pression de Netanyahu pour l'autonomie militaire met à rude épreuve l'alliance américano-israélienne

Entre messages politiques, dépendance stratégique et dynamiques américaines changeantes, les analystes affirment que le discours d'indépendance défense d'Israël demeure théorique, lié étroitement au système de soutien de Washington.
La pression de Netanyahu pour l'autonomie militaire met à rude épreuve l'alliance américano-israélienne
Benjamin Netanyahu. (AFP)
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Les efforts du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour mettre fin à la dépendance aux armes américaines et bâtir un système de fabrication de défense indépendant placent les relations stratégiques entre Israël et les États-Unis face à un test inédit.

 

Le danger de cette approche réside dans le fait qu'elle affecte directement l'équation de sécurité nationale israélienne, qui repose sur le soutien américain. Bien que le projet soit présenté comme une étape stratégique pour libérer la prise de décision militaire des restrictions et conditions américaines, les réalités sur le terrain, ainsi que l'interdépendance technique et économique profonde avec Washington, imposent des défis qui pourraient rendre le plan d'indépendance presque impossible.

 

Ce fossé structurel soulève une question complexe : Netanyahu agit-il selon une vision alternative et viable de l'armement, ou l'annonce n'est-elle rien de plus qu'une manœuvre politique pour redéfinir les marges de manœuvre avec l'administration américaine ?

 

 

Le test américain du pari de Netanyahu

 

Le journaliste spécialisé dans les affaires américaines, Mohammad Al Satoohi, a déclaré à Annahar que les relations israélo-américaines traversent actuellement une véritable crise.

 

Il souligne que Netanyahu s'est historiquement appuyé sur le renforcement de sa relation avec les États-Unis grâce à une alliance avec la droite et le Parti républicain, ainsi que la droite idéologique représentée par les chrétiens évangéliques. Cela lui a permis de manœuvrer contre les administrations démocrates de l'intérieur, comme cela s'est produit en 2015 lors de la crise liée à la signature de l'accord nucléaire iranien sous l'ancien président Barack Obama, lorsque Netanyahu a prononcé un discours devant le Congrès à l'invitation de la direction républicaine de l'époque.

 

Al Satoohi explique que le dilemme actuel de Netanyahu réside dans la domination de Donald Trump sur le Parti républicain, qui a éliminé les précédentes marges de manœuvre lors de désaccords.

 

Il soutient cela en indiquant les attaques lancées par des journaux de droite étroitement liés à des donateurs républicains, tels qu'Israel Hayom, appartenant à la milliardaire Miriam Adelson, l'une des principaux financeurs de la campagne de Trump. Il voit cela comme un indicateur d'une volonté au sein des cercles américains influents et des principales figures politiques pro-israéliennes, telles que Mark Levin et Ben Shapiro, ainsi que le Comité américain des affaires publiques d'Israël (AIPAC), de freiner les efforts de Netanyahu pour perturber la stratégie de Trump concernant le dossier iranien.

 

 

Limites de l'indépendance militaire

 

Sur le plan militaire et logistique, Al Satoohi estime que parler de l'indépendance progressive d'Israël vis-à-vis de l'aide et des armes américaines est théoriquement possible mais extrêmement difficile en réalité. Bien qu'Israël dispose d'une industrie d'armement très avancée qui constitue un pilier clé de ses exportations technologiques, elle dépend toujours entièrement des États-Unis pour des systèmes avancés tels que les avions F-35 et F-15, ainsi que pour les munitions et le ravitaillement aérien.

 

Dans ce contexte, Al Satoohi révèle un rapport divulgué de la CIA (Central Intelligence Agency) des États-Unis publié il y a quelques semaines, indiquant que le système de défense antimissile américain a intercepté plus de missiles lors de la récente guerre contre l'Iran et le Hezbollah que les systèmes de défense israéliens, ce qui confirme que la dépendance israélienne reste limitée.

 

Il considère également que le soutien diplomatique américain est encore plus important que le soutien militaire, en citant l'utilisation répétée par Washington de son droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU pour empêcher toute résolution condamnant Israël pendant la guerre de Gaza.


President Donald Trump. (AFP)
President Donald Trump. (AFP)

 

Un discours électoral et des messages à Washington

 

Pour sa part, le chercheur et expert en affaires israéliennes Nizar Nazzal a proposé, dans une interview avec Annahar, une analyse centrée sur les déclarations de Netanyahu concernant la réalisation proche de l'autosuffisance militaire, estimant qu'elles sont principalement dirigées vers le public israélien intérieur et l'élite politique américaine.

 

Nazzal soutient que Netanyahu essaie de vendre cette idée comme un « grand accomplissement stratégique » afin d'attirer les électeurs dans la « zone grise », ceux qui n'ont pas encore décidé de leurs préférences de vote entre les partis centristes et de droite, tels que Yair Lapid et Gadi Eisenkot. Le but est d'assurer des gains politiques avant les élections prévues pour le 20 octobre.

 

Il ajoute que Netanyahu vise par ce message à exercer une pression sur l'élite américaine pour s'aligner sur sa vision concernant la gestion des dossiers du Liban, de Gaza et de l'Iran.

 

 

Une alliance stable et un désaccord tactique

 

Nazzal affirme que le différend actuel est un « désaccord tactique entre les élites politiques, non un désaccord entre deux États », en soulignant que l'alliance entre Washington et Tel Aviv reste stratégique et stable.

 

Il explique que la contradiction actuelle réside dans les calculs de parti, car l'élite dirigeante américaine estime que la reprise de la guerre avec l'Iran nuirait aux intérêts du Parti républicain, tandis que le Likud et Netanyahu considèrent que l'arrêt de la guerre nuirait à leurs intérêts politiques immédiats.

 

Nazzal souligne qu'Israël fait face à un état d'isolement international, particulièrement avec l'émission de mandats d'arrêt par la Cour pénale internationale contre ses dirigeants, et l'émergence aux États-Unis d'un courant croissant qui voit Israël comme un « fardeau » après la récente guerre.

 

Il conclut qu'Israël, n'étant pas un membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, est incapable de se protéger diplomatiquement, légalement, ou de faire face à la communauté internationale seule s'il perdait le parapluie américain, rendant l'idée de se passer de Washington impraticable.