Le pari de Trump sur l'Iran : Les incitations économiques peuvent-elles réussir là où la guerre a échoué ?
Le protocole d'accord américano-iranien devait entrer en vigueur immédiatement après sa signature électronique par les présidents Donald Trump et Masoud Pezeshkian mercredi. Le premier cycle de négociations entre les délégations américaines et iraniennes est prévu pour vendredi en Suisse, avec la présence de médiateurs pakistanais et qataris.
Avant la signature, Trump a passé trois jours à défendre vigoureusement le protocole, niant catégoriquement qu'il se dirigeait vers un accord final avec l'Iran semblable à celui signé par l'ancien président Barack Obama en 2015.
Ses propos visaient les « faucons » au sein de son administration et du Congrès, ainsi que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, tous inquiets d'un accord qui offrirait des incitations financières au régime de Téhéran.
Incitations économiques : Une alternative à l'assouplissement des sanctions ?
Trump a opté pour une approche basée sur les échappatoires en décidant d’exempter immédiatement les ventes de pétrole iranien des sanctions après la signature du protocole et de libérer les actifs iraniens gelés pendant la période de négociation de 60 jours renouvelables sur le programme nucléaire, sous réserve de l'approbation des deux parties. De plus, les États-Unis se sont engagés à établir un fonds d'investissement de 300 milliards de dollars qui avancerait après la signature d'un accord final, sans participation américaine directe.
En défendant ces mesures, Trump a déclaré en marge du sommet du G7 à Evian, en France, que le montant alloué au fonds était insignifiant par rapport aux pertes de plus de 2 000 milliards de dollars subies par l'Iran pendant la guerre.

Du symbolisme de Versailles à la question d'Ormuz
La décision de Trump de signer le protocole plus tôt que prévu a été en partie motivée par le symbolisme du Palais de Versailles, où l'Allemagne a signé sa reddition après la Première Guerre mondiale dans la Galerie des Glaces. Au début de la guerre américano-israélienne le 28 février, Trump avait exigé la « reddition » de l'Iran.
Pourtant, la réalité d'aujourd'hui va au-delà du symbolisme. Pour la première fois, Trump a reconnu avoir été motivé à signer le protocole pour éviter un désastre économique mondial qui aurait pu résulter de la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran. Il a ouvertement déclaré qu'il ne voulait pas être comparé à Herbert Hoover, dont la présidence coïncida avec la Grande Dépression de 1929.
Cette rare admission de Trump concernant les raisons du protocole a eu un impact positif immédiat. Les marchés et les bourses ont été les premiers à réagir à l'atmosphère améliorée, tandis que les prix du pétrole sont revenus à leurs niveaux d'avant-guerre.
Trump a réussi à rassurer à la fois les marchés et sa base électorale représentée par le mouvement MAGA, qui s'oppose à la guerre étant elle en contradiction avec la doctrine « L'Amérique d'abord ». Ce faisant, il a risqué sa relation avec les faucons et avec Netanyahu pour épargner au Parti républicain un revers électoral lors des élections de mi-mandat du 3 novembre.
Cherchant à projeter une image de victoire, Trump a également rappelé sa décision d'assassiner le commandant de la Force Al-Qods, Qasem Soleimani, en 2020 lors de son premier mandat, affirmant qu'il était le seul président américain à avoir fait ce que ses prédécesseurs auraient dû faire 47 ans plus tôt.
Le test crucial pour l'accord
Cela nous amène au principal défi : parvenir à un accord final avec l'Iran qui aborde la question centrale qui a amené les États-Unis et Israël à faire la guerre — le programme nucléaire iranien.
En essence, Trump propose désormais des incitations économiques au gouvernement iranien en échange du gel de l'enrichissement d'uranium pour une durée d'au moins 20 ans et la remise de la « poussière nucléaire » pour la réduction de l'enrichissement à partir de 60 %, que ce soit en Iran ou aux États-Unis, sous la supervision de l'Agence internationale de l'énergie atomique.
La question clé demeure : le régime iranien est-il prêt à échanger son programme nucléaire contre des incitations économiques, surtout maintenant qu'il possède une autre carte dissuasive — le détroit d'Ormuz — qu'il pourrait à nouveau fermer et utiliser pour perturber l'économie mondiale s'il était soumis à une autre guerre ?
Dans ce contexte, il convient de rappeler le scepticisme du président français Emmanuel Macron qui estime que le protocole ne résout pas toutes les questions en suspens, y compris le dossier nucléaire, et que l'accord pourrait finalement échouer.
Il a également exprimé son inquiétude quant à la guerre d'Israël au Liban et à la capacité potentielle de l'Iran à imposer des droits de passage aux pétroliers traversant le détroit d'Ormuz. Par conséquent, la recherche d'alternatives au détroit figurait en bonne place à l'ordre du jour du G7.
Ce qui a commencé comme un « accord » entre les États-Unis et l'Iran pourrait finalement servir de fondation à quelque chose de beaucoup plus large : une nouvelle redéfinition du Moyen-Orient.