Une enquête sur le loyer, un test sectaire
« Êtes-vous de Beyrouth ? Et êtes-vous sunnite ? » C'était la première question qu'on m'a posée lorsque j'ai contacté un agent immobilier pour me renseigner sur un appartement à louer. Ce n'était pas à propos du nombre de membres de la famille, de la capacité à payer le loyer, ou même de la durée du bail, mais plutôt sur l'identité, le lieu d'origine et l'affiliation religieuse.
Après cette question surprenante et inattendue, j'ai naïvement répondu, « Oui, de Beyrouth et sunnite. » À ce moment-là, je me suis retrouvé confronté à une forme flagrante de filtrage sectaire ou régional, et ma réponse a permis de faire progresser le processus à l'étape suivante, qui consistait à envoyer une vidéo de l'appartement.
Cette question « explosive » expose une réalité troublante de notre environnement, où le logement, un droit fondamental, devient un espace de filtrage informel et de discrimination. Au lieu que les relations entre propriétaires et locataires soient régies par la confiance et les normes juridiques, nombreuses sont les personnes qui se retrouvent confrontées à des questions sur leur origine, leur région, et leur secte, comme si l'appartenance personnelle était devenue un critère qui dépasse à la fois l'éthique et la capacité financière.
La question ne s'arrête pas à un cas individuel, mais reflète une culture renouvelée et profondément enracinée façonnée par des années de division et de peur mutuelle. Cela a atteint un point où certains courtiers et propriétaires justifient ces pratiques avec des affirmations telles que « la préférence du propriétaire » ou « préserver le caractère du quartier », ou par des récits promus par les municipalités. Pourtant, le résultat reste le même : le renforcement des barrières entre les citoyens libanais et la reproduction des lignes de division sous une nouvelle forme, cette fois-ci dans les immeubles et les quartiers résidentiels.
Dans un pays qui prône le slogan de la coexistence, une question se pose inévitablement : cherchons-nous encore un locataire responsable, ou bien un locataire défini par une identité spécifique ? Est-il acceptable que le droit au logement devienne un test d'affiliation sectaire et régionale ? Cela signifie-t-il, par exemple, qu'un sunnite de Beyrouth est exclu de vivre dans les banlieues sud ou dans des zones comme Jdeideh, Hazmiyeh, ou Sin el Fil, des localités proches de Beyrouth ?
Peut-être que la réponse que j'ai reçue peut sembler une remarque passagère pour certains, mais pour beaucoup, elle reflète une crise plus profonde, une crise sociétale qui ne s'est pas encore libérée de la classification des personnes, même dans les aspects les plus simples de leur vie quotidienne.
La partie douloureuse est que la question ne m'était pas adressée personnellement, mais plutôt à mon nom, ma région et ma secte, comme si, au Liban, une personne est encore définie par son appartenance avant sa moralité ou sa réputation.
Des décennies après la fin de la guerre, il peut sembler que les lignes de division ont disparu des géographies et des cartes, pourtant elles restent profondément ancrées dans l'esprit des gens et dans les peurs mutuelles. Plus douloureusement encore, une génération qui n'a jamais vécu la guerre hérite de ses angoisses et préjugés, grandissant avec l'idée que l'« autre » est une source de préoccupation plutôt qu'un partenaire dans une nation partagée.
Quand le logement, l'un des droits humains les plus fondamentaux, devient sujet à un filtrage basé sur l'identité, le problème ne concerne plus un seul appartement à louer, mais une nation qui n'a pas encore réussi à offrir un espace commun pour tous ses habitants.
En fin de compte, malgré l'appartement convenant en termes de taille et de loyer, j'ai décidé de le laisser tomber, car je le voyais comme faisant partie d'un système de filtrage sectaire. Son propriétaire, que je n'ai jamais rencontré mais que j'ai compris à travers ses conditions, incarnait, à mes yeux, cette forme de sectarisme, tandis que le courtier devenait, en effet, un canal pour cela !
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